‹ Traité de moraleChapitre 158 sur 233 · DEUXIÈME PARTIE. -DES DEVOIRS · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. -DES DEVOIRS

Dieu par sa puissance ne fera pas le bien des hommes, mais leur mal, si par sa sapessc il n'est point leur loi ou le principe de leur rérurnialion iniérieure. Car le bonheur est une récom- |iense. Pour le posséder, il ne siilTit pas de le désirer, il faut le mériter : et l'on ne peut le mériter, si l'on ne règle les mouvements de son coMir sur la loi inviolable de toutes les intelligences, sur celui sur lequel l'honniie a été formé et sur leciuel il doit être réformé. En un mot l'amour de Tordre immuable de la justice doit toujours être joint ii l'amour d'union, qui se rapporte à la puissance de Dieu ', atin que notre amour étant semblable à l'amour Divin, il nous conduise à toute la félicité et il toute la perfeciion dont nous sommes capables.

VDI. Car il faut observer que dans Tétai oi!i nous sommes maintenaiU, il arrive souvent que notre bonheur el notre perfection se combattent, et qu'il est nécessaire de prendre parti: ou de sacrilier sa perfection à son bonheur, ou son bonheur à sa perfection; ou l'amour de l'ordre à son plaisir, ou son plaisir à l'amour de Tordre. Or. quand on sacrilie son bonheur à sa perfection, son plaisir à l'amour de Tordre, on mérite. Car on obéit à la Loi Divine, à ses propres dépens, et par là on prononce hautement que Dieu est juste et puissant: jugement conforme à celui que Dieu porte de lui-même. Car nos actions ne sont méritoires que lorsqu'elles expriment les jugements que Dieu porte de ses attributs -. On abandonne à Dieu ce qui dépend uniquement de lui, notre félicité, et par cette soumission on rend honneur à sa puissance. Il dépend ^ en partie de nous d'obéir a la Loi Divine: et il n'en dépend nullement de jouir du bonheur. Ainsi, nous devons remettre entre les mains de Dieu notre propre félicité, et nous appliquer uniquement à notre perfection: faisant cet honneur à Dieu de le croire à sa parole ", de se conller à sa justice e*. à sa bonté, et de vivre contents par la foi dans la fermeté de notre espérance; selon

1. Var. En un mot, l'amour dfi conformilé, qui se rapporte à Tordre immuable, à la sagesse de Dieu, doit toujours être joint .i l'amour d'union, qui se rapporle à sa puissance. (1684.)

2. Var. .\près les mots : à ses propres dépens, le texte de l'édition de i6Si était ainsi rédigé : Et jiar là on rend honneur à la sagesse ilc Dieu, h la Raison universelle : on abandonne à Dieu...

Page 1