Nos sens unissent notre àme à... (16S
4. Ces mots rappellent ceux de Fénelon : « Comme si nous portions en dedans de nous un principe plus raisonnable que la raison même. »
abstraite pour servir de modèle aux esprits grossiers. Je le veux. Qu'on lui donne donc du corps, qu'on le rende sensible, qu'on le revête en plusieurs manières pour le rendre aimable k des hommes charnels : qu'on l'incarne, pour ainsi dire ', mais qu'il soit toujours reconnaissable. Qu'on accoutume les hommes à discerner la vraie vertu du vice, des vertus apparentes, des simple? devoirs, dont on peut souvent s'ac(iuitler sans vertu; et qu'on ne leur propose pas des fantômes et des idoles, qui attirent leur admiration et leurs respects par l'éclat sensible et majestueux qui les environne. Car enfin si la Raison ne nous conduit pas, si l'amour de l'Ordre ne nous anime pas, quelque fidèles que nous soyons dans nos devoirs, nous ne serons jamais solidement vertueux.
XI. Mais, dit-on, la Raison est corrompue : elle est sujette à l'erreur, il faut qu'elle soit soumise & la foi. La philosophie n'est que la servante. Il faut se défier de ses lumières. Perpétuelles équivoques. L'homme n'est point ci lui-même sa Raison et sa lumière -. La Religion, c'est ta vraie philosophie. Ce n'est pas, je l'avoue, la philosophie des païens, ni celle des discoureurs, qui disent ce qu'ils ne conçoivent pas, qui parlent aux autres avant que la Vérité leur ait parlé à eux-mêmes. La Raison dont je parle est infaillible, immuable, incorruptible^. Elle doit toujours être la maîtresse : Dieu même la suit. En un mot, il ne faut jamais fermer les yeux à la lumière : mais il faut s'accoutumer à la discerner des ténèbres ou des fausses lueurs, des sentiments confus, des idées sensibles, qui paraissent lumières vives et éclatantes h ceux qui ne sont pas accoutumés à discerner le vrai du vraisemblable, l'évidence de l'instinct, la Raison de l'imagination son ennemie. L'évidence, rintelligciice est préférable à la foi *. Car la foi passera, mais l'intelligence subsistera éternellement ^. La foi est véritablement un grand bien, mais c'est qu'elle conduit à l'intelligence; et que même sans elle
t. « La liimii'TO qui éclaire tous les hommRs Uiisail dans lours tônobre.s sans los dissiper, ils no pouvaient momc la regarder; il fallait que la lumière intellif^ihle se voilât et se rendit visible, il fallait que le Verbe se fil chair, cl que la sagesse cachée et inaccessible aux hommes charnels les instruisît d'une manière charnelle, carnaiiter dit saint Bernard. » (Recherche de la vérité, 1. IV, ch. m.) 2. \'ar. L'homme n'est point sa lumière ù soi-même. (1084.) ;î. Var. La Raison est immuable, incorruptible, infaillible. (1084.) 4. Var. Certainement l'intelligence est préférable à la foi. (lOS'i.^ .">. Aiig.. Ui- ]ih. arl,.. 1. II. r\\. II. (Note mar).'inale ,1e M.)