DE^XII^ME PARTIE. — DES DEVOIRS
que I(N iKMiiiiit's on font. Li'S Aires niôiiios qui n'ont point d'autre porfection t]w^ collo do lour natiiro, sont prot'ôrablos ;i coiix qui on ont d'ao(inisos. Un diamant lirut n'a pas tant de lioaiilô qno du vorro bion taillé ot bien poli, mais il mérite be.iuconp plus d'ostime, les choses étant comme elles sont. De sorte, qu'un homme passerait avec raison pour un fou, si, voulant faire le philosophe, il i>réforait une mouche à une étnerande. et regardait comme un caillou un diamant brut de fort grand prix.
XII. Car il ne suflit pas, pour juger de l'esiime (|u'oti doit faire des choses et des personnes, de les considérer en ellesmêmes : il faut que l'esprit s'étende aux ditTérenIs rapports qu'elles peuvent avoir avec d'autres beaucoup plus estimables. Les bonnes grâces du Prince donnent du relief aux personnes les plus viles, et l'estime que. les hommes font des choses, doit régler leur prix, et par conséquent notre estime extérieure et relative, si nous ne sommes résolus à les mépriser eux-mêmes (ït h nous rendre ridicules et méprisables, (^e qu'on doit seulement observer, c'est de ne se pas laisser gâter l'esprit par les jugements qu'on fait ordinairement des choses. Notre estime ne doit être que relative, si le mérite n'est que relatif. Car, quoique les hommes estiment davantage l'or et l'argent que le cuivre et le fer ou que les corps organisés des mouchert)ns, il ne faut pas rendre ce devoir d'estime à l'or et à l'argent, mais aux hommes qui en portent un faux jugement. Il ne faut pas juger des personnes ou des choses comme les hommesen jugent qui attribuent aux objets de leurs passions des perfecticms imaginaires. .Mais, qu'ils soient ou ne soient pas trompés dans leurs jugements, il faut estimer d'une estime relative ce qu'ils estiment peut-être sans raison, parce que dans la société c'est l'estime générale qui * règle le prix des choses.
XIII. Gomme le mérite relatif est souvent beaucoup plus grand que le mérite personnel, et que nos devoirs se doivent régler aussi bien sur le mérite relatif que sur le mérite personnel, rien encore un coup n'est plus difficile .[ue de juger de ce qu'on doit faire dans les combinaisons infinies de ces dilTérents mérites. C'est une nécessité dans telles ou telles circonstances: il faut manquer h ce qu'on doit à un parent en tel degré, ou à un homme qui nous a rendu tel service, ou qui dans la société a tel emploi et qui rend tel service à l'État. Que faire? Quelle