Var. Les
j. Il est inutile de relever ce qu'il y a d"exce.ssif dans celle phrase : im injuste mépris des sciences, d'abord ; puis une idée exagérée des d.fficullés de la morale. Même au point de vue de l'honnêteté, il y a quelquefois plus de profit à agir qu'à se demander avec des hésitations et des scrupules sans fin, comment il faut qu'on agisse. Ce n'est pas qu'il faille prendre absolument au pied de la lettre ce mot de Diderot : « On a toujours des mœurs quand ou passe les trois quarts de sa vie à travailler; ■> mais la vérité est entre les deux.
lie TRAITÉ DE MORALE.
VI. Qui voudrait examiner en détail tous les devoirs des conditions, entreprendrait un ouvrage dont il ne verrait pas l'accomplissement, quelque infatigable qu'il fût dans le travail. Pour moi, je ne me sens pas assez de force pour m'engager dans un dessin si vaste et si difficile; et tout ce que je prétends faire maintenant, c'est de marquer en général ' les devoirs que tout homme doit rendre à Dieu, à son prochain et à soi-même, autant qu'il en est capable. C'est à chacun d'examiner ses devoirs particuliers par rapport aux obligations générales et essentielles, et selon les circonstances qui changent à tout moment. Il faut prendre tous les jours quelque temps réglé pour cela, et ne pas s'attendre de trouver dans les livres, ni peutêtre dans les autres hommes, autant de sûreté et de lumière (ju'on en trouvera en soi-même, si de bonne foi, dans le mouvement de l'amour de l'ordre, on consulte tidèlement la vérité intérieure *.
1. Var. L'édition de 168i ajoutait : Et principalement pour mon utilité parliculiére.
2. Cette fm atténue l'exagération que nous avons relevée dans certaines expressions du paragraphe précédent. Examiner chaque jour sa conscience pendant « quelque temps », se consulter soi-même de bonne fo», en présence des circonstances variées de la vie active, cela suffit; et il n'est pas nécessaire d'abandonner la science ou les affaires, pour creuser indéfiniment la casuistique ou la mélaphysique de la morale.
CUAPlTUli DEUXIÈME.
Nos devoir;; envers Dieu se doivent rapporter à ses attributs, à sa liuissance, à sa sagesse, à son amour. Uieu seul est cause véritable de toutes choses. Devoirs que nous devons rendre à sa puissance, (jui consistent principalement en des jugements clairs et dans des mouvements réglés par ces jugements.
1. L'ordre immuable et nécessaire demande (lue la création dépende du Créateur, que toute expression se rapporte a son modèle, et que l'homme fait à l'image de Dieu, vive soumis à Dieu, uni à Dieu, semblable à Dieu en toutes les manières possibles; soumis à sa puissance, uni à sa sagesse, parfaitement semblable à lui dans tous les mouvements de son cœur. Soyez jua^faits, disait Jésus-Christ à ses disciples, comme votre ptre céleste est parfait. Estote ergo vos perfecti, sicut et Pater rester cœlestis perfectus est \ Il est vrai que nous ne serons véritablement semblables à Dieu, que lorsque absorbés dans la contemplation de sou essence, nous serons tout 2 pénétrés de ses lumières et de ses plaisirs. Mais c'est à cela que nous devons tendre. C'est à cela que la foi nous donne droit d'espérer: c'est à cela qu'elle nous conduit ; c'est ce qu'elle commence à faire par la réformation intérieure que la grâce de Jésus-Christ opère en n(.)us. Caria foi nous conduit à l'intelligence de la vérité et nous mérite la charité. Or, rintelligence et la charité sont les deux traits essentiels qui réforment les esprits sur celui qui se dit
1. Celte eitatiuu était en marge dans l'édition de 16S4, avec le renvoi ù S. Mathieu, V, 48.