PREMIERE PARTIE. — DE LA VERTU
plaisirs solides quoit|ue futurs. On peut même rechercher ceuxci, plutôt (lue ceux-là, lorsque l'espérance et la crainte du futur nous y sollicitent '. Le plaisir actuel n'est pas toujours le maître absolu du cœur -. L'expérience nous apprend ces vérités : car souvent on quitte un plaisir léger, lorsqu'on a quelque espérance d'en posséder un plus solide. Mais comme on veut invinciblement èire heureux, et actuellement heureux, on ne peut résister longtemps ;i l'attrait actuel et continuel des plaisirs sensibles, quelque force et (luehjue liberté d'esprit (lu'on aitacquises. On nepeutvouloir remellre àètre heureux après la mort, qui paraît à l'imagination un anéantissement véritable, à l'imagination, dis-je, toujours sans la grâce, et souvent môme avec la grâce ^, maîtresse de la raison, gouvernante des passions, principe intérieur de tous les grands mouvements qui ébranlent l'àme. Ainsi on voit bien que d'un côté, celui qui pèche et qui ne travaille pas à conserver la force et la liberté de son esprit, mérite d'être puni: et de l'autre que la loi et la pbilsophie la plus éclairée ne peuvent donner à l'àme, corrompue et affaiblie par le péché originel, assez de force et de santé *, pour marcher dans le chemin qui conduit au bonheur, ce que S. Paul fait voir dans toute l'Épitre aux Romains.
VII. Il faut donc que l'homme capable de raison, capable de bonheur, fasse usage de toute la force et de toute la liberté d'esprit qui lui reste, pour s'instruire de ce qui peut augmenter sa foi et fortifier son espérance, par lesquelles il peut tendre à son bonheur, et sans lesquelles je viens de faire voir qu'il n'est pas possible de prendre seulement le dessein de sacrilier sa passion dominante. Mais quoi? sacrifier sa passion dominante pour devenir heureux, cela se contredit : du moins cela est-il elTrayant et rebutant. Il est vrai ; mais c'est lorsque la passion a ses charmes : il faut donc les lui ôter. Je ne prétends pas qu"on la sacrifie avec tous les ornements qui la déguisent. Au cimtraire, puisqu'on ne veut pas être trompé, puisqu'on veut être solidement heureux, je prétends qu'on doit lâcher de la reconnaître telle qu'elle est, et d'en découvrir le ridicule qui
1. Vai'. Lorsque Tespérance et Tapparence actuelle du bien sont en proportion réciproque. (1684.)