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sera la mesure commune pour découvrir précisément la grandeur de nos devoirs? Certainement, quoique l'ordre immuable la renferme, elle ne nous est point exactement connue : et quand elle léserait, il y a souvent tant de rapports à comparer, qu'on ne saurait encore à quoi se résoudre, si on attendait que l'évidence nous marquât précisément tout ce que nons devons faire.
XIV. On sait bien que, toutes cboses égales, il faut préférer certains parents à d'autres, ses parents à ses amis, son prince à son parent et à son ami. Mais faut-il préférer un parent à quatre, ou huit amis; tel parent ennemi à tels amis en particulier? C'est là ce qui embarrasse. Car il faut dans un même temps avoir égard aux droits de la parenté, h ceux de l'amitié, à ceux de la société. De sorte qu'il arrive souvent qu'on doit préférer son ennemi à son ami : son ennemi, ami de ses parents, considéré du prince, propre à servir l'Etat, h son ami, personne assez inutile à l'État, ou qui n'a que de la froideur pour ceux qui nous doivent èire les plus chers. Ainsi, il n'y a point de règle générale, et qui ne souffre mille et mille exceptions, pour se conduire dans les devoirs d'estime, de respect, de bienveillance qu'on doit rendre aux autres hommes. Et ce qui brouille extrêmement tout ce qu'on pourrait dire sur celte matière, c'est qu'autres sont les devoirs d'estime, autres ceux de respect, autres enfin ceux de bienveillance, et que souvent, dans une môme espèce, on doit préférer tel, à l'égard des devoirs de bienveillance, à tel autre à qui on doit absolument rendre les devoirs d'estime et de respect.
XV. Comme ce sont donc les diverses circonstances qui changent et règlent l'ordre de nos devoirs, circonstances (ju'il n'est pas possible de prévoir, il faut que chacun les examine avec .soin, et qu'il rentre en soi-même pour consulter la loi immuable, sans avoir égard à des faux intérêts que les passions représentent sans cesse: et que dans l'incertitude, on s'adresse à ceux (|ui sont plus savants que moi dans ces matières. Qu'on consulte, dis-je, ceux qui ont beaucoup de charité, de prudence et de capacité, plutôt que ceux qui ont la mémoire remplie de certaines règles générales, insuffisantes pour décider dans des circonstances particulières, et qui manquent souvent de bon sens et de charité'. La seule règle générale que je m'avance de donner présentement, règle qu'on ne suit guère, et qui me paraît néanmoins la plus sûre, c'est qu'il faut préférer les de-
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XVI. 1.0 liiii, (|ut>lijue j,M-an(l qu'il puisse être, ne peut avoir par lui-tnènie aucun rapport à l'iiilini. Dix mille siècles par rapport à réternilé ne sont rien. Le rapport de l'étendue de Ituil ri'nivers ;ï des espaces ((ui n'auraient point de bornes, ne peut s'expriiiier (|ue par zéro. L'unité divisée par mille millions de chilïres, dont la propression serait d'un à mille millions, au lieu d'un à dix, serait encore une fraction infiniment trop pr-inde pour exprimer ce rapport, parce (]u'efft'ctivement ce rapport est nul. C'est là mon principe. Or, on possède Dieu en l'autre vie, et on le possède éternellement. Donc, la possession de l'empire de l'univers par rapport à la possession des vrais biens, le temps de la jouissance de cet empire par rapport à l'éternité de la vie future, c'est zéro: leur rapport est nul. Tout s'éclip.se et s'anéantit à la vue de l'éternité. Les grandeurs humaines et les plaisirs qui Unissent avec la vie. joijïnez-y tout ce qu'il vous plaira pour vous contenter, tout cela disparait lorsqu'on y pense, et qu'on sait qu'on est immortel. Tout cela n'est et ne doit être compté pour rien. C'est de quoi aussi on demeure assez d'accord.
XVII. Qu'on suive donc ce principe, et on verra que celui qui est un sujet de chute à une seule personne, est plus cruel que le trè< cruel Phalaris: qu'il est juste qu'il souffre, comme ce misérable prince, le même feu où il fait tomber les autres, et qu'il vaudrait mieux pour lui, comme le dit Jésus-Christ, qu'on le précipitât dans la mer, une pierre au cou.
XVIII. On verra au contraire que celui qui travaille sous Jésus-Christ à la construction du Temple éternel, le plus j;rand architecte qui fut jamais ne lui est nullement comparable : son ouvraf^e subsistera éternellement, et il ne paraît plus rien du temple du grand Salomon, la demeure du Dieu vivant, la gloire de tout un peuple.
XIX. On verra clairement qu'un corps difforme, un esprit bizarre, une imagination vive et déréglée, un homme sans honneur dans le monde, sans biens, sans amis, sans aucune (jualité avantageuse, mais qui dans le fond a delà piété, craint et aime son Dieu, est infiniment plus digne de notre estime (jue le plus bel homme du monde, le plus chéri, le plus honoré pour ses qualités admirables, mais qui dans le fond a quelque
peu moins de religion, (".criaincment, on n'oserait pas dire que Dieu juste juge préfère celui-ci à celui-là. Nous sommes donc obligés de le préférer nous-mêmes, supposé que nous soyons suflisamment convaincus de la différence de leur piété.
\X. Qu'on ait plus d'estime de la qualité de médecin que de celle d'avocat, cela est assez indifférent. Cela dépend des coutumes qui changent selon les lieux et selon les temps. Mais qu'on ait plus d'estime de la qualité de prince qn? de celle de chrétien, de la qualité de gentilhomme que celle de prêtre, selon l'ordre du Fils de Dieu, cela n'est point indifférent. Ce n'est pas qu'il ne faille rendre à son prince bien d'autres devoirs qu'à son curé. Il a la puissance souveraine : il faut lui rendre les derniers respects et l'obéissance en toutes choses.
XXI. J'ai deux parents ou deux amis, dont l'un est un bon Missionnaire qui travaille utilement à l'édifice de l'Eglise; l'autre est consommé dans les sciences humaines, grand géomètre, savant philosophe : il sait les histoires de toutes les nations et parle leurs langues. Mais je ne vois pas que sa science ait des suites avantageuses à la société éternelle : il me semble même que je vois le contraire. Lequel des deux est le plus estimable? L'un et l'autre ont besoin de mon secours, leqiu^l sera préféré? Certainement ce sera ce bon prêtre, ce bon caiéchisie que le monde méprise, et non ce savant homme que le monde adore. Je puis bien donner à celui-ci des plus grandes marques d'estime dans beaucoup de rencontres, de peur de blesser sa délicatesse. Car ceux qui ont de grands talents selon les apparences, ou selon le jugement des hommes, croient que tout leur est dû : et pour ne point les offenser, on peut quelquefois leur rendre des honneurs ' qu'ils ne méritent point : car c'est la charité qui doit régler nos actions extérieures, et (luelquefois par condescendance aux faux jugements des hommes. Mais pour mon estime et ma bienveillance, je la dois à ceux qui ont le plus de rapport à la société éternelle préférabli'ment à toute autre, fussent-ils mes ennemis déclarés, et les derniers des houimes aux yeux du monde corrompu.
XMI. Dans telles et telles circonstances, c'est une nécessité de scandaliser son prochain, ou de perdre l'honneur et la vie. On ne peut bien défendre la vérité, sans rendre ridicule celui (|ui l'attaque et son parti méprisable. On ne peut rendre service à