‹ Traité de moraleChapitre 31 sur 233 · PREMIÈRE PARTIE. -DE LA VERTU · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. -DE LA VERTU

iiiriiios (lui stuil ôtahlis pour i-onduire les nulros. Sans douto on trouvera souvent que chacun a sa Morale particulière, sa dévotion propre, sa vertu favorite ' : que tel ne parle que de pénitence et de mortilicalion : tel n'estime (|ue les devoirs de charité: tel autre enlin que l'étude et la prière. Mais d'où peut venir celte diversité, si la lîaison de l'honime est toujours la même? C'est sans doute qu'on cesse de la consulter, c'est qu'on se laisse conduire à l'imagination son ennenr'e. C'est qu'au lieu de regarder l'Ordre immuable comme sa loi inviolable et naturelle, on se forme des idées de vertu conformes du moins en quelque chose à ses inclinations. Car il y a des vertus, ou plutôt des devoirs qui ont rapport à nos humeurs: des vertus éclatantes, propres aux âmes fières et hautaines: des vertus basses et humiliantes, propres à des esprits timides et craintifs: des vertus molles, pour amsi dire, et qui s'accommodent bien avec la paresse et l'inaction.

IX. Il est vrai qu'on demeure assez d'accord que l'Ordre est la loi inviolable des esprits, et que rien n'est réglé s'il n'y est conforme. Mais on soutient un peu trop que les esprits sont incapables de consulter celte loi; et quoiqu'elle soit gravée dans le cœur de l'homme, et qu'il ne faille que rentrer en soi-même pour s'en instruire, on pense, comme les Juifs grossiers et charnels, qu'il est aussi difllcile de la découvrir que de monter dans les cieux ou descendre dans les enfers, comme parle l'Écriture -.

X. J'avoue néanmoins que l'Ordre immuable n'est pas de facile accès : il habite en nous, mais nous sommes toujours répandus au dehors. Xos sens répandent notre âme dans ^ toutes les parties de notre corps; et notre imagination et nos passions la répandent dans tous les objets qui nous environnent, et souvent même dans un monde qui n'a pas plus de réalité que les espaces imaginaires : cela est incontestable. Mais il faut tâcher de faire taire ses sens, son imagination et ses passions, et ne pas s'imaginer qu'on puisse être raisonnable sans consulter la Raison '*. L'Ordre, qui doit nous réformer, est une forme trop

1. C'était là sans doute un résultat de la multiplicité excessive des ordres religieux. Malebranche n'en avait que plus raison en proclamant la nécessité de la philosophie devant cette variété d'interprétations et de pratiques.

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