‹ Traité de morale de MalebrancheChapitre 34 sur 235 · CHAPITRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIEME

Il n'y a point d'autre vertu que Tamour de TOrdre ^ Sans cet amour toutes les vertus sont fausses. Il ne faut pas confondre les devoirs avec la vertu. On peut sans vertu s'acquitter de ses devoirs. C'est faute de consulter la Raison, qu'on approuve et qu'on suit des cootuuieâ damnables. La foi sert ou conduit à la Raison, car la Raison est la loi souveraine et universelle ^ de toutes les intelligences.

I. UAmour de TOrdre n*est pas seulement la principale des vertus Morales, c'est Tunique vertu : c'est la vertu mère, fondamentale, universelle; Vertu qui seule rend vertueuses les habitudes ou les dispositions des esprits. Celui qui donne son bien aux pauvres ou par vanité, ou par une compassion naturelle, n'est point libéral, parce que ce n'est point la Raison qui le conduit, ni l'ordre qui le règle; ce n'est qu'orgueil, ou que disposition de machine ^. Les officiers, qui s'exposent volontairement aux dangers, ne sont point généreux, si c'est l'ambition qui les anime; ni les soldats, si c'est l'abondance des esprits et la fermentation du sang ^. Cette prétendue noble ardeur n'est que vanité ou jeu de machine : il ne faut souvent qu'un peu de vin pour en produire beaucoup. Celui qui souffre les outrages qu'on lui fait, n'est souvent ni modéré ni patient ^. C'est sa paresse qui le rend immobile, et sa fierté ridicule et

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