‹ Traité de moraleChapitre 83 sur 233 · PREMIÈRE PARTIE.- DE LA VERTU. 'o · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE.- DE LA VERTU. 'o

criminel, et aujourd'hui dans le Temple, dans le Sainl des Saints, devant la face de son Père, toujours vivant pour intercéder pour les pécheurs et les combler de bénédictions et de grâces : mais enlin leur juge inexorable au jour des vengeances du Seigneur, jour éternel qui linira tous les temps, et qui réglera pour jamais et les biens et les maux.

IX. Peut-on penser à ces grandes vérités, en être convaincu par de fré(iuentes méditations, et trouver toujours ses passions tout à fait les mêmes? Ce faste sensible et ces charmes qui les environnent, peuvent-ils supporter la lumière vive et pénétrante qui se répand dans l'esprit, lorsqu'on pense à la mort, à l'enfer, à ce monde futur, cette Jérusalem céleste, éclairée des splendeurs de Dieu même, et environnée du torrent de ses voluptés ; lorsqu'on pense qu'il s'agit maintenant de la jouissance éternelle de la Divinité même, et qu'on sait bien que la substance divine est seule la vie et la nourriture des esprits: lorsqu'on pense enfin à ces ténèbres extérieures dont Jésus-Christ nous menace, ténèbres éternelles, pleines d'horreur pour tous ceux qui savent un peu ce que c'est *. Certainement la seule pensée de la mort change la face de toutes choses dans ceux qui ont encore quelque reste de sentiment, quelque force et quelque liberté d'esprit. Mais cette alternative de deux éternités si contraires qui succèdent aux derniers moments, rompt tous les desseins et efface toutes les idées que les passions nous présentent : du moins n'est-il pas possible que les passions justitient leurs excès et leurs dérèglements dans ce temps de réflexion.

X. Que si l'on ajoute aux vérités ^ que la raison découvre, lorsqu'elle est conduite par la foi, ce que la seule raison apprend de la différence de l'àme et du corps et des lois de l'union de ces deux substances, on reconnaîtra visiblement la malignité des passions, et l'on méprisera plus aisément ^ ces caresses flatteuses qui séduisent invinciblement les esprits faibles. Car enfin, lorsqu'on a fait de sérieuses réflexions sur le jeu de sa machine, on aime quelquefois mieux la conduire que de s'en laisser emporter : et quand on s'est bien convaincu que tout l'éclat et les charmes des objets sensibles dépendent uni-

1. Tout ce développement, depuis les mots : lorsqu'on pense qu'il s'agit maintenant..., n'était ni dans l'édition de 16S4, ni dans celle de 1697.

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