‹ Traité de moraleChapitre 86 sur 233 · Var. Ni la prière de l'invocation · texte numérisé non relu

Var. Ni la prière de l'invocation

qui le maltraite, et impatiemment, mais généreusement les caresses de la passion qui le sollicite et qui le cajole.

XV. Il faut dire k peu près la môme chose des prières et des bonnes œuvres. Elles obtiennent de Dieu les secours nécessaires au combat, mais elles ne nous délivrent point de nos misères; si ce n'est qu'à force de combattre et de résister, on fasse prendre naturellement un autre cours aux esprits, car alors nos plaies se guérissent et se referment : parce que pour guérir les blessures du cerv(!au aussi bien que celles des autres parties de notre corps, il suffit que rien n'empêche les fibres* séparées de se rejoindre.

XVI. Or la raison pour laquelle la grâce ne nous délivre point de nos passions, ni le Baptême de l'effort continuel de notre concupiscence, c'est que la puissance de la grâce de Jésus- Christ paraît bien davantage par les victoires continuelles que les justes remportent contre leurs ennemis domestiques : c'est que le mérite des Saints en devient et plus pur et plus grand : c'est enlin que la gloire répondant aux mérites, la cité sainte, le temple éternel, le grand ouvrage de Jésus-Christ en reçoit mille et mille beautés qu'il n'aurait pas, si nos passions ne nous livraient sans cesse mille et mille combats. Saint Paul était juste : mais il sentait dans sa chair une loi opposée à celle de l'esprit qui l'animait. Il demanda souvent à Jésus-Christ, qu'il le délivrât de ce qu'il appelle, écrivant aux Corinthiens : Aiguillon de sa chair^. Mais Jésus-Christ lai répondit : ma grâce vous doit suffire; car c't'si dans les faiblesses que ma puissance parait, et que la vertu se purifie. Aussi saint Paul se glorillait-il dans les infirmités, les persécutions, les outrages, afin dit-il, que la puissance de Jésus-Christ habitât en lui.

XVII. Qu'on ne soit donc pas surpris si l'usage des Sacrements laisse le corps tel qu'il le trouve, et ne fortifie que l'homme intérieur, duquel on n'a point de parfaite connaissance : et qu'on ne se désespère pas de ce qu'on se voit toujours insulié et maltraité par des passions criminelles, pourvu qu'on soit toujours ferme dans sa foi, content de ses espérances, et par là inébranlable dans la résolution de sacrifier à Dieu toutes choses. Que si on veut, comme on le doit, car on doit toujours éviter les dangers, si on veut, dis-je se délivrer des mouvements

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