ET DE SES SUITES
§ I*r, Caractères anatomiques,
A. Première période , ou période de congestion sanguine et de sécrétion anormale. i° Le péricarde offre une injection et une rougeur plus ou moins prononcées dans les régions qui ont été enflammées. Quelquefois il existe une infiltration de sang au-dessous du péricarde, et cette membrane elle-même peut être comme imbibée de ce liquide. Le péricarde a sensiblement perdu de sa transparence , et peut acquérir un peu plus d’épaisseur qu’à l’état normal. Le
(1) On s’occupe beaucoup depuis quelques années de certaines difformités extérieures pour lesquelles la ténotomie ou quelque autre opération analogue sont employées avec plus ou moins de bonheur. Parmi les lésions des valv ules et de leurs tendons décrites par nous, il en est quelques unes qui rentrent dans la catégorie de celles auxquelles nous faisons allusion. Mais bêlas! ici , je le répète, les parties malades sont en quelque sorte sacrées pour le chirurgien et inaccessibles à scs instruments.
(2) Je rappelle au lecteur que je comprends sous ce nom l’inflammation combinée du tissu séreux et du tissu fibreux qui constituent la poche dans laquelle le cœur se trouve contenu. Toutefois c’est particulièrement l'inflammation de la séreuse que nous allons décrire.
/|Ü6 PHLEGMASIES ET IRRITATIONS EN PARTICULIER, tissu cellulaire sous-jacent paraît jouer un rôle important dans les altérations signalées ici , et c’est à la diminution de cohésion de ce tissu qu'il faut attribuer la facilité avec laquelle on détache des lambeaux assez larges du péricarde de la surface du cœur. Le sac sérofibreux est plus ou moins distendu, selon la quantité de l’épanchement inflammatoire dont nous allons parler.
?.° Le produit anormal sécrété par l’effet de la péricardite est plus ou moins abondant (on l’a vu s’élever jusqu’à deux kilogrammes, deux litres), et offre plusieurs variétés, dont voici les principales : il se présente ordinairement sous forme d’un liquide plus ou moins trouble, mêlé de flocons ou de masses d’une matière concrète, fibrineuse, blanchâtre ou grisât!’ q {pseudo-membrane, lymphe plastique, coagulable , organisable). Dans certains cas où l’élément coagulable ne s’est pas bien séparé de l’élément séreux , où la coagulation, la précipitation physiologique a pour ainsi dire été confuse, on ne trouve qu’un liquide caillebotté. Quelquefois , la partie liquide ou séreuse est rougie par le mélange d’une quantité plus ou moins considérable de sang ( péricardite hémorrhagique ). La matière concrète ou plastique adhère plus ou moins fortement à la face interne du péricarde, et peut y former plusieurs couches, dont les plus profondes offrent des traces d’organisation plus ou. moins avancée, tandis que les plus superficielles sont encore amorphes, et sans trace aucune d’organisation apparente. Ces couches ont une épaisseur qui varie entre une fraction de un millimètre et quelques millimètres. La surface libre des masses ou couches pseudo-membraneuses est inégale, aréolée, comme la surface interne du bonnet ou second estomac du verni ( Corvisart), ou bien encore comme la surface de deux couches de beurre mou étendues sur deux assiettes plates appliquées l’une contre l’autre d’abord et brusquement séparées ensuite ( Hope ). Dans quelques cas, la disposition réticulée
PERICARDITE.
est assez régulière, et rappelle < elle des cellules d’un gâteau île miel; alors le cœur, enveloppé de toutes parts de ces pseudo-membranes aréolées et inégales, offre un aspect extérieur analogue à celui d’un ananas ou d’une pomme de pin (i). Pour plus de détails sur cette pseudo-membrane , on pourra consulter notre Traité sur les maladies du cœur.
Nous ajouterons seulement que la matière plastique dont il s’agit en ce moment s’organise, dans certains cas, avec une étonnante promptitude (ce qui suppose une péricardite d’intensité modérée), et unit aussitôt entre eux les feuillets opposés du péricarde (péricardite adhésive). Il semble alors que cette union, cette agglutination s’opère absolument de la même manière que la réunion des deux lèvres d’une plaie récente convenablement rapprochées : dans l’un comme dans l’autre cas , l’espèce de colle vivante ou du moins viable anormalement sécrétée, passe en quelques heures, ou du moins en quelques jours , de l’état amorphe à l’état de tissu vascularisé d’abord , pins celluleux ou séreux , et séro-fibreux.
La seconde forme sous laquelle peut se présenter le produit de la péricardite est celle qui constitue le pus proprement dit ( péricardite purulente ou suppuratoire), liquide dont nous avons indiqué ailleurs les caractères. (Voyez les généralités sur l’inflammation.)
B. Seconde et troisième périodes, ou périodes de l’organisation définitive et des diverses transformations de l’élé ment plastigue ou pseudo-membraneux , et de la résorption de la partie liquide de l’ épanchement. Lorsque le travail
(i) Cette remarquable particularité dépend évidemment des mouvements continuels de contraction et de dilatation dont le cœur est agité, ce qui doit nécessairement amener des froncements, des dépressions et des saillies dans la pseudo-membrane qui l’enveloppe. Ne trouve-t-on pas ici une sorte de répétition sans cesse renouvelée de l’expérience indiquée par Ilope, savoir, la séparation brusque de deux surfaces accolées entre elles par le beurre mou dont elles ont été enduites?
408 PHLEGMASIES ET IIUÜTATIONS EN PAïmCUI.lKH. inflammatoire touche à sa fi n ^ ou bien est complètement terminé, la partie liquide ou séreuse de l’épanchement est peu à peu résorbée, et les couches pseudo-membraneuses déposées sur les feuillets opposés du péricarde se rapprochent graduellement, s’appliquent lune contre l’autre , contractent des adhérences , tantôt générales , tantôt partielles, en sorte que la cavité du péricarde disparaît en totalité ou en partie. Les liens au moyen desquels s’opère ainsi ce qu’on appelle Y adhérence ou les adhérences du péricarde ne sont autre chose que les diverses couches pseudo-membraneuse organisées en tissus cellulaire, séreux ou séro-fibreux. C’est à la présence d’une ou de plusieurs de ces couches qu’il faut principalement attribuer l’épaississement et l’hypertrophie que présente le péricarde à la suite de péricardites prolongées ou chroniques. ( Je dis principalement et non uniquement, car il est certain que cette hypertrophie s’opère aussi, du moins quelquefois, par l’augmentation de nutrition du péricarde luimême). On peut facilement détacher du péricarde les pseudo-membranes nouvellement organisées à sa surface, et on reconnaît alors qu’il existe entre les deux une couche de tissu cellulaire plus nu-moins serré. On constate en même temps que l’hypertrophie du péricarde un développement remarquable des vaisseaux sous-péi'icardiques.
Lespseudo-metnbranes partielles du péricarde seprésentent tantôt sous la forme de brides et de filaments passant d’un feuillet du péricarde à l’autre, tantôt sous la forme de lâches ou de plaques blanches, laiteuses , plus ou moins considérables , à la surface du cœur.
Les pseudo-membranes générales ou partielles , sous quelque forme qu elles se soient développées, ne restentpas toujours à l’état celluleux , séreux , cellulo ou séro-fibreux , mais subissent, au contraire, dans quelques cas, des métamorphoses diverses, et se transforment soit en partie, soit en totalité, en tissu fibro-cartilagineux ou même os-
l'KII IC AUDITE.
seux, lesquelles métamorphoses, comme nous l'avons tlic précédemment, rappellent celles quis’opôrentdans le cours tle l’évolution de la matière sécrétée par le périoste enflammé. Il est des cas où le cœur, enveloppé presque de toutes parts par ces produits cartilagineux ou ossiformes, résonne comme un cornet quand on le frappe.
Quelquefois, au lieu des adhérences et des plaques ciavant décrites, le péricarde est parsemé et comme hérissé de granulations discrètes ou confluentes, auxquelles certains auteurs ont donné le nom de tubercules ( péricardite granuleuse ou tuberculeuse ), ou de petites végétations verruqueuses, dont quelques unes offrent souvent un aspect corné ou même une consistance cartilagineuse.
Lorsque la péricardite passe à l’état chronique proprement dit, et quelle ne se termine pas par l’organisation complète des produits sécrétés, on rencontre un épanchement de véritable pus plus ou moins épais, ou bien un mélange de pus, de pseudo-membranes, en partie amorphes, en partie organisées, etc.; quelquefois le liquide consiste uniquement en une sérosité contenant quelques flocons albumineux ou fibrineux, quelques franges tomenteuses ou d’un tissu cellulaire imparfait. Cette sérosité peut être colorée par une quantité plus ou moins considérable de sang.
§ II. Exposition raisonnée des signes et des symptômes. — Diagnostic.
A. Période d’ irritation, de congestion et d’épanchement .
Signes locaux , soit physiologiques, soit physiques. — P La douleur dans la région précordiale, douleur sur laquelle les auteurs ont tant insisté, que plusieurs appellent rt/roce, manque dans 1 immense majorité des cas de péricardite simple ou sans complication de pleurésie , et spécialement dans la péricardite coïncidant avec l’arthrite rhumatismale. Nous renvoyons à notre article Pleurésie pour ce qui concerne la douleur pleurétique. Je dirai seulement ici (pie dans la péricardite compliquée avec la pleurésie ou la pleuro-
pneumonie, la douleur n’est jamais plus vive, plus poignante, plus atroce que clans les cas où l'inflammation affecte la plèvre diaphragmatique et la plèvre costale correspondante, douleur qui tient à la réaction de l’inflammation sur les nerfs voisins (les intercostaux , et peutêtre aussi le nerf diaphragmatique).
2° Battements du cœur plus forts, plus fréquents qu’à l’état normal, s’élevant quelquefois au degré de véritables palpitations , tantôt réguliers , tantôt irréguliers, tumultueux, inégaux. Dans les cas où il n’existe pas encore d’épanchement notable, ces battements sont visibles , et frappent plus ou moins fortement la main appliquée sur la région précordiale. Mais dans les cas où il s’est opéré déjà un épanchement considérable, et lorsque les malades restent couchés sur le dos, les battements ne se font plus ni voir ni sentir à la main, phénomène dont l’explication se présente d’elle-même. Quelquefois , en faisant asseoir les malades, et en leur recommandant de se pencher en avant, les battements deviennent sensibles à la vue et surtout au toucher. J’ai rencontré quelques individus chez lesquels le second battement ou la diastole du cœur ne se faisait qu’en deux temps ou à deux reprises et avec une sorte de craquement dont je parlerai tout-à-l’heure. Ce phénomène, qui n’avait encore été signalé par aucun auteur, m’a paru se produire à cette période de la maladie où commence le travail organisateur des pseudo-membranes. Les adhérences qui s’établissent alors brident pour ainsi dire le cœur; et comme la diastole est moins puissante que la systole, i! ne fautpas s’étonner si c’est elle qui se trouve comme entrecoupée et faite en deux temps, le cœur se reprenant pour ainsi dire après s’être incomplètement dilaté.
3° Lorsqu’il existe un épanchement assez considérable, on observe une voussure ou saillie de la région précordiale(i ),
(i) Culte voussure, que j’ai rencontrée et montrée bien souvent aux
l’KRlCAHDITK.
Zi 1 1
voussure qui est bien sensible à la vue et au toucher, et dont on peut évaluer le degré par le cyrtomètre de M. le docteur Andry.
4° Mutilé de la région précordiale dans une étendue plus considérable qu’à l’état normal. La matité peut avoir une étendue double et même triple de celle qui est naturelle; elle occupe quelquefois tout le tiers inférieur, et même la moitié de la partie antérieure externe du côté gauche de la poitrine, d’où elle peut s’étendre plus ou moins à droite delà moitié inférieure du sternum. Dans la péricardite qu’on appelle sèche , celle qui n’a encore été suivie que d’une exsudation pseudo-membraneuse avec peu ou point de liquide , il n’existe ni voussure ni augmentation bien notable de l’étendue de la matité de la région du cœur, si ce n’est pourtant dans les cas où la masse des pseudomembranes serait très considérable et le coeur fortement développé ou tuméfié par l’effet de sa fluxion inflammatoire.
5° Un bruit de frottement péricardique , isochrone aux battements du cœur, est un des signes les plus constants et les plus caractéristiques de la péricardite à la première période, celle d’exsudation pseudo-membraneuse avec un épanchement assez médiocre pour que les feuillets opposés du péricarde puissent venir s’appliquer l’un contre l’autre, et glisser I un sur l’autre dans Les mouvements de systole et de diastole. Gomme ce glissement n’a plus lieu sur des surfaces lisses, polies, lubrifiées par un liquide doux et onctueux, mais bien sur des surfaces inégales, aréolées,etc., dont nous avons parlé précédemment, il en résulte une augmentation de frottement qui produit le bruit particulier que nous signalons ici. Ce bruit présente divers degrés d intensité et de nombreuses variétés dont on ne peut se faire une idée exacte que par une observation directe long- • temps répétée. Tantôt c’est un simple bruit d e frôlement,
élèves depuis une dizaine d’années, est un signe précieux sur lequel M. Louis a le premier appelé l'attention des observateurs.
M*2 l’HLEGMjASlES ET IRRITATIONS EN PARTICULl ER. tanlût un bruit de frottement rude , râpeux, tirant un peu sur le bruit de soufflet râpeux auquel donnent lieu certaines lésions des valvules du cœur, etc., tantôt un vrai bruit de tiraillement, de craquement, qui, dans certains cas, imite le cri du cuir neuf, ainsi que M. Colin l’a fort bien remarqué. Ces variétés tiennent évidemment aux diverses conditions physiques des fausses membranes, lesquelles diffèrent selon les périodes d'organisation auxquelles elles sont parvenues, etc., à la force plus ou moins grande des battements du cœur, et à d’autres particularités qui ne sont pas encore parfaitement connues. Quelle que soit l’espèce de bruit de frottement péricardique, on le distinguera facilement, avec de l’ habitude , des souffles et autres bruits qui se passent à l’intérieur du cœur, et on évitera ainsi une erreur qui a été bien souvent commise. Le bruit de frottement ou àe froufrou péricardique est plus superficiel, plus diffus que ces derniers : on reconnaît qu’il se passe en quelque sorte immédiatement sous l’oreille (i). Dans quelques cas, et tout récemment encore j’en ai vu un exemple chez unmalade que j’ai soigné avec M. le docteurSorlin, ce bruit de frottement péricardique est assez fort pour imprimer à la paroi précordiale correspondante un frémissement vibratoire bien distinct, quoiqu’il soit en quelque sorte mou et comme provenant de vibrations par frottement de parties peu vibratiles.
(i) A part le bruit de cuir neuf, qui ne se rencontre qu’assez rarement et à une époque où les exsudations membraneuses péricardiques sont déjà assez anciennes , aucun des bruits que nous venons de décrire n’avait été signalé avant nos recherches consignées dans le Traité des maladies du cœur ■ Ce bruit de cuir neuf ne se rencontre pas d’ailleurs exclusivement dans les cas d’adhérences du péricarde; je l’ai constaté dans quelques cas d’adhérences des plèvres. Celui-ci est isochrone aux mouvements de la respiration, comme l’autre l’est aux battements du cœur. Nous ajouterons que récemment, sur des chevaux et des chiens chez lesquels M. Leblanc avait produit des péricardites artificielles, il a constaté des bruits de frottement péricardique analogues à ceux que nous venons de dcei ire.
PÉRICARDITE, âl'î
6° Quand, par suite de l’abondance de l'épanchement, les battements du cœur ne se font plus voir ni toucher, les bruits du cœur sont plus ou moins lointains , ce qu’une oreille exercée distingue très bien. Ces bruits peuvent d’ailleurs offrir des modifications variables, selon les coïncidences qui peuvent exister du côté des valvules, selon qu'il s’est formé ou non des concrétions sanguines ou pseudomembraneuses dans les cavités du cœur, etc.
Symptômes dits généraux ou réactionnels. — i° Une réaction fébrile plus ou moins violente accompagne la péricardite, et l’on ne s’en étonnera pas en réfléchissant à ce que nous avons dit ailleurs du siège de la fièvre considérée en elle-même. Ue pouls peut offrir des caractères en rapport avec les lésions survenues dans l’intérieur des cavités du cœur, et sur lesquels nous nous sommes suffisamment appesanti à l’occasion de l’endocardite et de ses suites. Le sang retiré par les saignées offre les particularités qui distinguent celui qu’on appelle inflammatoire.
2° Chez plusieurs individus atteints de péricardite, on n’observe aucun trouble notable de la respiration. Chez d’autres, au contraire, cette fonction est profondément gênée, et avec cette gêne se manifestent les accidents suivants : sentiment d’anxiété telle que certains malades implorent la mort pour mettre- un terme à leurs souffrances; jactitation continuelle, avec soupirs, gémissements, plaintes, sanglots, hoquets; visage d’une pâleur plus ou moins livide ou violacée, bouffi, grippé, ordinairement empreint d’une expression de terreur indéfinissable, et quelquefois agité de légers mouvements spasmodiques, ou bien offrant le phénomène si connu sous le nom de rire sardonique; tendance aux défaillances, aux lipothymies; besoin de respirer le frais; pouls petit, misérable, irrégulier, inégal, intermittent et très fréquent; refroidissement des extrémités; par moments, incohérence dans les
l\ÏU PI1IÆGMASIES ET IRRITATIONS EN PARTICULIER, idées, léger délire, insomnie des plus cruelles ; des attaques de véritables convulsions s’ajoutent quelquefois aux symptômes indiqués.
Toutes les lois qu’on observe l'effrayant cortège de phénomènes indiqués ci-dessus, on peut éLre certain que la péricardite n’est pas simple ou isolée de toute complication. Alors, en effet, il existe en même temps soit une pleurésie qui a envahi le diaphragme, soitun grand obstacle au cours dusang, qui, le plus ordinairement, tient à la formation de concrétions dans les cavités du cœur, etc. Mirabeau paraît avoir éprouvé dans toute son atrocité l’horrible supplice de la péricardite compliquée dont il s’agit, et l’on sait quel immortel orateur suppliait Cabanis, son médecin, de mettre un terme à ses angoisses, à son martyre , en lui donnant de fortes doses d’opium. Si Cabanis eût connu et mis en pratique la méthode dont nous parlerons plus loin, il eût sauvé la vie à son illustre ami et lui eut épargné de terribles souffrances !
Grâce aux signes physiques et physiologiques énumérés plus haut, la péricardite n’est plus, comme l’enseignaient Corvisart et Laënnec lui-même, une maladie dont le diagnostic soit au-dessus de nos moyens. On peut, au contraire, aujourdhui, ainsi que nous l’avons fait si souvent depuis une dizaine d’années, diagnostiquer la péricardite avec autant de précision et de certitude que la pleurésie elle-même ; mais on ne le peut qu’après avoir acquis un longue habitude clinique, et s’être bien familiarisé avec l’usage des méthodes exactes d’exploration. Les péricardites appelées Intentes (on donne particulièrement ce nom à celles qui sont indolentes , et qui ne troublent pas notablement la circulation et la respiration ) ne sont pas elles-mêmes indiagnosticables. Si elles sont assez souvent méconnues, c’est qu’on a négligé l’emploi des méthodes d exploration dont nous parlions tout-à- l’heure, entre autres 1 inspection , la percussion et l'auscultation de la
PERICARDITE.
région précordiale, méthodes au moyen desquelles on constate infailliblement les épanchements dans le péricarde. C’est pour la même raison que des praticiens, d’ailleurs célèbres, méconnaissent fort souvent encore aujourd’hui des épanchements consécutifs à des pleurésies également dites latentes. Pour plus de détails sur le diagnostic de la péricardite, simple ou compliquée, nous renvoyons au Traité clinique des maladies du cœur.
B. Période de la formation des adhérences et autres étals anormaux du péricarde consécutifs à la péricardite.
C’est peu que les progrès de la clinique exacte nous aient aplani les difficultés du diagnostic de la péricardite elle-même, ils nous ont encore mis en mesure de reconnaître, de diagnostiquer les suites principales de cette plilegmasie, telles que l'adhérence générale ou très étendue du péricarde et des plaques fibreuses ou fibro-carlilagineuses plus ou moins saillantes à la surface du cœur. Comme les états anormaux du péricarde ne dérangent pas, du moins notablement, le jeudu cœur, et que, contrairement à l’opinion de certains auteurs , on en rencontre chez des personnes qui jouissaient de la plus florissante santé, ce n’est qu’a u moyen de certains sig n es physiques, jusqu’ici négligés, que depuis quelques années nous sommes parvétm à en établir le diagnostic chez plusieurs individus, diagnostic encore assez obscur pour nous quand nous avons publié la première édition du Traité clinique des maladies du cœur.
Chez six ou sept sujets, nous avons annoncé l’existence d’une adhérence intime et générale du péricarde aux signes suivants : i° Dépression évidente de la région précordiale, dépression qui est l’analogue de celle qu on observe dans un des côtés de la poitrine à la suite d une pleuresie également terminée par adhésion. Cette sorte de rétrécissement de la région précordiale me paraît aujourd’hui un signe d’une haute importante. a° La main et 1 oreille appliquées sur la région précordiale font reconnaître que le cœur ne
Zi 1 G Pni.F.GM.VSIIvS KT IRRITATIONS EN PART1CUI.IFR. se inculpas, ne joue pas aussi librement qu’à l’état normal dans la cavité qui le contient; ses battements sont en quelque sorte embarrasses, bridés, et la pointe ne frappe plus la poitrine par un coup net et bien détaché. Assez récemment encore (novembre 1842), chez un homme atteint des suites d’une endo-véricardite coïncidant avec un rhumatisme, traité dans le service d’un médecin qui a combattu la découverte de cette coïncidence, nous avions, sur la foi des deux signes ci-dessus indiqués, diagnostiqué, entre autres lésions , une adhérence du péricarde. L’individu ayant succombé, nous avons rencontré chez lui une des plus belles adhérences du péricarde que nous eussions encore constatées. La dépression d’une portion de la région précordiale était un phénomène d’autant plus remarquable dans ce cas, que le cœur avait acquis un volume très considérable (1). 3° Dans les cas d’adhérence partielle par des brides fibreuses, existe-t-il pendant les mouvements du cœur des bruits particuliers, plus ou moins analogues à celui de cuir neuf dont nous avons parlé ailleurs? Mon expérience ne m’a pas suffisamment encore éclairé sur ce point. Je suistoutefois assezdisposé aie croire, par analogie de ce cjui se passe dans certains cas d’adhérences partielles de la plèvre , soit au sommet des poumons , comme il arrive si souvent chez les phthisiques, soit dans d’autres régions. J’ai soupçonné des adhérences partielles du cœur chez cerLains individus dans la région précordiale desquels j’avais distinctement entendu des bruits de tiraille-
(1) M. le docteur Sander a donné comme signe de l’adhérence du péricarde au cœur un signe que je n’ai pas eu l’occasion de constater, savoir : un mouvement perpétuel d’une très forte ondulation se montrant plus bas tjue celle que l'on sent naturellement dans la région du cœur. J’ai quelquefois observé un phénomène qu’il faudrait bien se garder de confondre avec celui dont il s’agit ici : je veux parler d’un mouvement de dépression vers la région précordiale se manifestant pendant l’inspiration chez des individus dont la plèvre pulmonaire adhère au péricarde et à la plèvre pariétale voisine.
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ment et de craquement isochrones aux battements du cœur.
Je me rappelle un certain nombre de cas dans lesquels j’ai diagnostiqué la présence de plaques fibreuses ou fibrocartilagineuses à la surface du cœur. Il existait, dans ces cas, un bruit de râpement ou de raclement circonscrit, isochrone aux battements du cœur. Dans deux cas, l’autopsie cadavérique a confirmé le diagnostic. J’ai gardé longtemps dans mes salles un homme qui , à la suite d’une endo-péricardite aiguë bien guérie , conservait néanmoins un très beau bruit de ce genre. Sa santé était d'ailleurs parfaite ( i).
§ III. Exposition raisonnée des causes de la péricardite.
A. Causes déterminantes. — Comme toutes les autres phlegmasies, la péricardite peut être produite ou déterminée par les causes traumatiques, les agents physiques ou chimiques irritants, localement appliqués. Mais telles ne sont pas les causes déterminantes de la péricardite la plus commune, de celle que certains praticiens appellent encore faussement spontanée, pour la distinguer de la péricardite de cause externe ou chirurgicale. La péricardite de cause dite interne, bien que cette cause elle-même soit au fond externe, comme l’avait très bien déclaré Sydenham , en la signalant à l’occasion d’autres maladies (il la désigne sous le nom de causa evidens exlerna ), la péricardite médicale reconnaîtpour cause ordinaire, essentielle, et en quelque sorte sine qud non, un refroidissement plus ou moins brusque et subit, succédant le plus souvent à une forte chaleur du corps avec sueur plus ou moins abondante, et à des exercices plus ou moins violents. Sous ce rapport, Corvisart s’est bien écarté delà vérité, en écrivant dans le discours préliminaire de son Essai que « le » cœur, dans la légion qu’il occupe, est à l’abri de toute
(i) J’ai rapporté ce cas clans mon Traite des maladies du cœur.
Z| i B PHLEGMASIES ET JRRl'f ATfPNS EN PARTICULIER.
„ impression et de toute modification immédiate (i) de » la part de l’air et de ses intempéries variables, brusques » et multipliées.» Interrogés tous avec un soin minutieux, les individus atteints de péricardite que nous avons observés depuis douze ans , nous ont appris pour la plupart que leur maladie était survenue dans les conditions dont nous venons de parler. Les autres ignoraient la cause de leur maladie, n’y avaient pas fait attention. Mais comme ils exerçaient des professions qui les exposaient à l’influence atmosphérique indiquée, ce n’est pas assurément abuser du droit d’induction que d’admettre chez eux la même cause que chez les autres.
Au reste, si la cause qui nous occupe est aussi réelle et aussi importante que nous l’avançons, on devra rencontrer la péricardite chez un certain nombre des individus qui, ayant été exposés à un refroidissement violent et plus ou moins général, auront été atteints de ces arthrites , de ces pleurésies, de ces pleuro-pneumonies, dont le refroidissement est, de l’aveu de tous les bons observateurs, la cause évidente ( causa evidens externa, pour rappeler les expressions de Sydenham ). Or, depuis douze ans , nos recherches cliniques n’ont que trop démontré la fréquence de la coïncidence dont il s’agit, ainsi que nous l’établirons aux articles de cet ouvrage consacrés à l’arthrite rhumatismale, à la pleurésie, etc. Telle est même cette fréquence, que si, des cas connus de péricardite, on en retranchait ceux relatifs à la péricardite coïncidant avec l’arthrite, la pleurésie et la péripneumonie produites par le froid, il
(i) En s’en tenant à la lettre même de son assertion, Corvisart aurait eu raison : en effet, l’air n’agit pas immédiatement sur le cœur. Mais l'assertion du célèbre observateur s’applique à l’action médiate de l’air ellemême , et c’est en cela que consiste l’erreur qui lui est échappée dans cet endroit de son ouvrage. Je dis cet endroit, car lorsqu’il traite en général des causes de la péricardite, Corvisart n’a point négligé de signaler l’influence sur laquelle nous insistons d’une manière si spéciale.
PÉRICARDITE. 419
en resterait à peine quelques uns. A une époque où la loi de coïncidence de la péricardite avec le rhumatisme articulaire aigu n était pas encore formulée, Corvisart avait déjà pu dire : « qu’il n’avait point d’observations propres d’une « péricardite aiguë sans complication. »
D’après ce qui précède, on voit que nous ne saurions partager l’opinion de ceux qui , comme M. Louis , professent que les causes excitantes de la péricardite sont inconnues dans la plupart des cas.
Pour ce qui concerne la théorie de la métastase rhumatismale sur le cœur en général, et le péricarde en particulier, nous devons renvoyer le lecteur à ce que nous en dirons à l’occasion de l’arthrite rhumatismale.
B. Prédisposition el causes prédisposantes. — Nous renvoyons pour cet objet à ce que nous avons dit d’une manière générale, à l’occasion d’autres phlegmasies qui se développent dans les mêmes circonstances que la péricardite. La prédisposition spéciale à cette phlegmasie ne saurait être reconnue à priori.
§ IV . Marche et durée.
On peut appliquer à la péricardite ce que nous avons déjà dit à I occasion de la marche et de la durée des phlegmasies en général. Ainsi, la marche de la péricardite est tantôt aiguë, tantôt lente , chronique, et cela dans une échelle dont les degrés sont très nombreux, selon l’intensité des causes déterminantes, lage, la constitution des sujets, les complications, etc.
La durée est subordonnée à un grand nombre de circonstances, et surtout, quoi qu’on ait pu dire de contraire, au mode de traitement. Une .péricardite bien caractérisée, chez un sujet d’une constitution ordinaire, se termine d une manière heureuse dans le cours du premier septénaire, si , dès le début, elle a été traitée par la méthode que nous employons.
/l20 PIILF.GMA.SIES ET IMITATIONS EN PARTICULIER.
Mal traitée, une péricardite peut se prolonger pendant un temps indéfini , amenant à sa suite un épanchement et d’autres altérations qui peuvent lui survivre, et constituer à leur tour des maladies qui réclament des moyens spéciaux.
§ V. Pronostic et mortalité.
Rien ne serait plus grave que le pronostic de la péricardite, s’il était vrai que, comme l’a dit Corvisart, la péricardite aiguë et la péricardite chronique sont nécessairement mortelles (la péricardite que Corvisart appelle sub-aiguë laissant seule quelque espérance). Mais grâce aux progrès de la science et de l’art, j ose affirmer que, traitée à temps et avec une énergie proportionnée à son intensité, etc., la péricardite, sauf peut-être quelques exceptions extrêmement rares, n’entraîne point lamort, mais guérit très bien, au contraire, dans un assez court espace de temps. J’ajouterai que, même sous l’empire des anciennes méthodes de traitement , la péricardite n’est point aussi souvent mortelle que l'avait cru Corvisart. Pour se convaincre de cette vérité , il suffira de savoir combien il est fréquent de rencontrer certaines lésions du péricarde (adhérences, plaques laiteuses), à l’ouverture d’individus enlevés par des maladies récentes, dans lesquelles le'cœur et ses enveloppes ne se trouvaient point compromis. Or, ces lésions sont les traces d’une ancienne péricardite qui s’était terminée parla guérison, bien que traitée par les pratiques ordinaires.
Je terminerai en ajoutant que les péricardites les plus graves sont celles qui coïncident avec une pleurésie, une pleuro-pneumonie, une endocardite, etc. Toutefois, on les guérit elles-mêmes en les traitant avec la vigueur et la prudence convenables.
Lorsque déjà la péricardite est passée à l’état chronique au moment oii l’on est appelé à la combattre, le pronostic
PÉRICARDITE. 421
change pour ainsi dire de face : alors, en effet, la maladie peut se terminer par la mort au bout d’un temps plus ou moins long. Au reste, la méthode que nous employons prévenant ce funeste passage de l'état aigu à l’état chronique, notre expérience personnelle ne nous fournit pas les données nécessaires à la solution de la question de pronostic dont il s’agit, et nous cherchons en vain des données de ce genre dans les auteurs, peu habitués jusqu’ici à recueillir ces observations exactes sans lesquelles on ne peut rien connaître , rien formuler en médecine.
§ VI. Traitement.
A. Il est essentiellement le même que celui de tanL d’autres pblegmasies dont nous avons déjà tracé, ou dont nous tracerons ailleurs les règles générales. En appliquant avec une hardiesse éclairée, c’est-à-dire dans la mesure convenable, la nouvelle formule des émissions sanguines au traitement de la péricardite prise à son début même ou à une époque qui n’en soit éloignée que de quelques jours, on obtiendra des guérisons auparavant inespérées et impossibles par les anciennes méthodes. Depuis dix ans, j’ai vu plus de soixante cas de péricardite rapidement guéris par cette formule (i). Il n’est pas besoin de faire remarquer que les saignées générales et locales doivent d’ailleurs être proportionnées à l'intensité, aux complications pblegmasiques de la maladie, à la force , au tempérament, à l’âge des sujets, etc., etc.
(i) Parmi les individus traités par cette méthode, deux seuls ont succombé. (Voy. Obs. 5* et 1 3* du Traité desmaladies du cceur.) Or, dans l’un de ces cas, la maladie datait de huit jours, au moment où le traitement fut commencé. Appliqué plus tôt, il eût réussi infailliblement; et sans une recrudescence due à une imprudence, la mort eût été évitée malgré les conditions défavorables indiquées. Dans l’autre cas, une imprudence du malade fut également cause de la mort. Tout allait bien, lorsqu’à la suite d’un refroidissement, il survint une complication mortelle de pleurésie diaphragmatique et de pneumonie, et plus tard- un érysipèle à la face.
Règle générale : chez un sujet clans la force de l’âge, atteint d’une péricardite intense, trois ou quatre saignées du bras de trois à quatre palettes et deux ou trois saignées locales de la même dose, pratiquées toutes dans l’espace de deux, trois ou quatre jours, suffiront à la guérison. Dans les cas d’une intensité extrême, une, deux ou trois saignées de plus, et à la même dose , pourront être nécessaires. Dans les cas légers, deux ou trois saignées (générales et locales), pratiquées en vingt-quatre à quarante-huit heures, feront justice de la maladie (elle peut être assez légère pour qu’il suffise d’une seule saignée). Dans les cas graves, après les dernières saignées, un ou plusieurs larges vésicatoires volants seront appliqués sur la région précordiale.
La diète et les boissons dites antiphlogistiques seconderont les moyens précédents. Pour complément de ce qui précède, on devra lire ce que nous avons écrit en parlant du traitement de l’arthrite rhumatismale et de la pleurésie ou pleuro-pneumonie , les compagnes ordinaires de la péricardite d’origine rhumatismale ou à frigore.
B. La péricardite passée à Y état chronique ne comporte pas le traitement formulé tout-à-l’heure. Il est rare que les malades ne soient trop affaiblis par l’effet même de la prolongation de la maladie, pour qu’on puisse tenter quelques saignées générales. Quelquefois même on est obligé de renoncer aux saignées locales elles-mêmes, faites en petit nombre et à faible dose, Il ne reste alors que l’emploi des vésicatoires, des cautères , des moxas, des sétons seuls ou secondés par quelques révulsifs intérieurs, administrés avec circonspection, et, comme moyen extrême, l’évacuation de l’épanchement par une opération chirurgicale, trop peu souvent pratiquée encore pour qu’on puisse en apprécier exactement les avantages et les inconvénients. Au tond, je crois cette espèce d’opération de paracentèse ou d’empyème peu dangereuse. Mais un moyen assuré pour