‹ Traité de nosographie médicale (volume 2)Chapitre 110 sur 125 · II. Des inflammations clés artères · texte numérisé non relu

II. Des inflammations clés artères

ARTICLE PREMIER

DE l’aRTÉRITE OU DE L’iNFLAMMATION DES ARTÈRES EN GÉNÉRAL.

Réflexions préliminaires.

Les parois artérielles peuvent être frappées d’inflammation dans toute leur épaisseur, ou bien seulement dans l’une de leurs membranes constituantes. Celle de ces membranes pour laquelle 1 inflammation affecte une sorte de

AtlTERITË.

Zl29

prédilection est la membrane interne. Le plus ordinairement l’inflammation de cette membrane s’étend au tissu cellulaire sous-jacent, et, quand elle est intense, elle envahit les autres membranes.

L’inflammation de la membrane interne, ou Yendoartérite (i), est beaucoup plus fréquente qu’on ne l’avait pensé jusqu’ici. Néanmoins son histoire laisse encore beaucoup à désirer. Nous ne possédons des observations un peu précises de cette phlegmasie que pour les artères extérieures. Des observations complètes sur l’inflammation des artères intérieures manquent à la science (a). Pour ma part, je n’ai encore recueilli qu'une observation de ce genre, et elle a trait à l inflammation de l’aorte ascendante ou sousternale. (Je l’ai rapportée dans ma Clinique médicale.)

Mais les cas dans lesquels, à l’ouverture des cadavres, les diverses artères, et spécialement l’aorte, les artères carotides, cérébrales, les sous-clavières , les axillaires, les iliaques primitives , les iliaques internes et externes , les crurales, etc., rn’ont offert des altérations d’origine ou de provenance évidemment plilegmasique , sont , je puis le dire sans exagération, vraiment innombrables. J’ajouterai que, depuis quelques années, j’ai, du vivant des malades, annoncé ces altérations avec une précision

(1) Nous nous servons de ce mot par analogie avec celui d’endocardite que nous avons donné à l'inflammation de la membrane interne du cœur. D’après notre système de nomenclature des phlegmasies du cœur appliqué à celles des artères, on aurait encore les noms périartérite et artérite pour désigner les inflammations de la membrane externe et de la membrane propre ou moyenne des artères. Toutefois, dans le cours de cet article, nous nous servirons du mot artérite comme indiquant l’inflammation de la membrane interne des artères, compliquée ou non de celle des autres membranes.

(2) J’entends ici par observations complètes , celles dans lesquelles l’artérite ayant été diagnostiquée à son début, on a recueilli tous les phénomènes qui se rattachent à cette maladie jusqu a sa terminaison , soit par la guérison , soit par la formation de diverses lésions organiques, etc.

43 0 PHLEGMAS1ES ET IRRITATIONS EN PARTICULIER, qui a causé quelque surprise aux personnes qui n’ont pas, comme moi , profondément étudié depuis longues années la matière dont il s’agit. Elles coïncident le plus ordinairement avec des lésions du même genre dans le cœur (le cœur gauche spécialement), et se sont développées en même temps quelles , sous l’influence des mêmes causes, au premier rang desquelles viennent se placer les influences dites rhumatismales.

§ Xe1'. Caractères anatomiques.

Après la description que j’ai donnée des caractères anatomiques de l’angio-cardite, il me reste bien peu de choses à dire de ceux de l’artérite. La rougeur de la membrane interne, l’épaississement, l’injection, le ramollissement ou la diminution de cohésion des parois artérielles, un secretum pseudo-membraneux, ou bien un véritable pus dans la cavité de l’artère, la présence d’un coaguluin sanguin dans cette même cavité, et par suite l’oblitération plus ou moins complète des artères; telles senties lésions anatomiques les plus ordinaires que laisse après elle l’art.érite aiguë. Quelquefois aussi on rencontre des ulcérations superficielles ou de légères érosions à l’intérieur des artères. Du pus existe parfois au-dessous dé la membrane interne. J’en ai recueilli un remarquable exemple que j’ai rapporté à l’article Arténte du Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques. M. Andral a observé un cas du même genre.

Le ramollissement des parois artérielles à la suite de leur inflammation a d’abord été signalé par Dtipuytren. C’est par l’effet de ce ramollissement que s’explique la facilité avec laquelle se rompent les artères enflammées soumises à l’action d’une ligature.

Les lésions que nous venons de signaler appartiennent, ainsi que nous l’avons dit, à l’artérite aiguë. Lorsque cette phlegmasie ne se prolonge pas , la plupart de ces lésions peuvent disparaître complètement. Toutefois il arrive sou-

h il

A|lTli|UTE.

vent aussi, quand les artères enflammées sont d’un petit calibre, qu’il s’établit un travail d'adhésion en vertu duquel la cavité du vaisseau disparaît, et celui-ci se trouve transformé en un cordon résistant, fibreux ou ligamenteux. Des cicatrices se forment dans les points érodés ou superficiellement ulcérés.

Si Fart épi te s’est prolongée pendant plusieurs semaines , quelle soit passée, comme on dit, à l’état chronique, les parois artérielles s’épaississent, s’bypertrophient, se développent, les ulcérations s’agrandissent, gagnent en profondeur, et peuvent se transformer en véritables perforations ; enfin, à la longue, les artères subissent une dégénérescence calcaire ou crétacée qui les rend friables , comme cassantes, et parfois semblables à des branches de corail. Dans quelques cas, la dégénérescence terreuse ou crétacée n’affecte que la membrane interne. Les points, les stries, les plaques, les taches blanchâtres ou jaunâtres que l’on trouve si souvent à la surface interne des artères, sont les commencements, les rudiments de cette sorte d'ossification accidentelle ( inchoan\enta ossjicationis , comme dit Morgagni ), de même que les taches laiteuses du péricarde, de la plèvre, etc., sont ceux des plaques cartilagineuses ou ossiformes qu’on y rencontre à la suite de péricardite et de pleurésie prolongées. Quoi qu’il qn soit, la matière furfurecée, semi-sablonneuse ou pulvérulente cjui se trouve déposée à la surface interne des artères sous forme de points, de plaques, d’îles ou de traînées, s’enlève en partie ou en totalité par le raclement avec l’ongle ou le scalpel. Les lames ou plaques tout-à-fait fibreuses, fibro-cartilagineuses, calcaires, sont, au contraire, tellement adhérentes à la membrane interne qu’il est impossible de les en séparer; elles fopt en quelque sorte corps avec elle, Dans quelques cas, les productions, les cristallisations calcaires, proéminent à l’intérieur des artères, et y forment des espèces de stalactites. Les produits que nous décrivons ren-

k‘6'2 PHLEGMASIES ET IRRITATIONS EN PARTICULIER, dent la surface interne des artères inégale, rugueuse, chagrinée, raboteuse. Ajoutons qu’au lieu de se développer à la face interne de la membrane interne des artères, ces produits se développent souvent au-dessous de cette membrane, entre elle et la membrane moyenne ou fibreuse.

Ce n’est que graduellement et à la longue que l’état crétacé ou ossiforme envahit toute l’épaisseur de l’artère dans une étendue plus ou moins considérable. L’artère, comme je l’ai dit, ressemble alors à une branche de corail ou bien encore à une sorte de tuyau de pipe.

Les artères hypertrophiées, indurées, ossifiées, présentent, suivant les cas, des dilatations ou des rétrécissements, et même quelquefois des oblitérations complètes.

Lorsqu’il existe des ulcérations des membranes interne et moyenne, le sang s’infiltre autour, et soulève peu à peu la membrane externe ou celluleuse, se coagule, forme une tumeur plus ou moins volumineuse, et de là une de ces nombreuses espèces d’anévrismes décrites par les chirurgiens. Nous ne faisons que noter en passant ces suites de l’artérite chronique sur lesquelles nous reviendrons plus tard.

Nous renvoyons le lecteur à nos généralités sur l’inflammation pour ce qui concerne le mécanisme même de l’évolution, des transformations diverses des matières organisables auxquelles l’artérite a donné naissance. Nous répéterons seulement ici ce que nous avons dit ailleurs (i), savoir, qu’il faut bien se garder de confondre l’opération complexe par laquelle s’organisent et croissent les produits sécrétés par le fait de l’artérite avec cette inflammation elle-même. J 1 y a plus : c’est que cette opération, dont la fin est parfois réparatrice, devient impossible tant que dure l’artérite à un certain degré. C’est ainsi que, dans les phlegmasies extérieures, la cicatrisation ne peut

(i) Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques , art. ArtÉhitk; t. III , p. 401 et suiv.

ÀhTÊRlTE. 633

s Accomplir tant que le travail inflammatoire persiste à ce degré qui constitue les espèces d’inflammation désignées par Hunter sous les noms d'inflammation suppurative et d’ inflammation ulcérative.

§ II. Symptômes , signes et diagnostic.

Lorsque l’artérite a été assez intense pour déterminer la coagulation du sang dans les artères avec ou sans formation de pseudo -membranes , et que les artères enflammées sont situées à la portée de nos moyens directs d exploration, on reconnaît la maladie aux symptômes suivants :

i ° L’artère, examinée par le toucher, donne la sensation d’un cordon plein, solide, dur; elle n'offre plus de pulsations; les malades éprouvent d’abord un sentiment d’engourdissement et de froid dans la partie dont l’artère est ainsi devenue imperméable au sang, et plus tard une véritable paralysie de cette même partie; le refroidissement est sensible à la main du médecin, et par le thermomètre on peut en déterminer le degré précis.

Au bout d’un certain temps, la partie ainsi refroidie et paralysée par 1 interruption du cours du sang artériel qu elle reçoit normalement, se trouve frappée de mort, se gangrène , et devient le siège d’une décomposition putride. Cet accident redoutable de l’artérite intense ne tient point à l’inflammation elle-même, mais bien à l’oblitération de 1 artère par la présence de concrétions sanguines, soit seules, soit mêlées de concrétions pseudo-membraneuses. Cela est si vrai que le même accident peut survenir à la suite de la ligature de la principale artère d’un membre, ou bien’encore par l’effet de ces altérations crétacées qui , dans certains cas, rendent impossible le cours du sang dans les artères , et y deviennent une cause de la coagulation de ce liquide.

Comme cette dégénérescence crétacée, désignée par dii. 28

h 'à h PHLEGMASIES E T 1 lllt 1 TATIONS EN PARTICULIER.

vers auteurs sous le nom d' ossification des artères, sa rencontre surtout chez les vieillards, on ne sera pas étonné que l’espèce de gangrène à laquelle elle peut donner lieu ait été appelée sénile. Néanmoins, cette dégénérescence se rencontre aussi quelquefois chez des individus encore jeunes , ou qui du moins n’ont pas encore dépassé l’âge adulte; l’expression de sénile n’est donc pas toujours juste, et d’ailleurs elle a l’inconvénient de ne pas présenter à l’esprit l’idée même de là cause matérielle de la gangrène.

La plupart des auteurs ont donné comme signe de l’artérite et de la gangrène consécutive une violente douleur dans le trajet de l’artère. Mais cette douleur n’est point constante, et tient à la complication de l’artérite avec une irritation des nerfs du sentiment qui accompagnent certaines artères, celles des membres en particulier : aussi est-ce dans les cas d’inflammation des artères de ces membres que la douleur dont il s’agit a été signalée. Elle manque constamment dans les inflammations des artères intérieures qui ne sont pas en rapport avec des nerfs du sentiment, et elle manque même dans les inflammations des artères des membres , dégagées de la complication indiquée tout-à-l’heure. Au reste , quand cette douleur se fait sentir, c’est que la circulation artérielle n’est pas encore entièrement interceptée. Aussitôt qu’il en est ainsi, les parties sont, comme il a été dit, privées de sentiment en même temps que de mouvement : la douleur ne saurait exister, en effet, dans une partie privée de la vie oufrap -» pée de gangrène.

Quand le système artériel tout entier, ou du moins dans une grande partie de son étendue, est affecté de phlogose modérée, c’est-à-dire à ce degré qui n’entraîne point la coagulation du sang, ni toute autre altération propre à interrompre plus ou moins complètement le cours de ce liquide dans les artères malades, dans ce cas, dis-je, on observe cette augmentation de la force, du volume et du

Aimai itk.

nombre des pulsations artérielles qui constitue l’un des symptômes caractéristiques de l’état fébrile. Je me suis suffisamment expliqué sur ce point à l'article Jngio-cardite pour n’avoir pas besoin do m’y appesantir ici. On le voit, toutes les fois que nous abordons les questions de phlogose généralisée de l’appareil sanguin, nous ne pouvons le faire sans montrer que l’état général désigné sous le nom de fièvre n’en est pour ainsi dire que l’expression symptomatique. Le diagnostic de l’artérite généralisée, à un degré modéré , se confond en quelque sorte avec celui de la fièvre elle-même. Qu’est-ce autre chose , du moins , que cette artérite , sinon une fièvre artérielle ?

Il faut bien se garder de confondre l’augmentation de la force et de la fréquence des battements artériels produite par une véritable artérite avec cette même augmentation qu’on observe si souvent chez les sujets chlorotiques, anémiques, nerveux.

Quant à l’artérite partielle, elle ne peut, le plus souvent, être diagnostiquée qu’autant qu’il s’agit de celle des artères extérieures. Pour être diagnostiquée avec certitude, cette artérite elle-même doit être assez intense pour avoir produit la coagulation du sang contenu dans l’artère malade. Dans ce cas, les symptômes énoncés précédemment ne permettent pas de méconnaître l’existence de la maladie. Il faudrait être bien peu attentif et bien peu exercé, pour confondre cette maladie avec les autres affections qui peuvent entraver, suspendre le cours du sang dans la cavité artérielle.

Les différentes altérations organiques consécutives à l’artérite chronique, telles que l’hypertrophie, les dégénérescences crétacées, les dilatations, les rétrécissements, etc., constituent de nouvelles maladies dont nous aurons à nous occuper ailleurs, Toutefois, nous dirons dès à présent que, dans les cas où ces altérations affectent des artères que leur position ne dérobe pas à nos méthodes d’explo-

436 PHLEGMASIES ET IllIUT /THONS EN PARTICULIER.

ration, on parvient à les diagnostiquer avec une précision suffisante : le toucher et l’auscultation font les principaux frais de ce diagnostic.

Dans un assez bon nombre de cas, on peut, par voie d induction , annoncer l’existence d un état crétacé de certaines artères dont 1 exploration directe est impossible. C’est ce qui m’est assez souvent arrivé pour les artères cérébrales, par exemple.

§ III. Causes.

Ce sont les mêmes que celles dont nous avons parlé aux articles Angio-ccirdite et Endocardite. Les altérations que l’on rencontre si fréquemment dans les grandes artères en même temps que dans le cœur, chez les sujets qui ont été atteints d’un violent rhumatisme articulaire prolongé, nous autorisent suffisamment à poser en principe que lartérite rhumatismale accompagne souvent l’endocardite et la péricardite également rhumatismales. L inflammation des parties ou des organes dans le voisinage desquels se trouvent des troncs artériels, se propage à ceux-ci dans un bon nombre de cas, et l’on ne saurait assez appeler l'attention des observateurs sur ce point, jusque là beaucoup trop négligé.

§ IV. Traitement.

Le traitement de l’artérite n’offre rien de particulier. Quand on aura diagnostiqué cette phlegmasie, on l’attaquera par la méthode antiphlogistique formulée conformément aux principes que nous avons précédemment posés.

La gangrène, qui peut survenir à la suite de cette phlegmasie, réclame des moyens spéciaux dont ce n’est pas le lieu de parler ici.

Les altérations chroniques-organifjues, également consécutives à l’artérite prolongée, sont la base d’indications particulières qui seront examinées en temps et lieu.

ARTÉIWTES.

ARTICLE II

DES ARTF.niTF.S OU DES INFLAMMATIONS DES DIVERSES ARTÈRES EN PARTICULIER.

Je laisse aux chirurgiens la tâche d’étudier l’inflammation des diverses artères extérieures. Quant à celle des nombreuses artères intérieures, elle réclame de nouvelles recherches. Nous nous contenterons de présenter quelques rapides considérations sur l’inflammation des deux grandes artères dont l’une (aorte), née du ventricule gauche du cœur, fournit tous les troncs qui vont apporter aux organes le sang rouge nécessaire à l’exercice de leurs fonctions , et dont l’autre (artère pulmonaire), née du ventricule droit, conduit dans les poumons le sang noir qui doit être revivifiépar son contact avec l’air au sein de ces organes.

§ II. De l’aortite ou de l'inflammation de l’aorte.

A. C’est l’une des artérites les plus communes; en effet, on rencontre très fréquemment sur les cadavres des lésions chroniques-organiques de l’aorte tout -à-fait semblables à celles qui, dans les autres organes de structure analogue, annoncent qu’ils ont été autrefois le siège d’un travail inflammatoire prolongé.

B. Sous le rapport de ses caractères anatomiques , l’aortite ne nous présente rien que nous n’ayons exposé à 1 article Arlérite en général, soit aiguë, soit chronique. Les rougeurs, l’épaississement, les pseudo-membranes et le pus, la formation de concrétions sanguines, le ramollissement, 1 ulcération et toutes ses suites, plus tard 1 hypertrophie avec dilatation ou avec rétrécissement du calibre du vaisseau , l’induration , les dégénérescences terreuses ou crétacées, etc., sont autant d’altérations que l’aortite entraîne à sa suite.

C. Jusqu’ici les auteurs ne nous ont rien appris sur les signes positifs de l'aortite aiguë, ët je ne sache pas qu’aucun d’eux l’ait jamais diagnostiquée: Ce n’est que dans ces derniers temps que, pour ma part, j’ai recueilli quelques nouvelles données pour ce diagnostic. L’observation suivante que j’extrais, en l’abrégeant, du tome second de ma Clinique médicale ( Obs . ii, p. io), fera connaître ces nouvelles données de séméiologie.

i° Un jeune homme de vingt-cinq ans, malade depuis trois à quatre jours , fut admis dans notre service le 1 1 juin 1 836. iNous constatâmes chez lui les signés d’une double pleitro-pneumonie (au deuxième degré âù sommet du poumon droit, au premier degré à la base du poumon gauche). Ce malade était en outre affecté d’une blennorrhagie et d’une balanite avec petits chancres dü prépuce. Voici maintenant les signes fournis par l’exploration dit cœur ët de l’aorte sous-sternale.

Le jour de l’entrée, le chef de clinique avait noté ce qui suit : Bruits du cœur un peu secs et âpres, avec bruit de frottement à deux ponces et demi environ en dedans et au-dessus du sein gauche. (Ce bruit masque ceux du CœuiS)

Le lendemain, à ma visite, j’observai les signes Suivants : Battements du cœur faciles à sentir ft la main* impulsion foi’të; point de frémissement vibratoire; matité du cœur de trois pouces verticalement et transversalement* double bruit du cœur assez distinct dans toute la région précordiâle ; vers le boM gdUche du stemünij en haut et en dedans dü sein gaUche, bruit clé soufflet t rès fort, gin s’entend jusque sous là clavicule, isochrone au pouls, n’empêchant pas d’entendre le double bruit de claquement du cœur.

En conséquence de ces derniers phénomènes, je fis inscrire sur la feuille de diagnostic : Caillot dans l’aorte soussternale et aortite?

Le quatrième jour après l’entrée, on continuait ît entendre un bruit de soufflet et de frottement dans la région de

AllTKRCTtëS.

l’origine de l'aorte; ce bruit se rapprochait de Celui désigné sou s le nom de piaulement, et se renforçait en quelque sorte en remonta)it vers la partie supérieure dit sternum.

Le malade mourut le huitième jour après son entrée.

A l'ouverture de son corps, nous trouvâmes l’aorte dans l’état suivant :

La portion supérieure de celte artère (c’est-à-dire depuis les artères qui naissent de sa crosse jusqu’à üil pouce audessus de son insertion ali ventricule gauche ), là où elle est en contact avec le poumon droit hépatisé à son sommet, offre extérieurement une belle rougeur gui contraste avec lu blancheur de ses outres portions. La membrane interne de la crosse de l’aorte présente une teinte rosée uniforme, laquelle, sur les valvules aortiques, se change en une vive rougeur qui ne s’efface pas par le lavage, et Contraste dvec la blancheur de la membi'ûTïe interne dit ventricule gauche et des valvules de l’artère pulrmntdre. ( Il n’existe aucune trace d’imbibition cadavérique.)

Né dans l’aorte thoracique descendante, un caillot sanguin parcourt tout le trajet de l’üortè ascendante, s’épaississant et s’organisant déplus en plus h mesure qu’on s’appt'oche de la en me aortique, où il est élastique, glutineuX, d’un blanc parfait, du volume du petit doigt, assez semblable pour la forme et la couleur au Cordon cle la moelle épinière dépouillée de ses enveloppes ; il est adhérent aux parois de l’aorte, dont on ne le détache que par une assez forte traction; il s’élargit considérablement, et il s’épanouit en quelque sorte en pénétrant dans le ventricule gauche, qu’il remplit aux trois quarts, laissant seulement vers In légion externe de Ce ventricule un assez étroit passage au sang ; ce caillot se réfléchit autour de la valvule mitrale, s’insinue dans l’oreillette gauche, où il est en partie noir, en partie blanc, moins dense que dans le ventricule ; dans son passage à travers l’ôrifce auriculo- ventriculaire gauche, il s’entortille autour des tendons valvulaires, avec lesquels il a contracté d'assez étroites adhérences, ainsi qu’avec les lames de

440 PHLEGMASIES ET IRRITATIONS EN PARTICULIER. la valvule bicuspicle elle-même, laquelle est d’ailleurs bien conformée et sans altération de couleur ni d’ épaisseur .

Le ventricule droit contient aussi un énorme caillot, dense, blanc, fibrineux, qui s’entortille autour des colonnes charnues et des tendons de la valvule bicuspide, et pénètre dans l'oreillette droite, qu’il remplit presque complètement; la formation de ce caillot paraît plus récente que celle d.u caillot de l’aorte et des cavités gauches.

2° C’est, si je ne me trompe, la première fois qu’une phlegmasie aiguë de l’aorte sous-sternale a été diagnostiquée d’une manière presque certaine. L’existence d’un bruit de soufflet piaulant dans la région de l’aorte, chez un individu jeune, atteint d'une pleuro-pneumonie aiguë, qui n’avait pas encore été saigné, et chez lequel on ne pouvait soupçonner aucune maladie organique du cœur ou de l’aorte, antérieurement au début de la pneumonie , me fit d’abord annoncer la présence d’un caillot dans l’aorte sous-sternale. Je présumai ensuite que, dans le cas actuel, ce caillot se rattachait très vraisemblablement à une aortite coïncidant avec une violente pleuropneumonie qui, dans une partie de son étendue, avait pour siège une région du poumon en contact avec l’artère indiquée. Ce n’est, d’ailleurs, qu’après avoir bien pesé toutes les circonstances, que je hasardai ce diagnostic, si pleinement justifié par l’autopsie cadavérique. En effet, la rougeur interne et externe de l’aorte, l'injection qui accompagnait la rougeur externe , une concrétion fibrineuse évidemment formée longtemps avant la mort, n’en voilàt-il pas assez pour faire reconnaître les traces d'une phlogose, développée sans doute par voie de contiguïté?

Les diverses lésions organiques dont l’aortite chronique ou prolongée peut être la cause première peuvent, pour la plupart du moins, être reconnues aujourd’hui au moyen de signes physiques fournis par l’inspection, la palpation, l’auscultation et la percussion. Depuis quelques années, à

ARTÉR1TES. ht il

l’aide des signes que ces méthodes nous font recueillir, j’ai diagnostiqué une quinzaine de cas de dégénérescence crétacée de l’aorte avec hypertrophie et dilatation de ses parois. Parla vue, la palpation et la percussion, on apprécie exactement le degré de dilatation et de la force d’impulsion de l’artère; la palpation fait en même temps reconnaître, lorsque la surface interne du vaisseau est très rugueuse et comme raboteuse, un frémissement vibratoire des plus prononcés. Quant à l’auscultation, elle fait entendre dans la région de l’aorte un bruit de souffle, ordinairement double, large et parfois tellement fort que je l’ai comparé à un bruit d’étrille.

D. Pour les causes et le traitement de l’aortite aiguë (i), nous renvoyons à ce que nous avons dit plus haut des causes et du traitement.de l’artérite en général. Nous ajouterons uniquement : i° que l’aortite rhumatismale accompagne le plus souvent l’endocardite de même espèce; 2U que, comme l’endocardite, l’aortite se développe aussi par l’effet des violentes inflammations du poumon et de la plèvre, lesquelles se communiquent à l’aorte par voie de contiguïté , etc.

§ III. De l’inflammation de l'artère pulmonaire.

Veine par le sang qu’il contient, le gros vaisseau qui nous occupe est artère par rapport à ses fonctions.

Aussi avons-nous cru devoir étudier l’inflammation de ce vaisseau au chapitre de l’artérite plutôt qu’au chapitre de la phlébite, comme l’a fait M. le professeur Cruveilhier (a).

(i) Comme jusqu’ici cette phle{;masie n’avait pas été diagnostiquée, elle n’a été l'objet d’aucun traitement direct. En raison des difficultés que présente encore aujourd’hui son diagnostic, ce traitement direct sera liien rarement appliqué. Heureusement que cette phlegmasie coïncide presque constamment avec d’autres dont le diagnostic est généralement facile, et que le traitement qui convient à celles-ci convient également à celle-là, (u) Voyez Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, art. Phlébite, t. XII, p. 637 et suiv.

ft/|2 PHLBGMASIES ET IRRIl'ATIÔWS EN PARTICULIER,

M. Cruveilhier (i) dit avoir observé uh cas de celte phlegüiasie chez une femme atteinte d’abord de phlébite utérine et crurale à la suite de couches... Des concrétions dures remplissaient le tronc et les divisions de l’artère pulmonaire : celtes des divisions étaient rouges et peu adhérentes aux parois , tandis que celles du tronc principal étaient cohérentes et décolorées. Au centre du caillot principal était une collection de Pus piilegmoneux. On constata en même temps les traces dune pneumonie lobulaire.

Un œdème aigu du poumon fut , selon M. Cruveilhier, la suite de cette phlébite. Je ne doute nullement que , conformément à la loi que l’auteur de cet ouvrage a formulée ailleurs, l’œdème du poumon ne puisse être le résultat d’un obstacle à la circulation veineuse du poumon. Mais je ferai remarquer que l’artère pulmonaire ne rapportant pas le sang qui revient de ces organes, ce n’est pas à son oblitération qu’il convient de rapporter l’œdème.

J’ai rencontré un très grand nombre de concrétions récentes , fibrineuses , décolorées , dans l’artère pulmonaire, à la suite de gravés inflammations des poumons, de la plèvre , etc. Dans un travail spécial d’abord , puis dans mon Traité des maladies du cœur , j’ai longuement exposé les raisons propres à démontrer la part que prend l'inflammation à la production de certaines de ces concrétions. Je n’y reviendrai point ici.

Page 1