PREMIÈRE PARTIE.— DE LA VERTU
;iV€ment la Majesté Divine. Bien loin d*aimer les hommes Donune capables de leur faire du bien, ils appréhendent l'approclie des grands, -et ne se plaisent que parmi ceux qui ont besoin de leur secours. Ils aiment les hommes, non comme lt>ur l»ieii, ni comme capables de jouir ensemble des biens <]ul passent, biens qui ne sont propres qu'à mettre la division partout: mais ils les aiment comme cohéritiers des vrais bitMis. Vrais biens parce qu'on les possède sans les parla «((T, (]u't)n on )onit sans s'en dégoûter, qu'on les aime sans appréhend(>r qu'ils s'échappent, comme les plaisirs de la vie préstMiie. Le IVtu tîmeson ûls : mais il aimerait mieux le voir contrefait, <|ue de ; le voir déréglé. Il aimerait mieux le voir malade, le vt)ir mort. ;. te voir attaché au gibet, que de le voir mort aux yeux de c«*lui ^ 4^1 n'a jamais eu de spectacle plus agréable que celui de son flis unique attaché en croix pour rétablir Tordre dansTunivris. Us personnes de piété entendent bien la loi d<' Dieu, parr«> <IQ'Us sont instruits par le même esprit qui l'a dictée Mais, comme je parle principalement aux Philosophas, et qu'il n*>{ point en mon pouvoir de donner cette onciion sainti?, qui npandla lumière dans les esprits, je crois devoir lâcher de pruu Ter par raison, et expliquer autant que je pourrai par d*s termes clairs, des vérités dont ils ne sont peut-être pas a-^»*/ convaincus.
VI. Je crois donc devoir dire que la charité jusiiliantr ', ou l;i vertu qui rend véritablement justes et v<tiui*ux *:t*ux i|ui l^ possèdent, est proprement l'amour dominant Ui' l'Ordn* iiumua We. Mais il faut encore expliquer ces terim^s, aliii dr di^^pt i los obscurités qui accompagnent ordinaireunMit les nh:i:> al,.traites.
Vil. J'ai déjà dit * que l'ordre immuable tie ';u//.^/^/' «yu. d.,,,;, ^rapports de perfection, qui sont entre le» idcvs tntrUnjihh.^ ,ju, ^^fermela substance du Verbe Eternel. Or on m* <l«»ii ».>hi,., , et aimer que la perfection. Donc l'estime tii l'aïuom iln.^ ,,i ôtre conformes à l'Ordre. Je veux dire qu'il do»i s av.j.i m, .,., rapport entre deux amours qu'entre la perfection .,.i i.. ,, .,i.u <>e8 objets qui les excitent; car si la proporiioiâ ■ n .... j,.. .^
J-CWà^ire, en langage théologiquo, faisant i.ukh;. in'...- : ,
* 'état de grâce, le rendant agréable à Dieu et ii'«"'- *^" '" ' ' «. Ch. I. (Note marginale de M.) 3- Var. Si la mémo proportion. (10K4.)
ne sont point conformes à l'Ordre. De là il est évident qae 1 charité ou l'amour de-Dieu est une suite de l'amour de l'Ordre et qu'il faut estimer et aimer Dieu, non seulement plus qu toute choses, mais infiniment plus que toutes choses, parc* qu'entre l'infini et le fini il ne peut y avoir de rapport fini.
VIII. Or il y a deux principales espèces d'amour, un amoui de bienveillance, et un amour qu'on peut appeler d^union. Uc brutal aime l'objet de sa passion d'un amour d'union : parer que regardant cet objet comme la cause de son bonheur, il souhaite d'y être uni, afin que cet objet ^agisse en lui et le rende heureux. Il s'en approche par le mouvement de son cœur, ou par ses afl'ections, aussi bien que par le mouvement de son corps. On aime les gens de mérite d'un amour de bienveillance, car on les aime dans le temps même qu'ils ne sont point en état de nous faire du bien : on les aime parce qu'ils ont plus de perfection et de vertu que les autres. Ainsi la puissance de nous faire du bien, ou cette espèce de perfection qui a rapport à notre bonheur ; en un mot la bonté excite en nous l'amour d'union, et les autres perfections l'amour d'estime et de bienveillance ^.Or Dieu seul est 6on, il a seul la puissance^ d'agir en nous. Il ne communique point réellement aux créatures cette perfection : il les établit seulement causes occasionnelles pour produire quelques effets, car la véritable puissance est incommunicable. Donc tout l'amour d'union doit tendre vers Dieu.
IX. On peut par exemple s'approcher ♦ du feu, car le feu est la cause occasionnelle de la chaleur. Mais on ne peut point l'aimer d'un amour d'union sans blesser l'ordre, car le feu n'a nulle puissance, bien loin d'en avoir sur ce qui est en nous capable d'aimer. C'est la môme chose des auires créatures, des Anges mômes * et des démons : il ne les faut point aimer ^ d'un amour d'union ; d'un amour qui honore la puissance : car toutes étant absolument impuissantes, il ne les faut nullement aimer. Quand je dis aimer, j'entends aussi craindre, j'entends haïr, j'entends que l'âme doit demeurer immobile en leur présenre.
*1. Var. Afin qu'il agisse en lui. (1684.)