‹ Traité de moraleChapitre 127 sur 233 · Var. Il peut. (168'i · texte numérisé non relu

Var. Il peut. (168'i

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quand il Unir iiuijoscraii sihMifc. (Ida riait autrefois fiiiisi. Mais le péché du premier homme a chaiij^é cet ordre admirable; et l'union de l'esprit et du corps demeurant la même, l'esprit s'est trouvé malheureusement j^ourmandé* par les sens, à cause de la perle (lu'il a faite du pouvoir de leur commander, ainsi que j'ai déjà dit tant de fois.

XI. Les sens sont donc institués alin de fournir h l'homme des voies courtes et sûres pour discerner les corps par rapport à la conservation de la sanié et de la vie. Qu'on s'en serve donc pour s'unir par le corps aux objets sensibles ou pour s'en séparer: cela est dans l'ordre. Jo dis s'iutir, ou se séparer: je ne dis point aimer, ]^l ne dis pas craindre: cnr l'amour et la haine sont des mouvements de l'âme (|ui ne doivent j;imais être déterminés par des sentiments confus, (lest la raison et non pas l'instinct qui la doit conduire. Que l'esprit aime ou n'aime pas le pain, cela est indiiïérenlau corps. Si l'on en mange sans l'aimer, le corps ne lais.sera pas de s'en nourrir: et si on l'aime sans en manger, le corps n'en deviendra pas plus robuste : mais d'un autre côté lame se corrompra et se déréglera. Car tout mouvement de l'àme qui, au lieu de tendre vers celui qui l'imprime sans cesse en elle, alin qu'elle l'aime uniquement, tend vers les corps, substances mortes, inférieures, inefficaces, est aveugle, déréglé, brutal. Ce ne sont point là des abstractions chimériques: ce sont des vérités nécessaires, des lois immuables, des obligations indispensables.

XII. Mais quoi! peut-on s'unir au.x corps sans les aimer? peut-on fuir son persécuteur sans le craindre? Oui, sans doute, on le peut : car je parle principalement des mouvements libres, (|ui certainement peuvent n'être pas confornu^j aux mouvements naturels. Mais qu'on ne le puisse pas, je le veux. Qu'en doit-on conclure? Que le cœur de l'homme est tellement corrompu que son mal est incurable, et qu'il ne peut faire usage de ses sens, qu'il n'aigrisse et ne renouvelle ses plaies: et qu'ainsi la mortification des sens est la chose du monde la plus nécessaire dans l'état où l'homme est réduit. Car enfin, doutera-t-on que Dieu n'agit que pour lui, qu'il n'imprime à l'àme du mouvement que pour lui, que tout amour des corps est déréglé, en un mol qu'on est indispensablement obligé d'aimer Dieu de tout son cœur, de toute son àme, de toutes ses forces.

t. Var. S'est trouvé dépendant et gourmande. (1684.1

XIII. Quand l'àme est pénétrée de la présence de Dieu, et qu'elle le regarde en opérant sans cesse dans les objets qui frappent les sens: quand l'esprit est actuellement convaincu de rirnpaissance générale des créatures, et appliqué à régler son cœur selon ses lumières, sans doute il peut dans ce moment s'unir au corps ou s'en séparer sans les aimer ni les craindre. Mais il est vrai que ce temps de réflexion ne peut pas durer. L'esprit se fatigue par son attention à ses devoirs; et les sens venant k être touchés par quelque objet qui les flatte, l'âme, surprise et contente d'abord par l'apparence du bien, ne manque pas de suivre, par le mouvement qui lui est propre, celui des humeurs et du sang, Tout plaisir excite et détermine le mouvement naturel de l'âme: et comme en tout temps on yeut être heureux, le mouvement libre de la volonté se conforme volontiers k ce mouvement naturel qu'excitent les sens. 11 faut résister pour ne pas suivre ce mouvement. Mais eu résistant on Si^ \:\->>\ on perd le repos qu'on aime; on se rend malheureux dès qu'on cesse de suivre l'attrait du plaisir qui rend heureux.

XIV. Il vaut mieux sortir d'un courant qui nous entraîne, si nous cessons un moment d'y résister, que d'y demeurer dans une action continuelle: du moins c'est là le plus sûr. Il vaut donc uiieux, autant que nous le pouvons, ronqire le commerce (|ue nous avons par les sens avec les objets sensibles, que de s'exposer k mille et mille dangers en se fiant sur ses propres forces : forces certainement ' vaines et trompeuses. Que l'imagination les exalte, que l'orgueil humain les défende, l'expérience les confond, la foi les condamne et les rend méprisables. Du moins prenons le plus sfir. 11 s'agit de l'éternité, de l'alternative épouvantable de la félicité des Saints, et des supplices des démons pour des siècles infinis. Nous pouvons heureusement boucherlesavenues par lesquelles s'entretient ce commerce dangereux des sens avec les faux biens. Le mouvement des pieds et des mains est soumis k nos volontés. 11 dépend de nous de baisser la vue, de tourner la tète, de jirendre la fuite. Nous pouvons ainsi éviter le coup fatal que porte un objet infâme. Mais ce coup étant reçu, le cerveau en demeure blessé, l'imagination salie, le cœur pénétré et corrompu. Tout ce qui se produit par la force de ce coup dans le cerveau et dans les nerfs qui excitent les passions, n'est nullement soumis à nos

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