‹ Traité de moraleChapitre 128 sur 233 · Var. Dis-je · texte numérisé non relu

Var. Dis-je

PREMIKRE PARTIE.— DE LA VERTU. \r.]

volontés. De surlo (jiu» nous pouvons sans lieaucoup de pt'inc empêcher 1(> mal par la moriilioaiion do nos sens, mais nous ne pouvons poini le .liuérir sans îles rombais iulinis. Heureux, trop heureux, si, sa^es à nos dépens, nous empêchons qu'il n'au!,Mnenle el ne nous précipite dans les enfers.

XV. Tâchons donc de nous bien convaincre que nos sens sont des faux témoins, (jni portent sans cesse le témoi<;nage contre nous en faveur de nt>s passions: et que s'il est permis de les écouter pour le bien du corps, lien n'est plus d,'.n,ii:ereux que de les consulter pour le bien de l'âme. Que s'il est par exemple fort ridicule de prouver par raison que l'or ou les pierres précieuses ne sont pas propres à la nourriture, c'est agir contre l'ordre et le bon sens que d'examiner par le sentiment du goût, si le vin est un objet digne de notre amour et de notre application. Comprenons bien * que c'est la lumière qui doit régler les mouvements de l'àme, et le plaisir ceux du corps * : que la lumière ne trompe jamais, et qu'elle laisse l'esprit libre sans le pousser au bien qu'elle lui présente, alin qu'il l'aime librement et par raison; que le plaisir au contraire trompe -loujoui's, (ju'il ôte ou diminue la liberté de l'esprit, et le pous.se naturellement, non vers Dieu qui le produit, mais vers l'objet sensible qui semble le produire. Souvenons-nous de ces principes et tirons-en celte conséquence, que la mortilicàtion des sens est l'exercice le plus nécessaire à celui qui prétend vivre de Raison, suivre l'ordre, travailler à la perfection, s'assurer un bonheur solide, une félicité éternelle.

XVI. Comme j'ai prouvé fort au long dans le premier livre de la Recherche de la vérité, que nos sens nous trompent généralement en toutes choses, je ne crois pas devoir m'arrêter davantage à démontrer ce que je viens d'exposer. Je crains plutôt que ceux qui ont lu et médité mes autres écrits, ne trouvent à redire que je répète souvent les mêmes choses. Mais écrivant pour tout le monde, cela ne se peut autrement, car toutes ces vérités sont enchaînées et ont rapport les unes aux autres. 11 faut connaître l'homme et ses maladies, du moins en partie, pour en comprendre les remèdes, et savoir la Morale par principes. Si je supposais pour connues toutes les vérités que j'ai

1. Var. Ces deux mots, n'étaient pas dans l'édition de 1684 et la même phrase se continuait.

2. Var. Et le plaisir et l'instinct, les mouvements et la situation du corps. (1684.)

prouvées ailleurs, loul. le monde n'entendrait pas trop bien ce que je veux dire: plusieurs pourraient s'en effrayer, H ce livre aurait apparemment le même sort que l'infortniié Traité de In Nafiire et de la Grâoe, que je n'avais composé que pour ceux (jui savaient distinctement les vérités que j'avais déjà suffisamment expliquées, ainsi que j'en avais averti: contre lequel néanmoins on s'est déchaîné de manière, qu'on m'a imputé les hérésies mêmes que j'y déiruis dans leurs principes '.

1. Ainsi on i-eproclie à Malebranche de détruire la liberté de l'homme, el il prétend que c'est sa doctrine qui la sauve, parce que l'action toute-puissante et continuelle de Dieu peut seule libérer notre volonté. Il osl aisé do voir où est, sur ce point, l'illusion de Malebranche. Le péché originel une fois posé avec les conséquences qu'en tire immédiatement le dogme chrétien, il est très vrai que le secours de la grâce, venant contrebalancer l'effet de la concupiscence, peut seul rendre à l'homme sa liberté. Mais ce n'est pas tant la doctrine théologique do Malebranche qui compromet le libre arbitre (Le présent chapitre vient de nous montrer qu'en cette matière il entendait se séparer des jansénistes); c'est bien plutôt sa métaphysique, c'est sa doctrine des causes occasionnelles, de DiCu, seule cause véritable, créant continuellement en nous l'être et les manières d'èlre. etc.. etc. Voyez plus bas. |)ages 150, 153, 135 et les notes.

rjlAPITUF DOUZIEME.

i)e l'imajïination. Ce terme est obscur et confus. En général ce que o>^t que rimagination. Différentes sortes d'imagination. Ses effets sont (langer.eux. De ce qu'on appelle dans le monde le bel esprit. Cette qualité est fort opposée à la grâce de Jésus-Christ. Elle est fatale à ceux qui la possèdent et à ceux qui l'estiment et l'admirent dans les autres sans la posséder.

Quoique les sens soient le premier principe de nos désordres ou l'origine de l'union de l'esprit et du corps, qui maintenant désunit l'esprit d'avec Dieu, néanmoins il ne stiftit pas do réixl'T leur nsacre afin que la .çrràceojir'rcen nous selon toute son efiicace; il faut déplus faire taire rimaf;ination et les passions. 1,'imagiuation dépend des sens au.^si bien que les passions ^ : mais pIIi' a sa malignité particulière, l.orsque les sens l'ont excitée, elle produit - des etîets extraordinaires. Xais souvent, quoi.:|ue les sens ne l'ébranlent point actuellement, elle agit par ses propres forces. Elle jette le trouble ^ dans toutes les idées de l'âme par les fantômes qu'elle produit, et quelquefois ces fanîôniHS sont si agréables ou si terribles, si vifs et si animés qu'ils mettent en fureur* les passions par la violence des mouvements qu'ils excitent. Mais j'appréhende que quelques l^crsonnes ne conçoivent pas clairement ces vérités, il faut qiv '\o les explique plus distinctement.

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