AB TRAITÉ DE MORALE
idées qu6 nous avons de cette matière sont obscarcies par l^ passions, qui ne nous laissent quelque liberté d'esprit qu'à ré<:ard des vérités qui nous touchent peu. Ainsi dans les sajets de Morale, on évite Terreur presque autant de fois qu'on suspend son consentement : et ces erreurs sont toujours de conséquence. Ce n^estpas que souvent on ne soit obligé d'agir, avant que d'avoir connu clairement ce qu'on doit faire *. Mais, quoi- (|aon doive agir, on ne doit jamais «roire avant que Tévidenee y oblige. Je ne prétends pas non plus qu'il faille toujours demeurer dans le doute. Car entre douter et croire il y a des différences infinies, qui n'ont point de nom particulier. On doute, lorsque tout est également vraisemblable. On croit, lorsque tout est évident. Mais, comme il y a des vraisemblances plus grandes et plus petites à l'infini, l'esprit doit mettre chaque chose dans son rang pour être bon juge : et c'est toujours la lumière et l'évidence qui doivent régler ses décisions. Car quoiqu'un principe ne soit pas évident, il est peut-être évident que ce principe est vraisemblable. Ainsi l'àme doit suspendre son consentement et l'examiner, si le temps le permet. Elle doit le regarder comme vraisemblable, et lui attribuer le degré de vraisemblance que la lumière et l'évidence lui donnent. Car enfin les jugements de la volonté ne doivent pas avoir plii^ détendue que les perceptions de l'esprit : il faut suivre pas à pas la lumière, et ne pas la prévenir. Dès qu'on juge précisément, parce qu'on le veut, et avant qu'on y soit obligé par l'évidence, ce jugement venant de notre fond, et non de l'action de Dieu en nous, est sujet à l'erreur ; et quoique par hasard il soit juste, il n'est point justement rendu, parce qu'il faut faire usage de sa liberté ^^ autant qu'on le peut, ainsi que j'ai déjà dit plusieurs fois.
Xni. Qu'un homme passe seulement un an dans le commerce du monde, entendant tout ce qu'on dit, et n'en croyant rien rentrant en soi-même à tous moments, pour écouter si la vérit< intérieure tient le même langage, et suspendant toujours soi consentement jusqu'à ce que la lumière paraisse ! Je le tien plus savant qu'Aristote, plus sage que Socrate, plus éclairé qu le Divin Platon. Mais j'estime encore plus la facilité qu'il aur
1. « El ainsi les actions de la vie ne souffrant souvent aucun délai,, c'est iino v pilé très certaine que. lorsqu'il n'est pas en notre pouvoir de discerner les plus vrai opinions, nous devons suivrû,les plus probables. » (Descartes, Méth.^ HIe partit