PREMIÈRE PARTIE. — DE LA VERTU
Qae le corps par le mouvement local s*approche du ton ou 6vite une maison qui s'écroule : cela est pern)is. Mais qm» Vâinen'aimo et ne craigne que Dieu seul, du moins d*unami>ur libre, d'un amour de choix, d'un amour de raison : car l'union de rame et du corps s'étant changée en dépendance, il n'est presque plus en notre pouvoir d'empêcher que les biens sensibles n*excitent en nous quelque amour pour eux. Les mouvements de rame répondent naturellement à ceux du corps : et Vobjet qui nous met en fuite ou qui nous attire, nous inspire presque toujours ou de l'aversion ou de l'amour.
X. Il n'en est pas de môme de l'amour d'estime ou de bienveillance, comme de l'amour d'union. Dieu est infiniment plus aimable de cette espèce d'amour que toutes ses créatures en- ^ble. Hais comme il leur a communiqué réellement quelque perfection ; comme il y en a qui sont capables de jouir avec nous d'un même bonheur ^ elles sont eiïectivement estimables d aimables. L'Ordre même demande qu'on les estime et (ju'on tes aime à proportion de la perfection, soit naturelle, soit morale, qu'elles possèdent, du moins autant que ces perfections nous «ont connues •. Car de les estimer et de les aimer justement à proportion qu'elles sont aimables, c^la est absolument impossible, puisque souvent leurs perfections nous sont inconnues , et que même nous ne connaissons jamais exactement les rapports qai sont entre les perfections, comme nous connaissons ceux qui sont entre les grandeurs, et que nous pouvons exprimer par des nombres, ou par des lignes incommensurables •. Néaninoinslafoi diminue bien des difficultés sur cela. Car comme te fini par le rapport qu'il a avec l'infini, acquiert un prix infini, on voit bien qu'il faut aimer infiniment plus lescréatures, qui ont, ou qui peuvent avoir beaucoup de rapport avec Dieu, qne toutes celles qui ne sont point à son image, ou qui n'ont point comme nous» d'union ou de rapport avec lui. On voit 5«en toutes choses égales, qu'un juste, qu'un membre de Jésus- Christ est plus aimable de cette espèce d'amour, que mille i^, Ptes; et que Dieu juste juge de la valeur de ses créatures, pré^
J- Var. Comme eUes sont capables de ^^''}'''''^,:J^^Meli oi que nou« connais
«• Var. A proportion de la perfection qu'ollon l>o»«ec "»ï«i«!^o,^5^
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3 V. ^ Jr^' . „ „ r des nombres, m par den \ :
J- Var. Car nous ne pouvons les exprimer m P»'' « ^ ^«s l«kM^
'Dcommensurables. (1684.) o* )
♦• Var. Ou qui n'ont point immédiatement. 0^ '^
fère an de ses enfants adoptifs à toutes les nations de la terrs
XI. Il est certain que c'est Tamour d*estime ou de bienveiL lance qui doit régler les devoirs. Mais il ne faut pas poortan: s'imaginer qu'on doive toujours rendre plus de devoirs aux jus tes qu'aux pécheurs, aux fidèles qu'aux hérétiques et qu'ans païens mêmes. Car il faut prendre garde qu'il y a des perfections de plusieurs sortes : des perfections personnelles ou absolues, et des perfections relatives. Les perfections personnelles doivent être l'objet immédiat de l'amour d'estime et de bienveillance : mais les perfections relatives ne sont pas dignes de cet amour ni d'aucun autre ; c'est seulement l'objet auquel ce» perfections se rapportent ^ Il faut aimer et honorer le mérita partout où on le trouve : car le mérite est une perfection personnelle, qui doit régler l'amour d'estime et de bienveillance. Mais il ne doit pas toujours régler la grandeur et la qualité des devoirs. Il faut au contraire rendre beaucoup de devoirs à son Prince, à son père, à tous ceux qui ont l'autorité : car l'autorité est nécessaire pour conserver dans les états Tordre, qui est la chose du monde la plus estimable. Mais l'honneur qu'on leur rend, l'amour qu'on leur porte, doit se terminer à Dieu seul : Sicut Domino et non hominibus, dit S. Paul K C'est ,à Dieu et non à des hommes que se rapporte l'honneur qu'on rend à la puissance, car la puissance d'agir ne se trouve qu'en Dieu. De même si un homme a des talents naturels, utiles à la conversion des autres, quand il n'aurait ni 'vertu, ni mérite, on doit l'aimer d'un amour d'estime qui se rapporte ailleurs, et lui rendre à lui-même bien plus de devoirs, qu'à tel qui a beaucoup de mérite personnel et ne peut être utile à personne. Mais je m'expliquerai ailleurs plus au long. Je ne dis ceci que pour empêcher que l'esprit du lecteur n'aille sans y penser où je ne veux pas le conduire.
XII. L'amour-propre, ennemi irréconciliable de la vertu ou de l'amour dominant de l'Ordre immuable, peut s'accommoder avec l'amour d'union, qui répond et qui rend honneur à la puissance capable d'agir en nous : car il suffit pour cela que cet amour-propre soit éclairé. L'homme veut invinciblement être heureux : il voit clairement que Dieu seul peut le rendre heureux. Cela supposé, et le reste exclu dont je ne parle pas,