I.NTUOnrCTION. XVII
C'est un lieu commun de dire que Malebranche est un intermédiaire entre Descartes et Spinoza. C'est une vérité moins répandue, mais non moins évidente, qu'il est, sur plus d'un point très important, un intermédiaire entre Descartes et Leibniz.
En morale, qu'a-t-il retenu de Descartes ?
Il en a retenu que la conduite de l'homme doit être gouvernée par des « notions spéculatives,.» que c'est « la lumière et l'évidence » qui doivent régler ses mœurs comme ses opinions, ses résolutions comme ses jugements; que la recherche des idées claires et distinctes est donc le principe de la moralité comme elle est le principe de la science ; que pour acquérir de telles idées il faut avant tout pratiquer le doute méthodique, éviter la précipitation et la prévention, suspendre son jugement
propre bien, mais encore à trouver celui de nos relations et même de la société..., qu'on est heureux quand on agit selon ses inclinations naturelles. Il me semble que je concilierais cela fort aisément avec mon langage. En effet, nos affections naturelles font notre contentement; et plus on est dans le naturel, plus on est porté à trouver son plaisir dans le bien d'autrui, ce qui est le fond de la bienveillance universelle, de la charité, de la justice ; car la justice, dans le fond, n'est qu'une charité conforuie à la sagesse.
» La divinité, ajoute-t-il cependant, n'a pas assez de place dans le cours de l'ouvrage. On peut dire qu'il y a un certain degré de bonne morale indépendante de la divinité; mais que la considération de la providence de Dieu et de l'immortalité de l'âme porte la morale à son comble et fait que chez les sages, les qualités morales sont tout à fait réalisées et l'honnête identifié avec l'utile, sans qu'il y ait ni exception, ni échappatoire. "