PREMIÈRE PARTIE.— DE LA VERTU
il est évident qu'il peut désirer d'être uni a Dieu. Car pour ôtertoate équivoque, je ne parle pas d'un homme qui sait que BieD ne récompense que le mérite, et qui n'en trouve aucun en sol. Je parle d'un homme qui ne fait attention qu'à la puissance et à la bonté de Dieu, ou à qui le témoignage de sa conscience et sa foi lui donnent pour ainsi dire libre accès pour s'approcher de Dieu et se joindre à lui.
XIII. Mais il n'en est pas de même de l'amour d'estime ou de bienveillance qu'on doit se porter à soi-même : l'amour-propre le dérègle presque toujours. L'Ordre immuable de la justice Mtque la récompense soit proportionnée au mérite, le bonheur à la vertu, à la perfection de l'esprit * ; et l'amour-propre ne souffre pas volontiers * de bornes à son bonheur et à sa gloire. Ooelque éclairé que soit cet amour 3, s'il n'est juste, il est nécessairement contraire à l'Ordre, et il ne peut être juste sans diminuer ou sans se détruire. Néanmoins lorsque l'amour-pro-
. pre est éclairé *, lorsqu'il est réglé, lorsqu'il est d'accord avec l'amour de l'ordre ", on est dans la plus grande perfection dont on soit capable. Car certainement un homme qui se met toujours dans le rang qui lui convient, qui ne veut être heureux qu'autant qu'il mérite de l'être, qui cherche son bonheur dans li justice qu'il attend du juste juge, qui vit de sa foi et demeure content, ferme et patient dans l'espérance et l'avant-goût des vrais biens : celui-là, dis-je, est solidement homme de bien, quoique ce soit l'amour qu'il a pour lui-même qui soit le principe naturel, mais réglé et corrigé par la grâce, de l'amour de l'Ordre sur toutes choses.
XIV. Il ne faut pas s'imaginer que l'amour de l'Ordre soit semblable à ces vertus, ou plutôt à ces dispositions particulières qu'on peut perdre ou acquérir. Car l'Ordre immuable ^ n'est point une créature particulière' qu'on puisse commencer ou cesser entièrement * d'aimer. Il est en Dieu et il s'imprime sans
1* Yar. Le bonheur à la perfection de Tesprit acquise par le bon usa^^e de la liberté. (1684.)