‹ Traité de moraleChapitre 132 sur 233 · Viii'. l.L's in-cluin'. (16'J · texte numérisé non relu

Viii'. l.L's in-cluin'. (16'J

2. Vai'. Ces mois : Kn quoi consisle le bel espnl, u'ùlauuil [liis dans l'édition de 1684.

;}. Et. dans la Hcicnco, on n'arrive à la \ 'rdé ([ue par l;i iiiéllnide, non jiar l'abondance et la vivacilé des esprits.

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l'UEMlEKE l'.UtTih:. — DE LA VERTU. \à3

Ceriainement Dieu veul ôlre adoré de ses créatures. Mais quoi, adoré? Qu'on se prosterne devant ses Autels, qu'un brûle de l'encens en abondaïu-e, qu'on n)èle les voix avec les instruments pour Caire reteniu' les églises d'airs agréables composés à sa louange? Non, sans doute. Dieu est esprit, et il veul être adoré en esprit et en vérité. Il veul l'homme tout entier, ses pensées, se» inouvemenls, ses actions. iMais le bel esprit plus (ju'aucua autre s'attire les regards et arrête sur lui les mouvements des autres hommes. Au lieu de prendre lui-même la posture d'un homme qui adore, et de tourner les esprits et les cœurs vers celui-là seul qui doit être adoré, il s'élève dans l'esprit de l'homme ; il y prend une place honorable. Il entre jusque dans le sanctuaire de ce Temple sacré, la demeure principale du Dieu vivant: et par l'éclat et le faste sensible qui l'environne, il prosterne les iinaginaiioiis faibles à ses pieds, et se fait rendre un culte véritable, un culte spirituel, un culte qui n'est dû qu'à Dieu.

XIX. Mais celui ({ui cherche l'estime des hommes, et qui dérobe à Dieu ce qu'il estime le plus dans ses créatures, pourraitil attirer sur lui les grâces du Ciel? Dieu qui résiste aux supei'bts, le préviendra-t-il de ses bénédictions? L'esprit de D.eu repose volontiers sur ceux (jui sont humbles et que le monde méprise, ce sont des vérités certaines par l'Ecriture. 11 éclaire ceux qui rentrent eu eux-mêmes, l'expérience l'apprend. Mais il aveugle ces imaginations vives et éclatantes, qui se répandent sans cesse au dehors : car la vérité habile en nous. De plus, la grâce, soit de lumière, soit de sentiment, n'a point son etfet dans l'esprit et dans le cœur de ceux qui sont unis à tout ce qui les environne : cela est évident par les clioses que je viens de dire. Le bel esprit qui cherche la gloire, n'en trouvera donc qu'une vaine et passagère, et tombera pour jamais avec les esprits d'orgueil dans l'ignominie qui lui est due.

XX. Ma s celte beaulé d'esprit si fatale à ceux (jui la possèdent, et qui s'en gloritieut, est encore fort dangereuse pour ceux (|ui l'estiment et qui l'admirent sans la posséder: c'est une vérité qu'il faut savoir. Rien n'est plus contagieux que l'imagination; et ceux qui l'ont vive et dominante, sont toujours les maiires de ceux qui les regardent lixement. Leur air et leurs manières répandent, pour ainsi dire, la conviciion et la certitude dans tous ceux qui les considèrent: car ils passionnent si vivement toutes choses, (jue lorsqu'on ne rentre pas

en soi-même pour confronter ce qu'ils disent avec les réponses de la vérité intérieure, ce qui est fort difficile à faire en leur présence, on reçoit leurs sentiments, je ne dis pas sans en examiner les preuves, je dis même sans comprendre ces sentiments '. On demeure convaincu, sans savoir précisément de quoi on est convaincu, parce qu'on est pénétré, qu'on est ébloui, qu'on est dominé.

XXL. ^Néanmoins on doit savoir que de tous les hommes, ceux qui sont les plus sujets à l'erreur, ceux dont les sentiments sont les plus dangereux, ceux dont les mouvements sont les moins réglés, ce sont les imaginations vives et dominantes. Car, plus le cerveau est rempli d'esprits, plus l'imagination se révolte, plus les passions s'animent, plus le corps parle haut, qui ne parla jamais qu'en faveur du corps, que pour unir et soumettre l'esprit au corps et le séparer de celui qui seul peut donner à l'àme - la perfection dont elle est capable. 11 faut donc travailler à faire taire sa propre imagination et se mettre en garde contre ceux qui la llatient et qui l'excitent. Il faut éviter autant que l'on peut le commerce du monde : car lorsque la concupiscence, soit de l'orgueil, soit des plaisirs, est actuellement excitée, la grâce n'opère point en nous selon toute son efficace.

XXII. Car enfin l'homme est sujet à deux espèces de concupiscence, à la concupiscence des plaisirs, et à la concupiscence de l'élévation et de la grandeur. C'est à quoi on ne pense point assez. Lorsque l'homme jouit des plaisirs sensibles, son Imagination se salit; et la concupiscence charnelle s'excite et se fortilie. De même lorsqu'il se répand dans le monde, qu'il cherche des établissements, qu'il fait des amis, qu'il acquiert de la réputation, l'Idée qu'il a de lui-même s'étend et se grossit dans son imagination, et la concupiscence de l'orgueil se renouvelle et s'augmente. Il y a naturellement dans le cerveau des traces pour entretenir la société civile et travailler à l'établissement de sa fortune, comme il y en a qui ont rapport à la conservation de la vie et à la propagation de l'espèce. Nous sommes unis aux autres hommes en mille manières aussi réellement qu'à notre corps : et toute union aux créatures nous désunit maintenant d'avec Dieu, parce que les traces du cerveau ne sont plus soumises à nos volontés.

1. Var. Celle lin de jihrase, depuis les mots : on reçoit leurs sentiments..., n'était pus dans l'édition de 1084.

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