‹ Traité de moraleChapitre 28 sur 233 · Var. Aime la Raison plus que lui-même · texte numérisé non relu

Var. Aime la Raison plus que lui-même

iiî TRAITE DE MORALE.

comme ces sentiments touchentrâme, et que les idées abstraites, quoique claires en elles-mêmes, ne répandent la lumière que dans les esprits attentifs, les hommes demeurent presque toujours très contents de ces mots qui flattent les sens et les passions, et qui laissent l'esprit dans les ténèbres. Ils s'imaginent qu'un discours est d'autant plus solide qu'il frappe plus vivement l'imagination, et ils regardent comme des spectres ou des illusions ces raisonnements exacts, qui disparaissent dès que l'attention nous manque : semblables aux enfants, qui jugeant des objets par l'impression qu'ils font sur leurs sens, s'imaginent qu'il y a plus de matière dans la glace que dans l'eau, et dans l'or et les métaux pesants et durs que dans l'air qui les environne sans se faire presque sentir.

III. D'ailleurs tout ce qui est familier ne surprend point, on ne s'en délie point S on ne l'examine point. On croit toujours bien concevoir ce qu'on a dit, ou ce qu'on a ouï dire plusieurs fois, quoiqu'on ne l'ait jamais examiné. Mais les vérités les plus solides et les plus claires donnent toujours de la déliance lorsqu'elles sont nouvelles ^. Ainsi, un mot obscur et confus parait clair, quelque équivoque qu'il soit, pourvu que l'usage l'autorise; et un terme qui ne renferme aucune équivoque, paraît obscur et dangereux, lors(|u'on ne l'a pas oui dire à des personnes pour lesquelles on a de l'amitié ou de l'estime. Cela est cause que les termes de Morale sont les plus obscuis et les plus confus; et ceux-là principalement qu'on regarde comme les plus clairs, à cause qu'ils sont les plus communs. Tout le monde par exemple s'imagine entendre bien la signitication de ces termes, aimer, craindre, honorer, charité, humilité, générosité, orgueil, envie, amour-propre. Et si on voulait même attacher des idées claires à ces termes, et à tous les noms qu'on donne aux vertus et aux vices, outre que cela suppose plus de connaissance qu'on ne croit, on prendrait assurément la voie la plus confuse et la plus embarrassée de traiter la Morale. Car on verra dans la suite que pour bien déliiiir ces termes, il faut déjà comprendre clairement les principes de cette science, et même être savant dans la connaissance de l'homme.

IV. Un des plus grands défauts qui se rem;irque dans les livres de morale de certains Philosophes, c'est qu'ils confon-

1. Var. Les mots : on ne s'en défie point, n'étaient, pas dans rédilion do 1681

2. Voyez la Hecherche de la vérité, livre IV, des Inclmatiotis, cli. ii.

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