‹ Traité de moraleChapitre 3 sur 233 · VIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VIII INTRODUCTION

mettre, comme il convient, son livre à leur portée, il n'a pas pu expliquer « trop scrupuleusement et trop rigoureusement les termes » dont il se sert. Nous n'avons pas besoin de faire observer à quel point cette crainte était exagérée. L'avertissement de 1697 se termine par l'analyse suivante :

« Ce traité est divisé en deux parties. Dans le premier, l'auteur prouve que la vertu consiste précisément dans Vamoar habituel et dominant de l'Ordre immuable. Il explique ensuite les deux qualités piincipales qui sont nécessaires pour acquérir et conserver la vertu, savoir la force ei la libertéde l'esprit. Après cela il fait connaître quelles sont les causes occasionnelles de la lainière et des sentiments^ c'est-à-dire des secours actuels sans lesquels on ne peut acquérir l'amour de l'Ordre. Enlin il l'ait remarquer les causes occasionnelles de certains sentiments qui résistent à l'efticace de la Grâce, alin qu'on ait un soin particulier de les éviter. De sorte qu'il n'oublie rien de ce qu'il faut savoir en général pour devenir parfaitement homme de bien. Dans la seconde partie, il expHijuc les devoirs selon la division ordinaire, mais d'une manière qui n'est pas commune. La nécessité de se faire entendre distinctement lui a fait éviter les noms des vertus et des vices qui, selon lui, ne réveillent souvent dans l'esprit que des sentiments confus et favorisent d'ailleurs des erreurs très dangereuses, à cause que

INTROnrCTION. IX

la c'Oi'ru|)lion du siècle et ks préjugt's ont atladit'' de fausses idées et tout à fait païennes à ces noms magnifiques, dont on se sert ordinairement sans se mettre en peine de les expliquer. »

Nous demandons maintenant à dire quelques mots de l'ouvrage et à le replacer dans le milieu philosophique où il a paru. Il est assez de mode de dire : il manque au Cartésianisme une morale. Tels sont même 1res exactement les mots par lesquels débute une thèse présentée tout récemment à la Faculté des letties de Paris. Il est certain que Descartes se vante en quelque sorte de n'avoir point écrit sur la morale : « Je nai point ciu, ditil. être obligé d'en écrire. » Et il ajoute : « Car pour ce qui touche les mœurs, chacun abonde si foiten son sens, qu'il se pourrait trouver autant de l'éformateurs que de tètes, s'il était permis à d'autres qu'à ceux que Dieu a établis pour souverains sur ses peuples, ou bien auxquels il a donné assez de grâce ou de zèle pour ètr^ prophètes, d'entreprendre d'y rien changer... ' » Ce texte est intéressant : car il exprime très bien la façon dont le dixseptième siècle comprenait ce que nous appelons aujourd'hui le problème de la morale. On le divisait en deux parties : on mettait d'un côté les relations extéiieures des hommes, tout ce qui concerne leurs intérêts tempo-

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