Cfillo plirnso n'étail, pas d.uis l'éclition ilc IGS'i
'Z. Oiinnd nous ne les sninons pas, eux. nos amis.
3. « Lorsque nous considérons quelque rIiosc commo p.nrlie do non-;-mi''mps. ou que nous nous considérons comme partie de cette chose, nous jugeons que c'est noire bien d'y l'Ire unis : nous avons de l'amour pour elle, et col amour est d'aulanl |ilus grand que la chose il laquelle nous nous considérons comme unis nous purnil nue partie plus considérable dn tout que nous composons avec elle. " {Becherche île la vérité, liv. V. chap. v.) Voyez aussi même ouvrag-e. liv. IV. ch. xiii. \.
DEUXIÈME PARTIR.- DES DEVOIRS. . lO'i
nomis ou dos personnes qui n'out aucun lustre, on excède dans ces mêmes devoirs à l'éj^ard de ses amis ou des personnes (|ui sont relevées par leur naissance, leurs richesses, ou quel(|ii(! autre qualité éclatante. Le cerveau est construit de manière, pour le bien de chaque particulier et pour celui de la société, par rapport à la vie présente, que le corps prend machinalement un air d'estime et de respect pour tout ce qui part de nos amis et de ceux qui sont en état de nous faire du bien. L'estime qu'on fait des personnes se répand sur tout ce (]ui les re- <,^arde. Dives lociUits est, dit l'Ecrriure, et annes tacuerimt, et verbitm ilUua usque ad 7mbcs perrlucent; paiiper locutus est, et dtcunt, qnis est hic '? Notre machine est montée sur ce ton-là. Deux luths d'accord rendent un môme son. Lorsqu'ils sont en présence, on ne peut toucher l'un sans ébranler l'autre. Nos amis sont aussi d'accord avec nous; qui touche l'un, ébranle l'antre. Ceux dont nous avons intérêt de posséder les bonnes grâces, ont toujours raison : ils nous ébranlent et nous les ébranlons. Ils nous trompent, et nous les trompons par une espèce de conti'e-coup. sans qu'ils y prennent parde, ni nous non plus. C'est la machine (|ui joue son jeu. Or le corps ne parle que pour le corps, c'est à quoi on ne peut trop prendre garde. Car l'opinion ou la contai^ion de l'imagination est le principe le plus fécond des erreurs et des désordres qui ravagent le monde chrétien -. U faut à tous moments rentrer en soi-même, pour confronter ce que les hon)mes disent avec les réponses de la vérité intérieure. Il faut consulter la raison qui met chaque chose en son rang, et qui ne confond point l'estime qu'on doit aux personnes, avec le mépris qu'on doit avoir pour les sottises qu'ils avancent. L'approbation qu'on donne aux folles pensées de ses amis les conlirme dans leurs erreurs; et le respect qu'on marque pour tout ce qui part des personnes de qualité, leur entle tellement le courage ^, qu'ils s'attribuent une espèce d'infaillibilité et le droit de dire et de faire tout ce qu'il leur
1 Voyez dans La Bruyère les portraits du riche et du pauvre. 2. Voyez la Recherche de la vérité, liv. Itl, IV et V. et particulièrement le ch. in du livre V.
^. Dans Rome où je naquis', ce mallieureux visagp
D'un chevalier romain captiva le courage,
dit Pauline, dans Polyeucte.
Ce mot est pris à chaque instant dans ce mcme sens, par Corneille et par Molière.
10(i TRAITÉ DE MORALE.
vient dans l'esprit. Ce n'est pas qu'il faille les reprendre ouvertement. Leur délicatesse est extrême : on ne peut ^uère les toucher sans les blesser, sans les irriter. La prudence et la charité doivent régler nos devoirs à leur égard. Mais il ne faut pas les abuser par des basses tlaiteries, après nous être laissés tromper nous-mêmes par le rapport admirable que Dieu a mis dans notre corps et dans ceux (\m nous environnent, pour le bien de la société : rapport ((ui de la part de l'âme s'est changé en dépendance à cause du péché, mais rapport que la raison doit régler, et dont il est nécessaire de se délier '.
X. Alin que tous les jugements et les mouvements d'estime soient conformes à la loi divine de l'ordre immuable, aussi b:en que les actions extérieures qui en sont les marques et les effets, il faut observer que non seulement les personnes, mais encore leurs mérites exigent de nous de l'estime. A l'égard des personnes rien n'est plus facile que de s'acquitter de ce devoir; car il faut rendre égalité d'estime à l'égalité des natures. Mais rien n'est plus difficile que de proportionner l'estime aux mérites des hommes. Car, outre que les vrais mérites ne sont connus que de Dieu seul, les mérites naturels ont tant de diff'érents rapports, qui doivent augmenter ou diminuer noire estime aussi bien <|ue nos respects et notre bienveillance à leur égard, (|u'il n'est pas possible à un esprit borné de connaître précisément les devoirs qu'on doit leur rendre, et que souvent on ne sait à quoi se déterminer.
XI. Les mérites en général peuvent se diviser en libres et en naturels , en mérites d'État, et mérites de Religion. C'est le bon usMge qu'on fait de la liberté qui fait la nature des mérites libres. Les mérites naturels consistent dans les (|ualilés avantngeuses de l'esprit et du corps. Les mérites d'État et de Religion consistent dans les charges dont on est revêtu et dans les qualités propres à s'acciuitler de ses emplois, soit civils, soit ecclésiastiques -. Toute perfection est estimable en elle-même ; mais il faut prendre garde, que souvent elle l'est beaucoup plus par rapport. Un diamant n'est pas si parfait qu'un moucheron; mais il est beaucoup plus estimable à cause de l'estime
1. Var. Rapport quo la Raison doit régler, et, lorsqu'il opt nôcossniro. qn'cllft doit afiuiblir, qu'elle doit gourmander. (1684.)
2. Les u f^riicen d'Etal " sont RCllos qui donnent In fnrro nrcossaire pour .icoomplir les devoirs spéciaux à l'état qu'on a embrassé.