‹ Traité de moraleChapitre 192 sur 233 · DEUXIÈME PARTIE.— OES DEVOIRS · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE.— OES DEVOIRS

IX. Alîn qu'un jk'to (Mi iiiio iiu'-n' conserve dans ses enfants le droit inestiniahle ((iiils ont a('(|uis par le baptême à rhéritaf;e de Jésns-Chiist. il faut qu'il veille sans eesse à ùler de devant leurs yeu\ les objets capables de les tenter. C'est leur anj^e tuti'laire, il doit lever de terre toutes les pierres qui peuvent les faire tomber. C'est à lui à les instruire des mystères que la foi nous enseigne, et par elle les conduire peu à peu jusqu'à l'intellip:ence des vérités fondamentales de la religion, pour les affermir dans l'espérance des vrais biens et dans un généreux mépris des grandeurs humaines. Il doit aussi perfectionner leur esprit, leur apprendre à en faire usage. C'est par la raison qu'il doit les conduire, car il n'y a point de loi plus parfaite, que celle que Dieu même suit inviolablement. Mais il faut commencer par la Foi : parce que l'homme, et principalement les jeunes gens, sont trop sensibles, trop charnels et trop répandus au dehors, pour consulter la raison qui habite en eux. 11 faut (|u'elle paraisse au dehors revêtue d'un (;orps qui frappe leurs sens. Ils doivent se soumettre à une autorité visible, avant que de pouvoir contempler l'évidence des vérités intelligibles. Un père ne doit aussi jamais rien accorder à sesenfaïUs de ce qu'ils désirent, mais toujours tout ce que la raison demande pour eux : car la raison doit être la loi commune, la règle générale de toutes nos volontés. Il faut accoutumer les enfants à la suivre, aussi bien qu'il la consulter. Il faut qu'ils rendent raison de leurs désirs bonne ou apparente: et on peut y condescendre, quoique peu raisonnables, pourvu qu'on juge qu'ils aient dessein de suivre la raison. Il ne faut pas les chicaner, de peur de les rebuter '. Mais c'est un précepte indispensable, on ne doit agir que par raison. L'esprit ne doit jamais rien vouloir par lui-même : car il n'est point à lui-même sa règle ou sa loi. 11 ne possède point la puissance : il n'est point indépendant. Il ne doit vouloir que par dépendance de la loi immuable: parce qu'il ne peut penser^ agir, jouir du bien que par dépendance de la puissance divine. C'est ce que les jeunes gens doivent savoir : mais c'est peut-être ce que les vieillards ne savent pas: c'est assurément ce que tous les hommes n'observent pas.

1. Ceci est très finemeat observé : dans leurs jeux, dans leurs démonstrations «l'arnilié, dans leurs questions, dans leurs tentatives d'explication, les enfants ont un raisonnement, une logique à eux qu'il ne faut pas décourager; c'est la préparation, c'est l'ébauche d'une raison qu'ils ne peuvent pas encore entendre et qu'il y aurait ou imprudence ou ridicule à vouloir leur imposer prématurément.

X. Il faut prendre garde à ne point charger la mémoire des enfants de mille faits peu utiles, et qui ne sont propres qu'à troubler et qu'à agiter un esprit qui n'a encore que très peu de fermeté et d'étendue, et qui n'est déjà que trop troublé et trop ému par l'action des objets sensibles. Mais il faut lâcher de leur faire clairement comprendre les principes certains des sciences solides : il faut les accoutumer à contempler les idées claires; et surtout h distinguer l'âme du corps, et reconnaître les propriétés et les moditîcations différentes de ces deux substances dont ils sont composés. Bien loin de conlirmer leurs préjugés, de prendre leurs sens pour juges de la vérité, de leur parler des objets sensibles, comme de la véritable cause de leurs plaisirs et de leurs douleurs, il faut leur dire saus cesse que leurs sens Ipïf séduisent, et s'en servir devant eux comme de faux témoins qui se coupent, pour découvrir leurs illusions et leurs tromperies.

XI. Ou meurt à dix ans, aussi bien qu'à cinquante ou à soixante. Que deviendra donc à la mort un enfant dont le cœur se trouvera déjà corrompu, tout plein de l'estime de sa qualité et de l'amour des biens sensibles. A quoi lui servira dans l'autre monde de savoir parfaitement la géographie de celui-ci, et dans l'éternité les époques des temps? Toutes nos connaissances périssent à la mort, et celles-ci ne conduisent à rien. Qu'il sache décliner et conjuguer, (|u'il entende parfaitement, si on le veut, le grec et le latin : qu'il soit déjà savant dans l'histoire et dans les intérêts des princes : qu'il promette beaucoup pour le monde, pour lequel il n'est pas fait. A quoi bon toutes ces vanités, dont on remplit son esprit et son cœur '? Y a-t-il dans hi ciel des récompenses solides pour de vaines études, des places d'honneur destinées à ceux qui composent un thème sans faute? Dieu jugera-t-il les enfants sur une autre loi que sur l'ordre immuable, que sur les préceptes de l'Evangile, qu'ils n'auront ni suivis ni connus? Les pères doivent-ils élever leurs enfants pour l'Etat, et non pour le ciel: pour le prince, et non l)i>ur .lésus-Ghrist; pour une société de quelques jours, et non pour une société éternelle? Mais qu'on y prenne garde, ce sont les mieux insiruits dans ces vaines sciences qui corrompent même le plus l'Etat, et qui y excitent de plus furieuses lenipè-

!.. La réponse n'osi pas difficile : ii discipliner son esprit, à lui donner des idées élevées, fortes, .'i orner et à polir la société dans laquelle il est oblitré de vivre, etc.

DEl'XII'ME PARTIE,— DES nEVOIRS. ^T.\

tes '. On pt'ut apprendre ces sfiencos: mais c'est lorsque l'esprit est formé, et qu'on e.>^l eu ('tat d'en faire un bon usa^e: et on ne doit pas reinctlrc ;i s'inlruire des vérités essenlielles dans un temps où on ne sera plus, ou du moins où Ion ne sera plus capable de les <;oilter, de les méditer et de s'en nourrir.

XII. Comme il n'y a que le travail de l'attention qui conduise à rintellif^enct; de la vérité, un père doit se servir de mille moyens - pour accoutumer ses enfants à se rendre attentifs. Ainsi, je crois qu'il est à propos de leur apprendre ce qu'il y a de plus sensible dans les mathématiques : non que ces sciences, quoique préférables à beaucoup d'autres, soient fort estimables en elles-mêmes, mais parce que l'étudede ces sciences est telle, qu'on n'y profite qu'autant qu'on s'y rend attentif. Car, lors- (ju'on lit un livre de géométrie, si l'esprit par son attention ne travaille point, on n'attrape rien. Or, il faut s'accoutumer dès sa jeunesse au travail de l'esprit, car c'est pour lors que les parties du cerveau sont capables de toutes sortes d'inflexions. On peut alors acquérir facilement quelque habitude de se rendre attentif. J'ai fait voir ^ que c'est dans cette habitude que consiste toute la force de l'esprit. Ainsi, ceux qui se sont accoutumés dès leur jeunesse à méditer des principes clairs, et à rapporter les effets à leurs causes, sont capables non seulement de toutes les sciences, mais encore de juger solidement de toutes choses, de suivre des principes abstraits *, de faire des découvertes ingénieuses, de prévoir les conséquences et les événements des entreprises.

XII, Mais les sciences de mémoire confondent l'esprit, troublent les idées claires, et fournissent sur toutes sortes de sujets mille vraisemblances, dont on se paye, pour ne savoir pas distinguer, entrevoir et voir, El c'est parce qu'on s'arrête à des vraisemblances, qu'on dispute et qu'on querelle sans cesse ^ Car, comme il n'y a que la vérité qui soit une, indivisible, immuable, il n'y a qu'elle qui puisse unir les esprits étroitement

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