XVIII INTRODUCTION
et refuser son consentement, tant qu'on n'y est pas contraint par l'évidence.
La liberté d'esprit ainsi acquise prend chez Malebranclie une importance morale considérable. Faire taire son imagination et ses passions et n'accorder son consentement qu'aux idées claires, c'est en effet le plus sûr moyen de s'abstenir des « biens particuliers, » qui nous « séduisent, » et d'éviter les jugements précipités, téméraires et faux que nous portons sur les autres hommes ; c'est se mettre à l'abri de ces deux formes par excellence de l'immoralité, la concupiscence et l'injustice : car c'est se préserver des jugements qui nous portent vers les faux biens (faux par cela seul qu'ils sont particuliers et incomplets) et de ces jugements contraires à la charité, qui m( tf.ent la division, la haine et la guerre parmi les hommes.
Il y a là, nous dira Malebranche, des dangers d'autant plus redoutables que, comme l'a confirmé le mécanisme de Descartes, tout se tient dans la nature, qu'elle est gouvernée par des lois très simples, dont Dieu même ne peut, tant que dure l'ordre actuel du monde, arréler les effets. Une fois donc que ie mouvement est imprimé dans un certain sens aux esprits animaux, la passion suit fatalement son cours. La maladie n'est pas sans remède, assurément; mais une fois qu'elle a éclaté, il faut qu'elle se développe selon les lois de notre propre nature, et