‹ Traité de moraleChapitre 175 sur 233 · Luc. vr, 24. {Id.) 0. Jac. 1. 10. (Id.i · texte numérisé non relu

Luc. vr, 24. {Id.) 0. Jac. 1. 10. (Id.i

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rifii n't'sl iliLîiic de iiit'pris (|iii' le iiraiil cl le |i(''cbt', néant vôriiable i|iii otirnMiiiit la naiiin', i|iii am-aiilii le riKTilc, mais qui niMlt'iriiil point l'oxcelleiinMle la personne '. Le pliis^rand des pécheurs pent devenir, par le secoiiis du ciel, pur et saint comme les Anj^es : il peut jouir éternellenuMil avec nous des vrais biens et nous précéder dans le ro\aume de Dieu. Il laul avoir compassion de sa misère : non di; celle, qui l'arili^ue, mais de celle (|ui le corrompt: non de ses douleurs, mais de ses désordres, qui le mènent hors d'état de posséder avec nous (h's biens dont il peut jouir sans nous en priver.

V. Mais ih' plus, quel droit a-t-on de jufier des intentions secrètes? Dieu seul pénètre les cipurs. Celui (|ui couunet un crime le fait peut-être sans vouloir le faire. Son esprit faible et troublé, ses passions allumées l'ont peut-être privé dans ce moment de l'usage de sa liberté. Mais qu'il ait agi librement, son c(pui' contrit et humilié en a peut-être obtenu le pardon, ou l'obtiendi'a demain, jour heureux p:)ur lui et peui-èiri' fatal pour vous par votre chute irréparable en punition de voire orsucMl.

VI. Enlin le mépris qu'on fait des personnes n'est pas seulement injuste; mais il met encore celui qui est assez imprudent pour en donner des marques, hors d'état de lier un conunerce de charité avec la personne méprisé(% et de pouvoir jamais lui être utile. Car enlin les hoinmes ne forment point de société avec ceux qui les méprisent. On n'entre naturellement en société avec les hommes, on ne leur fait du bien, (jue dans l'espérance du retour. On ne se met point dans vn commerce, quand on s'attend d'y perdre toujours et de n'y gagner jamais rien, et l'on ne s'attend pas de recevoir du sec(jurs des personnes qui ont l'injustice de nous mépriser ; parce que le mépris n'est pas seulement une preuve certaine qu'on manque actuellement de charité et de bienveillance, mais encore ([u'on se trouve fort éloigné d'en avoir jamais.

Vil. A l'égard de nos ennemis et de nos persécuteurs, il est certain (|ue l'estime est un devoir plus général que celui de la bienveillance. On peut ne pas vouloir de certains biens à ses

1. Malebranche n'attache certainement pas à ce mot de personne loule l'importance que la philosophie lui donne depuis Kant. Il s"ac;il bien cependant, et la phrase qui va suivre achève de le prouver, de la personne considérée comme agent moral, capable de mérite et de démérite, capable d'être « justifiée » et sauvée par Dieu. D'accord ou non avec l'ensemble de sa doctrine. Malebranche croit fermement que c'est là ce qui fait la valeur de la personne.

ennemis, parce que lainour que l'on se doit à soi-même oblige, ou du moins permet de ne pas désirer qu'ils aient le pouvoir de nous nuire. Ainsi nous pouvons en quelque manière manquer de bienveillance pour nos persécuteurs, sans manquer à nos devoirs à leur égard. Car il n'y a que les vrais biens que l'on doive toujours souhaiter à ses ennemis '. Mais la persécution que nous font les gens ne doit point par elle-même diminuer l'esiime que nous leur devons. Elle doit au contraire l'augmenter en ce sens, que nous devons leur en donner des marques plus sensibles et plus fréquentes. On peut passer devant son ami. ou môme son père, sans le saluer, ce n"est point là lui faire insulte. Mais on insulte à son ennemi lorsqu'on ne lui rend point ce devoir, parce qu'il n'a pas pour nous les mêmes sentiments que les autres hommes. Il a sujet de croire que c'est mépris, et nos amis jugeront bien que c'est pure inadvertance ^.

VIIT. Mais de plus, il n'y a rien qui désunisse si fort les honunes que le mépris : car personne ne veut être compté pour rien dans la société qu'il fait avec les autres : personne ne vent faire la dernière partie du corps qu'il compose avec eux ^. Ainsi des esprits déjà irrités, des hommes déjà séparés par quelque inimitié, ne peuvent jamais se rejoindre, quand le mépris est évident. Mais par une raison contraire, les inimitiés mortelles peuvent se dissiper lorsqu'on se rend mutuellement des devoirs d'estime, et que l'on marque par là que, bien loin de prétendre un rang supérieur dans la société qui se veut former, on le défère volontiers aux autres, et qu"on leur rend justice et à soi-même, selon le jugement (ju'ils portent de notre mérite et du leur. L'amour-propre et l'orgueil secret ne permettent guère qu'on regarde longtemps comme ennemi ceini qui nous donne volontairement des marques qu'il est pcrsnadé de notre propre excellence.

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