‹ Traité de moraleChapitre 8 sur 233 · INTRODUCTION. XV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XV

et touto di^nitt"'. On voit en oll'ct qu'il attache unogrando importance à réluter les auteurs (tels que Grotius et PulVendorl) qui soutiennent : que le devoir n'est que la nécessité d'obéir à un supérieur, — que le droit naturel n'embrasse que les actes extérieurs, — qu'il n'intéresse que la vie présente, — que les préceptes de la morale dépendent de la pure et arbitraire volonté de Dieu, et que les hommes, par eux-mêmes et par les seules forces de la nature, sont incapables de vertu. — Il faut qu'il soit juste, de par les règles d'une justice préalable d'obéir aux ordres d'un supérieur, et il faut que ce supérieur luimême commande des choses justes. « Or la justice suit certaines règles d'égalité et de proportion qui ne sont pas moins fondées dans la nature immuable des choses et dans les idées de l'entendement divin que les principes de l'arithmétique et de la géométrie. »

Cette affirmation de lunité des sciences morales et des liens qui les rattachent à la philosophie ne suffit pas à Leibniz : et plus tard •, dans la suite de ses écrits, il a donné çà et là les linéaments d'une synthèse où tout un système de morale est esquissé.

Leibniz ne condamne rien, ne néglige rien dans les tendances primitives de notre nature. En premier lieu, il

1. Voyez surtout ses derniers écrits dans le tome V, de rédition Dutens, et dans le tome I de ses Lettres et opuscules inédits, par Foucher de Careil, un opuscule daté de 1708 (page 134.)

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fait appel au sentiment naturel de bienveillance que les hommes éprouvent les uns pour les autres, au souci qu'ils ont de leur conservation et de leur bonheur, au plaisir que leur causent le bon ordre et l'harmonie, au déplaisir que leur donne le spectacle des violences, etc.; car tous ces sentiments peuvent déjà servir à fonder une certaine morale.

Après la sensibilité vient le calcul et la réflexion. Appliqué à la bonté naturelle pour la régler, le raisonnement produira la justice qui n'est que « la charité du sage, n II préservera aussi des écarts en inspirant des ha bitudes d'ordre; et la prudence, la prévoyance, l'ambition même pourront être aisément tournées au perfectionnement moral de l'individu.

Enfin, la considération de Dieu met le comble à la morale, d'abord parce que Dieu proclamé, tout a enfin son principe immuable; parce que notre amour ne peut qu'être élargi par l'idée des perfections divines auxquelles tous les autres êtres, auxquelles nos ennemis, comme nos amis, participent; parce que l'existence de Dieu nous donne la certitude que l'ordre universel n'est pas un rêve, et qu'un jour ou l'autre, grâce à la Providence et à l'immortalité de l'âme « tout droit passe en fait '. »

1. Toutes ces idées ^e trouvent réunies dans une appréciation que Leibniz fait, sur la fin de sa carrière, de la morale de Sliaftesbury, « Shat'te»hury, dit-il, a très bien fait voir que les alTections que la nature nous a données nous portent non seulement à chercher notre

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