‹ Traité de morale de MalebrancheChapitre 197 sur 235 · DEUXIÈME PARTIE.— DES DEVOIRS · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE.— DES DEVOIRS

très *, dans le lieu même de ses vanités et de son faste. Peutêtre notre égal nous donne-t-il un grand exemple de vertu, s'il veut bien se soumettre à nous. Nous pourrons admirer son humilité: nous pourrons môme Timiter naturellement et par orgueil, car souvent les plus orgueilleux sont les plus civils et les plus honnêtes. Mais, s'il veut se faire aimer de nous, il faut qu'il nous place honorablement dans son esprit et délicieusement dans son cœur : il faut qu'il flatte notre injuste et su- I)erbe concupiscence. Alors, quoique en apparence moins soumis à nos volontés, il se fera plus propre à se lier d'amitié avec nous: et il remplira parfaitement ses devoirs à notre égards s'il se sert de l'entrée que nous lui donnerons dans notre esprit par la place qu'il nous donnera dans le sien, pour sacrifier en nous notre concupiscence et y faire régner l'ordre immuable de la justice.

X. Il n'est pas aussi facile qu'on pourrait se l'imaginer de persuader les autres hommes qu'ils ont dans notre esprit et dans notre cœur la place qu'ils souhaitent de remplir, ni de découvrir les véritables sentiments qu'ils ont de nous. Ainsi, il faut examiner quelles sont les marques les moins équivoques et les plus sensibles des dispositions intérieures des esprits, pour connaître le fond des cœurs et convaincre les autres de notre respect pour eux et de notre amitié. Certainement, la parole toute seule est un signe équivoque et trompeur dans la lM)uche de la plupart des hommes. De plus, comme elle est d'institution arbitraire, elle ne persuade pas vivement les vérités qu'elle exprime. Il n'y a que les simples ou ceux qui ont Une grande opinion d'eux-mêmes, qui s'y laissent tromper, peut-être encore ceux qui n'ont nulle expérience du monde. Mais l'air et les manières sont un langage naturel, qui se fait entendre sans qu'on y pense, qui persuade par une vive impression et qui répand pour ainsi dire la conviction dans les ^prits. De plus, ce langage n'est point trompeur; du moins l*est-il rarement, parce que c'est un effet naturel et comme nécessaire de la disposition actuelle de l'âme. Car enfin, l'âme découvre ce qu'elle a de plus secret, par l'air qu'elle répand machldalem^ent sur le visage; et lorsqu'on est sensible aux difféï'ents airs, on voit dans le cœur de celui qui parle, les senti-

1. Var. Ces mots : dans l'esprit des autres, n'étaient pas dans l'éditionde .1684.

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