‹ Traité de moraleChapitre 85 sur 233 · PREMIÈRE PARTIE. — DE L.\ VERTU · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — DE L.\ VERTU

rai'titiii (les objets sensibles : ils sont délerminés à y passer sans cesse par le plaisir que l'àme en rei;oit, et surtout par la construction admirable de la machine qui joue son jeu sans attendre les ordres de la volonté, et souvent même, à cause du péché, contre ses ordres. Ainsi dès qu'on cesse de résister et de faire diversion dans les esprits, les passions se renouvellent et se fortifient. Or, il n'y a point d'autre moyen de faire diversion et révulsion dans les esprits, que de se mettre à la présence de certains objets, et de s'occuper de pensées auxquelles dilîérents cours d'esprits animaux sont attachés par les lois de l'union de l'âme et du corps. Car dans les passions le cours des esprits ' ne dépend point immédiatement de nos volontés : il n'en dépend, que parce que les pensées qui déterminent le mouvement de ces esprits en dépendent -. Il n'est donc pas possible de se délivrer de ses passions, si l'on évite avec soin les objets qui les excitent, et si l'on ne s'occupe l'esprit de pensées propres à les rendre ridicules et méprisables. Mais j'exi)liquerai cela encore plus particulièrement dans la suite.

XIV. Alin qu'on fasse encore davantage réflexion^ sur les vérités que je viens d'exposer, je crois devoir dire en particulier que ni la prières ni les bonnes œuvres, ni môme la grâce de Jésus-Christ ne guérissent point les blessures que le cerveau reçoit par le mouvement violent et déréglé que les passions excitent dans les esprits. Kon, la grâce de Jésus-Christ la plus sublime, celle du Baptême, celle que reçoit une âme qui communie avec les dispositions les plus saintes, ne guérit point sans miracle ces sortes de maux. Il est vrai que la grâce de la justilicalion nous donne droit aux secours nécessaires pour résister à l'effort actuel des passions : mais elle ne nous délivre point de leurs attaques, parce qu'elle ne referme point les plaies que le cerveau a reeues par l'action des objets sensibles. Dieu ne fait point de miracles sur notre corps dans le temps qu'il nous justitie, il nous laisse toutes nos taiblesses. Le Baptême ne nous cclivre point de notre concupiscence : et le nouveau Chrétien que la goutte incommode, ou que quelque passion inquiète, ne se trouve point guéri de ces maux fâcheux : il reçoit seulement les secours nécessaires pour supporter patiemment la douleur

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