‹ Traité de moraleChapitre 172 sur 233 · XVI. Il n'y a presque jamais rien à gagner parmi les hom · texte numérisé non relu

XVI. Il n'y a presque jamais rien à gagner parmi les hom

1. « Il faudrait avoir une raison bien épurée pour regarder comme un autre liomme le grand seigneur environné, dans son superbe sérail, de qunrante mille janissaires. >• (Pascal, Pensées, art. 3.j '

mes. Leur langage est corrompu comme leur cœur : il ne fait naître dans l'esprit que de fausses idées, il n'inspire que l'amour des objets sensibles. Mais leur exemple est encore plus dangereux. Car, outre qu'il est moins conforme à la Raison que le discours, c'est un langage vivant et animé, qui persuade invinciblement tous ceux qui ne sont point sur leurs gardes. L'homme écoule souvent ce qu'on dit, sans penser à le faire: mais il est tellement porté à l'imitation qu'il fait machinalement comme les autres. Rien n'oblige à faire ce qu'on entend dire "et qu'on ne fait point. Mais c'est blesser la société, c'est se rendre odieux ou ridicule , c'est se faire passer pour un esprit bizarre et capricieux, en un mot, c'est faire une espèce de schisme, que de condamner par une conduite particulière celle que le monde suit.

XVII. Néanmoins la charité et notre constitution naturelle nous obligent souvent à vivre en sociéié. Tout le monde ne peut pas porter la vie des solitaires, et principalement ceux à qui le commerce du monde est le plus dangereux. Il faut qu'ils voient et soient vus, qu'ils parlent et (ju'ils entendent parler. Le commerce sans passions délasse l'esprit et lui donne de la force. Il faut donc vivre avec les hommes. Mais il en faut choisir qui soient raisonnables, ou du moins capables d'entendre raison et de se soumettre cà la Foi, alin de travailler ensemble à notre sanctilication et à la leur. Car il faiU maintenant bâtir pour l'éternité, commencer ici-bas une société éternelle, se hâter pendant qu'il fait jour d'entrer dans le repos du Seigneur, et d'y faire entrer les autres; alin que notre société soit avec le Père et son Fils Jésus-Christ dans l'unité du Saint-Esprit par une charité immortelle, qui procédera sans cesse par rapport a nous de la puissance et de la sagesse de Dieu, dont finlluence continuelle sera la cause ' de notre perfection et de notre félicité éternelle.

Page 1