DEUXIEME PARTIE. - DES DEVOIUS. 2(li
(|iii |)uiir sft faire un éial)lissemeiU dans la ville, hasarde * celui ([u'il |)osst'de en Jésus-Christ dans le ciel? Puis-je par mes conseils et par mes amis-' l'avuriser son amintion, cl le nietire, hii(|ui manque de celle fermelé d'esprit el de celle iulrépidilê nécessaire aux jiouverneinents subalternes, le mettre, dis-je, dans une siimiiion (|ui fait peur à toutes les personnes éclairées? Un ami tremble pour son ami, lorsqu'il le voit au milieu des dan;;ers. Une mère s'elTraye, lorsqu'elle voit son enfant •grimper sur des lieux élevés. Et moi, je ne craindrais point pour un parent, pour un cher ami en Jésus-Christ que je vois envu'onné de lous côtés de précipices effroyables, et (lui veut encore monter dans un lieu où la tèle tourne à ceux i|ui l'ont la plus forte.
YIll. La vie iirésente se doit rappoiler ;i celle (jui suit, et qui ne sera suivie d'aucune autre ; et la société que nous formons maintenant n'est durable, que parce que c'est le commencement de celle qui n'aura jamais de lin. C'est pour cette seconde société que la première est établie : c'est pour mériter le ciel (|ue nous vivons sur la terre. Je répèle souvent cette vérité, parce qu'il faut s'en bien convaincre. H faut la graver profondément dans sa mémoire. Il faut la repasser sans cesse dans son esprit, de crainte que l'action continuelle des objets sensibles ne nous en fasse perdre le souvenir. Si nous en sommes bien convaincus, si nous en faisons la règle de nos jugements et de nos désirs, nous ne trouverons point si mauvais qu'on ne nous procure point des biens que nous n'estimerons guère. Nous ne suivrons point une conduite, qui ne tend^ qu'à nous rendre heureux sur la terre el avant le temps de la récompense. Nous suivrons celle qui nous conduit oi!i nous devons tendre, à cette perfection qui nous rend agréables aux yeux de Dieu el dignes de lier avec lui une société éternelle en Jésus-Christ notre Seigneur.
IX. Mais comme les hommes n'ont (ju'une faible et abstraite idée de la grandeur des biens futurs, ils y pensent rarement, et ils y pensent sans mouvement. Car il n'y a que les idées sensibles qui ébranlent ràrae; il n'y a que la présence du bien ou du mal qui la touche, el qui la mette en mouvement. Et au contraire comme l'imagination et les sens sont incessamment el
1. Var. (Jui se fait un établissement dans la ville et hasarde. (1684 cl 16U7.)
2. C'est bien ce qu'on lit dans les trois clitions. N'est-ce pas une faute d'inijiress on. pour avis ?
J. Var. Oui ne va. (làS4.
vivement frappés par les objets qui nous environnent, nous y pensons toujours, et toujours avec quelque mouvement de passion. Et comme nous jugeons naturellement de la solidité des biens par l'impression qu'ils font sur Tesprit, nous les regardons avec estime, nous les désirons avec ardeur, nous les embrassons avec plaisir. Ainsi nous croyons qu& ceux-là n'ont point d'amitié pour nous, qui nous arrêtent dans notre course, au lieu de se joindre avec nous pour attraper la proie (jui nous échappe.
X. Les chiens se font mutuellement mille caresses dès qu'ils voient qu'un se prépare à la chasse. Ardents à la proie, ils s'excitent machinalement les uns les autres, et souvent même celui qui les conduit : et cela par des sauts, des bonds, des virevoltes qui en exigent de pareilles: toutes les machines, du moins celles qui sont de même espèce, étant faites pour s'imiter mutuellement l'une l'autre. On prend le plus "ardent, celui qui fait partir le gibier de trop loin : on le renferme et on s'en va. Que de gémissements, que de hurlements, que de marques sensibles d'une douleur très cruelle! Tout cela n'est que jeu de machine. 11 en est de même de ceux qui ne connaissent point les vrais biens et qui ont quelque passion en tête. Qu'on n'entre point dans leurs desseins, qu'on ne les favorise point, qu'on s'y oppose; ils ne cesseront point de reprocher qu'on manque aux devoirs de la société, de l'amitié, de la parenté, qu'on les rend malheureux, et qu'on se déclare leur persécuteur. Si on les convainc par raison , c'est qu'on veut faire le Gaton. Si on prétend les retenir par la religion, on fait le dévot, on devient bigot. C'est la machine qui joue son jeu, et qui le jouera longtemps Les dévots demeureront bizarres et capricieux, sans honnêteté, sans amitié, sans complaisance. On les fuira toute sa vie, comme des gens avec qui on ne peut lier de société, parce qu'en elfet on ne peut lier de société que dans l'espérance de se procurer les mêmes biens. Or les personnes de piété cherchent les vrais biens, pour lesquels ceux-là ne se sentent aucune inclination, qui n'ont du goût et du sentiment que pour les objets de leurs passions.
XI. Comme les gens de bien sont véritablement animés de la charité, ils ne rompent jamais par ressentiment avec ceux qui vivent dans le désordre. Ils espèrent toujours les en retirer par leur exemple, leur patience, leurs conseils, favorisés de la grâce. Comme ils sont convaincus de la vérité de leurs propres
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sonlimonts, et [it'nt'trt's do la doiu-otir des vrais biens dont ils jiniissent déjii par une espèce d'avant-j^oût , ils ne pensent (|ii'à laire voir aux autres ee (|ii'ils voient eiix-niènies : ils voudraient hieii leur donner du j^^oûl pour la source féconde de tous les plaisirs. L'horreur (]u'ils ont du vice les anime, et les fait parier un lan^sT^^e (jui désole ceux ([ui se trouvent heureux, lorsqu'ils suivent le mouvement agréable de leurs passions. Tout cela fait qu'un débauché, et par débauché j'entends tous ceux qui ne rejifardent point l'Ordre immuable comme leur loi ou la règle inviolable de leur conduite, ceux ([ui trouvent que la Raison est un joug insupportable : tout cela fait, dis-je, qu'un débauché regarde ordinairement les gens réglés comme des persécuieurs, qu'il évite leur conversation avec une espèce d'horreur, et qu'il ne veut point former avec eux une espèce de .société, persuadé qu'il est intérieurement qu'ils ne quitteront pas les biens solides pour entrer dans ses desseins et courir avec lui après des fantômes qui se dissipent dans le moment qu'on les embrasse.
XII. Mais ces sortes de gens ne manquent pas de se plaindre qu'on confond les lois de la religion avec celles de la nature : que les devoirs ne sont bons à rien dans le monde, que ce sont des eniètés, et de fort malhonnêtes gens. Ils veulent qu'on agisse avec eux en bon parent, en bon ami, en bon citoyen, et non point en homme prévenu, disent-ils, de sentiments (ju'ils ne goûtent et n'approuvent pas. Mais c'est ce qui n'est pas possible. On ne peut agir que selon ses lumières. Celui qui voit clair laissera-[-il tomber un aveugle dans un précipice sans s'écrier et le retenir? Et cet aveugle aurait-il raison de se plaindre du service qu'on lui rend, en disant k son ami : Laissezmoi faire, pensez-vous voir mieux que moi? Nous sommes tous des aveugles : croyez-moi, vous êtes prévenu. N'ai-je pas plus d'intérêt que vous à ma conservation? Suivez-moi plutôt en aveugle, de compagnie : je sens bien que je suis dans le plus beau chemin du monde.
Xin. Si je rends service à mon ami selon ses désirs, je le perds, et je me perds avec lui. Voilà le préjugé qui m'aveugle. Peut-être a-t-il quelque raison de me plaindre. Mais il n'est pas raisonnable, s'il s'imagine que je renonce à l'amitié, ou s'il y renonce lui-même. Si cet ami n'était pas chrétien ni capable de le devenir, si la mort devait nous anéantir tous tant que nous sommes, je pourrais peut-être lier avec lui une so-
ciélé telle qu"il souhaite, et avoir pour lui l'amitié qu'il a pour moi. Je pourrais être bon parent, bon ami, bon citoyen, selon l'idée qu'il a de ces qualités. Mais l'éternité change la face des choses, et c'est la dernière folie que de n'y avoir point d'égard.
XIV. Un chrétien, un prêtre, un gentilhomme, un ami, ne sont point quatre personnes dilîérentes. Lorsque le gentilhomme sera en enter, oii sera le prêtre et l'ami? Ces qualités étant inséparables dans une môme personne, si le prêtre croit avoir droit de faire le gentilhomme, il est évident qu'il se trompe: et si je le conseille dilTéremment selon ses diverses qualités, certainement je l'abuse. Quand des qualités sont inséparables, c'est la plus excellente qui doit tout régler : et quoi(ju'on puisse faire des abstractions lorsqu'il n'est question que de raisonner en l'air, il faut tout joindre ensemble quand on doit agir.
XV. Soit donc qu'on fasse l'aumône aux pauvres, soit qu'on visite les malades et les prisonniers, soit qu'on instruise les ignorants, ou qu'on assiste ses amis de ses conseils, soit qu'on fasse toute autre action de charité ou de devoir; il faut tout rapporter au salut du prochain, et penser sans cesse (lu'on vit avec des chrétiens, et qu'ainsi on doit faire les actions qu'exige de nous la société éternelle que nous avons tous en Jésus- Christ. Il faut assister les pécheurs, les hérétiques, les païens mêmes, parce qu'ils peuvent entrer dans cette société bienheureuse ; et l'on doit beaucoup plus plaindre ceux qui en sont exclus que ceux qui sont en servitude dans une terre étrangère. On doit travailler avec plus d'ardeur à les y faire rentrer, qu'à conserver cette vie misérable : vie, dis-je, ^u'on ne doit beaucoup estimer, que parce que c'est un temps qui a rapport à l'éternité, et qui la peut mériter par la grcàce que Jésus- Christ souverain prêtre des vrais biens distribue aux hommes pour les solliciter à entrer avec lui en communion d'une même félicité.
XVI. A l'égard des devoirs de respect ou de soumission extérieure et relative, comme ils sont dus à la puissance, il ne dépend point de nous de les proportionner au mérite * des personnes, ni de les n'gler selon nos lumières par rapport aux liescins de la société éternelle que nous avons en Jésus-Christ. Il faut suivre les coutumes et les lois de l'Etat, où Dieu nous a