CHAPITRE SIXIEME
De la liberté de l'esprit. La grande règle, c'est de suspendre sou cousentement autant qu'où le peut. C'est par l'usage de cette règle * qu'on peut éviter l'erreur et le péché, comme c'est par la force de l'esprit qu'on se délivre de l'ignorance. La liberté de l'esprit aussi bien que sa force estuue habitude qui se fortifie par l'usage qu'on eu fait. Exemples de l'utilité de sou usage dans la physique, dans la Morale, dans la vie civile.
I. On ne peut découvrir la vérité sans le travail de l'attention, parce qu'il n'y a que le travail de l'attention qui ait la lumière pour récompense. Afin de supporter et de continuer le travail de l'attention, il faut avoir acquis quelque /"orce d'esprit, et quelque autorité sur son corps, pour imposer silence à ses sens, à son imagination, à ses passions, ainsi quej'aidit dans le chapitre précédent. Mais quelque force d'esprit qu'on ait acquise, on ne peut point travailler sans cesse; et quand cela se pourrait, il y a des sujets si obscurs, qu'il n'y a point d'esprit qui les puisse pénétrer. Ainsi, alin que l'homme ne tombe point dans l'erreur, il ne suffit pas qu'il ait l'esprit fort pour supporter le travail : il faut de plus qu'il ait une autre vertu, que je ne puis encore mieux désigner que par le nom équivoque de Liberté d'esprit, par laquelle l'homme retient toujours son consentement, jusqu'à ce qu'il soit invinciblement porté à le donner.
II. Lorsqu'on examine une question fort composée, et que l'esprit se trouve environné de toutes parts de fort grandes difficultés, la Raison permet bien qu'on abandonne le travail :