Var. Dans ses devoirs
3. Var. La fin de ce paragraphe, depuis la phrase : Cependant il faut l'avouer, et on le reconnaît assez..., n'était pas dans l'édition de 1684.
180 THAITE UE MORALE.
les hoinines, étant composés d'esprit et de corps, vivant entre eux en société, élevés dans un même culte extérieur de religion, et liés par là à certaines céréuioiiies, se trouvent obligés à une inlinité de devoirs particuliers, mais qui se rapportent tous nécessairement à ceux que je viens de marquer en général. Tons ces devoirs sont arbitraires, du moins dans leur principe; mais les devoirs spirituels sont par eux-mêmes absolument nécessaires. On peut se dispenser des devoirs extérieurs, mais on ne peut jamais se dispenser des autres. Ils dépendent d'une loi inviolable, de lOrdreimmuable et nécessaire. Les devoirs extérieurs ne sanclitient point par eux-mêmes celui qui les rend à Dieu : ils ne reçoivent leur mérite et leur prix ([ue des devoirs spirituels qui les accompagnent. Mais tous les mouvements de rame régléssur des jugements véritables honorent directement et par eux-mêmes les perfections divines.
Vil. C'est par exemple un devoir arbitraire dans son principe (|ue d'entrer la tète nue dans une Église. Mais entrer en la présence de Dieu sans respect et sans (jnelque mouvement de religion, ce n'est point un devoir arbitraire, c'est un devoir essentiel. Celai qui pour quelque raison particulière ne peut se découvrir, peut assister couvert au sacrilice; les femmes sont dispensées de ce devoir: et pourvu que l'on sache que ce n'est point mépris, mais besoin, il ne faut point ordinairement de dispense. 11 n'y a que ceux qui ont l'esprit faux, que les critiques ou les faibles, qui y puissent trouver à redire. Mais personne ne peut assister au sacrifice, et se. dispenser d'y uiïrir à Dieu le sacrifice de l'esprit et du cœur, des louanges et des mouvements qui honorent Dieu. Celui qui se prosterne au pied des autels, bien loin de mériter, bien loin d'honorer Dieu |)ar ce devoir extérieur, commet un crime énorme, si par cette action il ne tend (ju'à s'attirer l'estime du monde. Mais celui (|ui, bien ([u'immobile au dehors, est agité au dedans par des mouvements conformes à ce (|ue la Foi et la liaison nous apprennent des attributs divins, rend honneur à Dieu, s'approche de lui et .s'unit à lui, se conformant à la loi immuable par des mouvemimts réglés, (|ui laissent après eux une habitude ou une disposition de charité: il se purifie et se sanctifie véritablement. Mais la Religion de bien des gens n'est point spirituelle: ils ne s'arrêtent souvent (juà l'extérieur ([ui les frappe et qui les détermine ;i faire par imitation ce (ju'ils n'ont point dessein de faire.
DEUXIEME l'AKTlE. — DES DEVUlKS. 181
VIII. Certainement c'est manquer au respect (ju'un doit a la llaisun uniscrselie, tjue de s'en séparer par l'usage du vin , ou (|ue de sortir hors de soi-niènu', où elle habile et où elle rend ses réponses, et se laisser transiiorler par ses passions dans un monde où l'imaginaiiou est la maîtresse. En un mot s'éloigner volontairement, sans quelque nécessité, de la présence de son liien et de la Raison, c'est un mouvement (jui déshonore la Majesté Divine, c'est manquer de religion et commettre une espèce d'impiété. Mais les hommes ne jugent pas ainsi des choses, ils jugent du fond par l'extérieur et par les manières. Ils s'imagineront que c'est un grand crime que de faire dans un lieu saint une action qui par elle-même n'est point indécente : et ils ne pensent pas (jue rien n'est plus indécent, que de manquer en quelque lieu qu'on soit, aux devoirs essentiels d'une créature raisonnable. Celui (|ui est religieux jusqu'à la superstition, passe pour un saint dans leur esprit : et le philosophe chrétien n'est qu'un impie, s'il n'abandonne la Raison pour entrer dans leurs sentiments et observer religieusement leurs coutumes.
IX. 11 est vrai (|ue le philosophe se conduit mal, s'il néglige les devoirs extérieurs et s'il scandalise les simples. // vaudrait 77iieu.v pour lui, Qiion lui uitachdt une pierre au cou, et qu'on le jetât au milieu de la mer K Tout homme par ses manières doit rendre témoignage de sa loi, et porter les autres hommes, toujours sensibles aux manières, à des mouvements qui honorent Dieu. Il faut dans tout ce qui a rapport à Dieu prendre humblement l'air ou la posture d'un homme qui adore ; c'est du moins faire le sot et le ridicule que de prendre un autre air. Mais lorsque les manières sont superstitieuses, et portent les esprits à des jugements et à des mouvements qui déshonorent les attributs divins, alors c'est impiété que de les prendre. Ces manières sont peut-être pardonnables à ceux qui n'ont de Dieu qu'une idée fort confuse. Mais celui qui est mieux instruit dans la religion, et qui a une connaissance plus particulière des perfections divines, ne doit rien faire, par respect humain, qui démente ses lumières.
X. L'esprit n'est capable que de penser et de vouloir. Ainsi le culte spirituel ne consiste que dans des jugements et des mouvements de l'àme. Celui ({ui pense et qui aime comme Dieu pense et comme il aime, ('elui qui juge des attributs divins