‹ Traité de moraleChapitre 198 sur 233 · Var. Qu'il se croie. fl6S · texte numérisé non relu

Var. Qu'il se croie. fl6S

>3i TRAITE DE MORALE.

(lisiingLier et la Raison nous conduire. Mais le péché ayant laissé la concupiscence dans ceux qui l'ont commis et dans leurs descendants, les hommes, quoique naturellement tous égaux, ont cessé déformer entre eux une société d'égalité sous une même loi, la Raison. La force, ou la loi des brutes, celle qui a déféré au lion l'empire des anmiaux, est devenue la maîtresse parmi les hommes: et l'ambition des uns et la nécessité des autres a obligé tous les peuples à abandonner pour ainsi dire Dieu, leur Roi naturel et légitime, et la Raison universelle, leur loi inviolable, pour choisir des protecteurs visibles, qui pussent par la force les défendre contre une force ennemie. C'est donc le péché qui a introduit dans le monde la différence des qualités ou des conditions * : car le péché ou la concupiscence supposée, c'est une nécessité qu'il y ait de ces diff'érences-. La Raison môme le veut ainsi, parce que la force est une loi qui doit ranger ceux qui ne suivent plus la Raison ^. Entin Dieu même a approuvé ces différences comme il est évident par les saintes Ecritures.

V. Mais la nécessité des remèdes marque la grandeur des maux. On doit les négliger, lorsqu'on n'en a nul besoin : et l'estime et l'usage qu'on doit faire de la force, n'est fondé que sur la misérable nécessité oi^i nous sommes réduits par le mépris que nous avons tous pour la Raison. Ainsi il ne faut pas ffue ceux qui ont droit de commander et de juger des différends, tirent vanité de ce droit. Qu'ils appréhendent plutôt de profaner la puissance en la faisant servir à leurs passions. Rien n'est plus sacré, rien n'est plus divin. Le Tout-Puissant, le Seigneur naturel et légitime les traitera comme eux, puissances subalternes, auront traité leurs sujets. Ils sont nmov\h\esadnutinn'*: (ju'ils y pensent sans cesse. Dieu peut les dépouiller de leur dignité, s'ils ne travaillent point à faire régner la Raison. Et tôt

1. Aiig., De cio. Bei. I. XIX, c. xv. (Nolo miii-giiialo de M.)

2. Les difierencos de conditions, soill Mais les différences Aa fonctions, qui consliluenf l'association et dans rassociation mémo le gouvernenienl, ce n'est pas là une chose qui soit si misérable cl puisse paraîli-e une punition du péché.

'À. « Et ainsi ne pouvant faire que ce qui est juste fût fort, on a fait que ce qui est fort fût juste. » (Pascal, Pensées, art. vr, parag. 8, de l'édition Uavel.)

■i. Par qui? Par Dieu seul, par son Église, par le chef de cette Église? Malehranclip n'ose pas ou ne veut pas se poser ces queslions. Mais remarquez bien qu'il ne s'agit i>as ici de la mort nalurelle : c'est rlans la phi'ase suivante qu'elle .npparaitra, corunic vi'nani ti'it nu tdnl, el coinuie élanl, clli' <lii uidiiis. absulinueul inévitable.

DKIXIEME PAUTIE. - DES DEVOIRS. rM^

OU tard, la niori, celte cruelle ennemie de leur puissance, de lenrs plaisirs, les rendra semblables aux autres hommes. Elle les présentera devant la loi vivante, qui pénètre les cœurs et qui en éclaire tons les replis; et ils trouveront écrites dans l'ordre immuable et nécessaire, en caractères éternels et ineflaçables, la récompense ou la peine de leurs acti(uis bonnes ou mauvaises. llorrcndr rt cito, dit le Sa*;e, appnrebit vobis : fjuomnm judicium durissiinum fus '/»«' prxsiint, fiet. ExUjuo enim conceditur miicricordia... pot^ntes autcm pùttntertor monta patientur. Fortioribiis fortior insiat crucidtio^. Les puissances seront puissamment tourmentées : les plus forts auront à soulTrir de plus dures peines. Que les supérieurs se rej^ardent donc comme les vicaires, pour ainsi dire de la Raison, loi primitive et indispensable , et n'usent de leur autorité que contre ceux qui refusent d'obéir :i celte loi. Qu'ils ne se servent de la force, loi des brutes, que contre des brutes, que contre ceux qui ne connaissent point de Raison et qui ne veulent point s'y soumettre : et qu'ils écoutent favorablement, i);iisiblement, charitablement leurs inférieurs *. Car s'ils confondent leurs propres désirs avec l'Ordre, et les inspirations secrètes de leurs passions avec les réponses de la vérité intérieure, encore un coup cette même vérité qu'ils méprisent sera la loi sur laquelli' ils seront jugés, et par laquelle ils seront jugés, et par laquelle certainement ils seront condamnés, par l'efficace de laquelle ils seront éternellement tourmentés.

VI. Rectorem te posneruni, dit l'Ecriture, iioli extolll : esto in illis, quasi unus exipsis. On vous a choisi pour traiter les autres : ne vous en glorifiez point. Vivez avec eux, un d'entre eux. Curam illorvm habe, et sic conside, continue le texte sacré ; et omni cura tua explicita recumbe : ut Iseteris propter illos ^. Pourvoyez à tout et ensuite prenez votre place, et réjouissez-vous avec eux pour les réjouir eux-mêmes. Une famille, une communauté, une société dont le chef ne s'applique qu'à y conserver la paix et subvenir à ses besoins, est dans un festin conti-

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