PREMIÈRE PARTIE. - DE LA VERTU
sr de ce qa*ils possèdent : ou peut-ôtre se consolent-ils mépris ridicule, ou par un désespoir de lâcheté et de 3 d'esprit. S'ils sont trompés, ils deviennent trompeurs ; K)nt fatigués, ils inspirent la nonchalance et la paresse : de les voir pour se sentir comme eux rebuté du travail Cité de la vérité. Car les hommes sont faits de manière, liment beaucoup mieux se tromper les uns les autres, consulter leur maître commun : et ils sont si crédules à de leurs amis, et si incrédules ou si peu attentifs aux s de la vérité intérieure, que l'opinion et le parti sont la *dinaire de leurs sentiments et de leur conduite. Afin d'acquérir quelque liberté d'esprit et s'accoutumer ndre son consentement, il faut sans cesse faire réflexion préjugés des hommes et sur les causes de ces pré- On croit bien comprendre les choses dès qu'on le les admirer ^; et la familiarité nous délivrant de ippréhension, l'esprit consent volontiers, parce que i ne le retient point '. Il est inutile de suspendre msentement \ si l'on n'a dessein d'examiner, car orte de tomber dans l'erreur? Mais il est grand et agréajuger de tout. Or on ne peut examiner sans peine. Du pour examiner, faut-il employer du temps, que l'àme ur être heureuse, croit perdu, lorsque le plaisir, la varintérêt ne la sollicitent point. C'est pour cela que le 3 ordinaire n'est qu'un "galimatias perpétuel. Car tout le croit bien savoir ou ce qu'il dit, ou ce qu'il entend dire,
1 ne les comprend pas, précisément parce que^l'étudo cesse en mt'me temps liration. Comme dit ailleurs Malebranche, « Tadmiration est ti-As utile sciences, parce qu'elle applique et éclaire Icsprit... Ceux qui sont capaniration sont plus propres à l'étude que ceux qui n'en sont pas susceplilont ingénieux et les autres sont stupides. >» {Recherche de la vérité, V, ^oyez le paragraphe qui va suivre.)
oe faut jamais abréger ses idées que lorsqu'on se les est rendues très claires Uinctes par une grande application d'esprit, et non pas comme l'on fait ment des passions et de toutes les choses sensibles, lorsqu'on se les est familiôres par des sentiments et par l'action seule de l'imagination qui esprit... Les idées pures de l'esprit sont claires ot distinctes, mais il est le se les rendre familières. Les sensations et les é notions de l'àme sont lire très familières, mais il est impossible de les connaître clairement et nent. » (Recherche de la vérité, V, x.) On voit par ces rapprochements ibranche veut parler ici d'idées qui nous sont devenues familières, qui t donc en nous ni étonnement, ni crainte, ni admiration, ni appréhension, là même nous communiquent une sécurité trompeuse, e donne donc tout de suite, sans examen.
orsqu'il Ta déjà dit, ou oai dire plusieurs fois. Il n'y a qae les ermes nouveaux qui fassent peine, et qui réveillent rattention: 2t ces termes nouveaux, quoique clairs et exempts d'équivo- |ue, i^oni toujours suspects : parce que tout le monde est capilie d'appréhension ^ et peu d'une attention suffisante pool lécouvrir la vérité, et se délivrer d'appréhension *. Je rempli ais des volumes entiers d'exemples de ces expressions reçae le tout le monde, et dont le sens est indéterminé et confus lais chacun doit se faire un plaisir d'attacher, s'il le peut, de dées claires aux discours ordinaires; car il y a peu d'occups ions plus agréables, plus propres à nous délivrer de nos pN ugés, et à nous donner cette liberté d'esprit dont je parle ici IX. Parle même principe la plupart des hommes s'imaginei lonnaltre assez bien la cause des effets naturels qui sont orc laires: et lorsqu'on leur en demande la raison, ils croie |u'on doit être content, quoiqu'ils ne disent que ce qu'on s! léjk bien ♦. C'est qu'on croit devoir cesser ses recherches d ju'on cesse d'admirer; et qu'il faut consentir à tout, pour ju'on n'ait rien à craindre, ou à espérer. D'où vient que d'i euf il en sort un poulet? C'est la chaleur de la poule qui iouve : cela est clair. Rien n'est plus commun; il en faat ( neurer là. D'où vient qu'un grain de blé germe, et perce erre pour y répandre ses racines, et en faire sortir l'épi. C' a pluie qui fait tout cela: il n'en faut pas davantage. Ou, rous n'êtes pas content de ces réponses, ou de semblables, ce |ui passent pour philosophes vous diront que rhumidité et Mleur, termes fort clairs, sont les principes féconds de la g lération et de la corruption de toutes choses. Ils vous din ^ue les petits animaux s'engendrent de corruption et depow ure, que les grands conservent leur espèce par certaines ver' éminales ou prolifiques, qui forment et arrangent toutes }arties du fœtus : mais que le soleil et la lune président à to )u peut-être un premier mobile qui donne le mouvemeni ous les corps qu'il renferme. On a ouï dire ces belles chos
1. C'est-à-dire, ici, de ce sentiment de crainte éveillé par des mots qui " )eine » et qui sont « suspects. »
2. On s'en délivre par « la vue claire de la vérité immuable. »
3. Var. Et à nous donner quelque liberté d'esprit. (1684 et 1697.)
4. Quand ils disent, par exemple, que l'opium fait dormir parce qu'il aune"^ lormitive ; c'est précisément ce genre d'explications que Malebranche a en vu' 7a d'ailleurs le voir plus clairement dans ce qui suit.