Var. Dieu ne peut vouloir
les esprits n'est produit que par la volonté de Dieu, laquelle n'est autre chose que l'amour qu'il se porte à lui-ujème. L'amour en Dieu ne doit tendre que vers lui, car Dieu se sufllt à lui-même. Mais l'amour des ci'éatures ne doit point s'arrêter aux créatures, il doit tendre uniquement à Dieu '. Car il n'y a poml ^ deux ou plusieurs biens véritables : il n'y en a qu'un seul, puisqu'il n'y a^ qu'une cause véritable. 11 n'y a donc que Dieu d'aimable, j'entends d'un amour d'union. Ainsi, comme Dieu ne peut pas vouloir qu'on aime ce qui n'est point aimable ni qu'on n'aime pas ce (jui est aimable, supposé qu'on soit capable d'aimer, c'est une nécessité que noire amour venant de Dieu, tende uiiiqueuuMit vers lui, et se rapporte h lui' dans la première institution de la nature.
III. Dieu ciéant donc les esprits, et voulant les rendre heu • reux, il leur iuiprime sans cesse l'amour du bien : et comme il n'agit que pour lui, et que le bien n'est et ne peut être qu'en lui, cet amour naturel du bien ne les porte par lui-même que vers Dieu : car cet amour est semblable à celui que Dieu se porte à lui-même. Cet amour aussi est invincible, puisque c'est une impres>ion puissante et continuelle de l'amour Divin; et il n'est point différent de notre volonté, puisque ce n'est que par les différentes déterminations de cet amour que nous pouvons aimer tous les objets ([ui ont l'apparence du bien '^.
IV. De là il est clair (lue nous ne pouvons point aimer le mal, et que nous n'avons pouitpour cela de mouvement. Néanmoins nous pouvons par erreur prendre le mal pour le bien, et aimer alors le mal par choix ^, en aimant le bien d'un amour naturel. Nous pouvons"^ aimer le mal, ou plutôt ce (jui n'est ni bien ni mal, par un abus abominable du bon amour, que Dieu imprime sans cesse en nous, pour se l'aire aimer de nous, connue étant seul noire bien ou capable de nous rendre ht'ureux. Car nous devons surtout prendre garde (|ue toutes les créatures, quoi(iue parfaites ou bonnes en elles-mêmes, ne sont ni bonnes
1. \iiv. Cca ilcu.\ |ilwuses, drijuis : L'aiiiuiir en Dieu, n'cliiii'i)! pus ihius lodilion de 1GS4.
2. Vai-. Mais île [iliis il n'y a iiuinl... (IGS'i.) .'!. \iu: Car il n'y a. (1684.)
-1. Voyez dans la Jiecherrhe 'le la vérité, lu 4" li\i'i' îles liiciunitions. cli. i cl ii.
5. Var. VA aimer alors le inal en aiiiianl le bien; ainiei- le mal |iar eliuix, en aimant le bien... I toS'i.)
(5. Var. Dans l'éililum de iliS'j.les niuls ; nous punL'unii,\ni\\M[u-Mi'u\ . el la nnini phrase se cunlinuail.
DEUXIEME PAUTIE. — DES DEVUIUS. IGU
ni mauvaises par rapport à nous, puisiju'elles n'ont point véril.'ibleniiMil la puissance de nous faire ni bien ni n)ai. Comme elles sont causes occasionnelles du bien ou du mal, du plaisir ou de la douleur, nous pouvons nous y unir ou nous en séparer par le mouvement de notre corps : mais nous ne pouvons raisonnablement ni les aimer ni les craindre, parce que tout mouvement (|ui ne tend point vers Dieu, qui en est le principe et la lin, est dé:vj,Mé, et mérite d'être puni s'il est libre.
V. Il est clair aussi que nous ne pouvons pas haïr le bien, puisque, voulant invinciblemenlètre heureux, nous ne pouvons pas nous séparer de celui qui nous rend heureux. Néanmoins nous pouvons par erreur prendre le bien pour le mal, et alors haïr le bien par la haine que nous avons pour le mal. Mais celle haine dans le fond n"esi (ju'un mouvement d'amour. N'ous ne fuyons le mal que par le mouvement d'amour que nous avons pour le bien. Car, Dieu nous ayant faits pour être heureux en l'aimanl, il ne nous a pas donné de mouvement pour nous séparer de lui, mais pour nous unir à lui. Les pécheurs ou les damnés haïssent Dieu d'une haine invincible et irréconciliable, mais c'est par l'amour même que Dieu leur a donné pour l'aimer. Car Dieu n'étant plus leur bien, mais leur mal, ou la (tause de leurs supplices, selon ces paroles de TEcriiure : Cum rlecto electiis eris, et ciini percerso percerterîs ' : ils le haïssent par le mouvement invincible que Dieu, loujours, immuable dans sa conduite, leur donne pour le bonheur.
VI. Pour bien comprendre cela, il suflii d'observer que c'est le plaisir actuel qui rend actuellement et formellement heureux, et la douleur malheureux. Or, un damné sent la dou-» leur, un pécheur endurci la craint. Le damné connaît que Dieu seul en est la cause véritable, le pécheur le croit, ou du moins il l'appréhende -. Il faut donc, par le désir même qu'ils ont d'être heureux, qu'ils abusent l'un et l'autre du mouvement que Dieu leur donne pour les unir à lui, et qu'ils s'en séparent : puisque, plus ils sont unis à Dieu, plus Dieu aj,Mt en eux, plus aussi éprouvent-ils qu'ils sont malheureux. Les bienheureux au contraire, et par une raison semblable, ne peuvent cesser d'aimer Dieu. Et ceux qui ont accès auprès de Dieu,