‹ Traité de morale de MalebrancheChapitre 186 sur 235 · DEUXIÈME PARTIE. — DES DEVOIRS · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — DES DEVOIRS

3meût enseveli, s'il est permis de parler ainsi, dans Tie de son être propre, qu'il se prend pour la plus subie de son corps et s'imagine que l'immorialiié de l'âme ç[uestion qu'il n'est pas possible de résoudre, e vois bien que je ne dis que des paradoxes, et qu'il de grands discours pour persuader les autres hommes lentimenls. Mais qu'on ouvre du moins les yeux. Quoi, jue ceux qui savent bien Virgile et Horace, soient plus le ceux qui entendent médiocrement saint Paul? C'est iuce qui doit convaincre ceux qui ne veulent pas con- . Raison : quelle est donc l'expérience qui prouve que e de Cicéron est plus utile que celle des paroles toutes le la sagesse éternelle? On fait lire Cicéron pour le la- -t-on. Mais que ne fait-on lire l'Évangile pour la Reli- )our la Morale? Pauvres enfants! on vous élève comme yens de l'ancienne Rome; vous en aurez le langage et PS. On ne pense point à faire de vous des hommes rai- !S, de vrais Chrétiens, des habitants de la sainte cité. 3mpe. On y pense : on y travaille. Mais du moins c'est me de n'y point travailler assez. Saint Augustin s'en t * inutilement, et c'est en vain que je m'en tourmente, i toujours les jeunes gens à la sortie du collège, lorsîvraient être savants, car ensuite presque tous n'étuis, on les verra, dis-je, ignorants dans la connaissance me, de la Religion et de la Morale. Car enfin connaitme, lorsqu'on ne sait pas seulement distinguer l'âme ? A-t-on les premiers éléments de la Religion et de la lorsqu'on n'est pas pleinement convaincu du péché bride la nécessité d'un médiateur? Les enfants sont remprécepies de grammairiens. Ils savent par cœur le faispaustère et les termes mystérieux et inintelligibles e * le discoureur. Cela suffit : ils peuvent parler pour sur toutes sortes de sujets. L'estimable qualité de pon-

isions. liv. I. (Note mar^nale de l'édition de 1ÔS4.) Mal^branche, qui ^1 sévèrement et si étroitement \e» lettre» profane* eût pa, dit M. l'abbé 1, lire dans son Saint Augtutin ceiUs phrase remarquable entre plusieurs enre : fnes pâme totu» tum in rébus nuticU ordinandiê tum in meniiime Virgilii percLCtuê fuit. fAcad.)

t qae Maiebrancbe fait renjonter jns<ju'/i ArinUfItt ^qn'il ne eonoaissait •esponsabjlité des métb^xles et des théories de la H/^>lastique ; et que ira il ne la eonnaÎMait elle-roAme que ânn» »« déeadeaee. CTest ee qui sévérité de ee« jugements.

voir également soateDîr 1 erreur et la vérité, sans les discerner ni Tune ni l'autre! Mais quoi, il n'est pas juste que leseofaols en sachent plus que leurs parents ; et il n'est pas à propos qu'ils soient plus savants que quelques-uns de leurs maîtres.

XVI. Mais laissons aux précepteurs à consulter Tordre de leurs devoirs, et à les remplir. Car je veux que les parents ne soient point obligés à instruire leurs enfants, puisque souvent ils n'en sont pas capables, et qu'ils ont d'autres affaires, qu'on ne leur persuadera jamais être de moindre conséquence que cette éducation. Mais que du moins ils tâchent de faire un bon choix. Qu'ils ne s'imaginent pas qu'un jeune homme, qui ne sait que du grec et du latin, et qui ne se connaît pas soi-même, bien loin de pouvoir se conduire, soit en état d'instruire l'esprit et de régler le cœur d'un enfant : et lorsqu'ils ont heureusement rencontré, qu'ils ne détruisent point par leurs exemples ei par leurs manières ce qu'un précepteur a édifié par son assiduité et par son travail. Les enfants, à cause de leur faiblesse et de leur dépendance, sont extrêmement sensibles au langa^^ de l'imagination et des sens, à l'air et aux manières, et principalement de leurs parents. C'est un langage naturel qui p©*** suade sans qu'on y pense, qui pénètre l'àme, et qui répand agréablement dans l'esprit la conviction et la certitude» <)Q moins lorsqu'il part de ceux avec qui nous avons des liaisons fort étroites *.

XVII. Un précepteur apprend à ses disciples à juger des choses par des principes de Religion et de Raison, à faire tains les sens, l'imagination et les passions, et mépriser les objets sensibles, les grandeurs humaines, les plaisirs qui passent. Et un père indiscret parle devant ses enfants de ces faux biens, avec un air, un ton, des manières capables d'ébranler un esprit ferttie, et de mettre en mouvement ceux mêmes qui sont le moins portés à l'imitation. Peut-être leur parlera-t-il aussi des vrais biens : mais son discours sera si froid et si languissant, qu'il n'en inspirera que du dégoût et du mépris. 11 leur dira cent fois le jour et avec force : Tenez-vous droit, ne balancez point votre corps, ne badinez point. Il leur applaudira s'ils ont quelque grâce à déclamer des vers passionnés. Il marquera sensiblement sa joie par l'air de son visage, s'il reconnaît en

1. Var. Le dernier membre de phrase : du moins lorsqu'il part..., n'éUil pa» dans l'édition de 1684.

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