C. Phlébite des veiues hémorrhuïdales
C’est une des maladies variées auxquelles on a donné le nom d’hémorrhoïdes. En général , elle existe alors à un degré très faible et ne paraît pas, en général , s’élever jusqu’à celui qui est caractérisé par la production du pus. Mais cette forme peut être le résultat d’opérations prati-
(i) On me dispensera, j’espère, de discuter la contagion delà phlébite utérine ou des autres phlegmasies dont nous avons parlé. S’il y avait quelque chose de contagieux dans les maladies des nouvelles accouchées, ce ne serait pas dans ces phlegmasies elles-mêmes, mais dans d’autres conditions morbides qu’il faudrait le placer.
PHLÉBITES.
(juées pour diverses maladies de la région de l’anus (ligatures, cautérisations, extirpations, incisions, etc.). Elle peut s’étendre au loin et jusqu’aux veines du foie. M. Cruveilhier a vu un exemple de ce genre à la suite de tentatives immodérées de réduction dans un cas de chute ancienne du rectum.
l). phléliile des os ( o.stéophliblte \
Elle rentre parmi celles dont les chirurgiens s’occupent spécialement. Il est juste de mentionner ici les travaux de M. le professeur Cmveilhier sur cette très importante espèce de phlébite : « La phlébite suppurée des os, dit-il, est extrêmement commune à la suite de fractures comminutives par écrasement, par armes à feu , à la suite d’opérations pratiquées sur les os; les veines des os du crâne suppurent souvent dans les plaies de tète. Aucune phlébite n’est plus fréquemment accompagnée que celle des os d’abcès viscéraux du foie ou des autres organes. Mes expériences sur le mercure introduit dans la cavité médullaire ou dans le tissu spongieux des os prouvent avec quelle rapidité le liquide introduit dans les voies de la circulation est porté dans le système capillaire du poumon et du foie et v détermine des abcès. »
E. De l'inflammation des veines jugulaires internes et externes.
On ne possède encore aucune monographie sur cette espèce anatomique de phlébite.
J'ai rencontré un certain nombre d’exemples d’oblitération des veines jugulaires par des conci étions, et il est plus que probable que dans quelques uns de ces cas l’inflammation avait été 1 origine de cette alteiation.
Je crois que dans les violentes inflammations des amygdales , du tissu cellulaire du cou, etc., les vejnes jugulaires s’enflamment quelquefois à un degré plus ou moins considérable, de manière que le sang se coagule dans leur intérieur. Dans un cas de ce genre, les concrétions s’étendirent
46 2 PIILEGMASIES ET IRRlI'À'llONS EN PARTICULIER.
de proche en proche jusque dans les cavités droites du Gœur, et elles furent diagnostiquées à l’arrivée du malade à rhôpital. Entré trop tard pour pouvoir être traité convenablement, il succomba rapidement, et l’autopsie cadavérique Confirma le diagnostic. Des congestions veineuses, des épanchements séreux dans le cerveau et ses membranes, etc., sont l’effet nécessaire de l’interruption du cours du sang dans les veines jugulaires.
K. De l'inflammation des sinus de la dure-mère et des veines encéphalo-rachidiennes en générai ( encéphalophlébite).
L’histoire de cette espèce anatomique de phlébite est à peine ébauchée. Dans un mémoire publié en 1 828, M. Ribes a rapporté un cas qui paraît être un exemple de cette phlegmasie. Le mémoire de M. Tonnellé sur les maladies des sinus veineux de la dure-mère, publié en 1829 (1) contient quelques observations qui doivent être rapportées à la phlébite de ces sinusetdes veines cérébrales. De ce nombre sont particulièrement i° les observations 6e et 7e, ayant pour titre : Concrétions sanguines avecprésence de pus; i° les observations 8L, 9 , 10e, intitulées '.Concrétions pseudo-membraneuses et suppuration ; 3° enfin les observations 12", i3% i4cet 1 5e, portant pour titre : Concrétions pseudo-membraneuses sans collections purulentes.
Dans 1 observation 6 , il existait une concrétion purulente et du pus à 1 intérieur thi sinus longitudinal supérieur, et la cavitépleurale était le siège d’un épanchement purulent. — Dans la 7e observation , mêmes lésions du sinus longitudinal supéiieur ; de plus, tubercules pulmonaires, mésentériques et intestinaux. — Dans la 8e observation, concrétions pseudo-membraneuses et suppuration du sinus longitudinal supérieur et des veines de la pie-mère; ecchymose dans le tissu de cette membrane et ramollissement superficiel du cerveau. Dans 1 observation 9e, concrétions pSeudo- (l) Journal hebdomadaire de médecine , t. V, p. 33- et suiv.
t'ilLEMTBS.
ÙG3
membraneuses el suppuration du sinus lutéraL choit; méningite avec ramollissement superficiel du cervelet, ulcère du cuir chevelu. — Dans 1 observation io'', fausses membranes et collection purulente dans le sinus longitudinal supérieur; hémorrhagie cérébrale, cachexie. — Dans la 1 2 e observation , concrétions pseudo-membraneuses dans le sinus longitudinal supérieur et latéral droit. — Dans l’observation 1 3e, concrétion pseudo-membraneuse dans le sinus longitudinal supérieur; suffusion sanguine à la surface du cerveau; infiltration du tissu sous -arachnoïdien; inflammation et ulcération des plaques de Peyer; stomatite eouenneuse et gangréneuse. — Dans l’observation 1 4 % fausses membranes dans le sinus longitudinal supérieur; hémorrhagie dans la cavité de l'arachnoïde; stomatite eouenneuse. — Dan3 la 1 5e et dernière observation, concrétions pseudo-membraneuses dans le sinus longitudinal supérieur; hémorrhagie dans la cavité de l’arachnoïde; fausses membranes à la surface du gros intestin.
Les observations de M. Tonnellé ont été toutes recueillies chez des enfants (service de M. Jadelot). Chez quelques uns des jeunes malades, une ulcération du cuir chevelu ou bien une éruption teigneuse semblent avoir été le point de départ de l’inflammation des sinus. Sous ce rapport, cette espèce de phlébite ne fait point exception aux principes que nous avons posék en traitant, de l’étiologie de la phlébite en général , et il en sera de même sans doute des autres causes déterminantes et prédisposantes de l’inflammation des sinus, quand elles auront été constatées par des observations précises.
M. Tonnellé ne nous apprend malheureusement rien sur les signes particuliers de la phlébite qui nous occupe; il en est de même du traitement : « Y a-t-il, se demande cet observateur , quelques signes particuliers qui puissent faire sûrement reconnaître les maladies des sinus que nous venons d’étudier? L’appréciation exacte des symptômes
hGU PHLEGMAStES ET IRlUTATlONS EN PARTI C U El EU. observés chez nos malades nous conduit à la négative( i),.. S il est si difficile de reconnaître cette altération pendant la vie, comment pourrions -nous y porter remède? »
G. De l'inflammation des veines du cœur ( cardiphlébile ).
L'inflammation des veines cardiaques n’a pas encore été l’objet de recherches spéciales. Il est probable qu’elle se rencontre dans quelques cas de violente inflammation des tissus séro-fibreux du cœur, ou de phlébite diffuse. C’est un intéressant sujet d’études.
H. üe l'inflammation des veines pulmonaires (pneumoplilébite).
Les auteurs ne nous fournissent rien sur l’inflammation des veines pulmonaires. M. le professeur Cruveilhier ne l’a pas même mentionnée dans son article Phlébite déjà cité.
Je suis porté à croire que ces grandes et importantes veines s’enflamment dans les mêmes circonstances que l’artère pulmonaire, comme dans les violentes inflammations de la plèvre et des poumons, du péricarde, de l’endocarde, et par la diffusion des autres phlébites , tant extérieures qu’intérieures. Cette phlébite coïncide avec ces abcès multiples et superficiels qui fourmillent en quelque sorte dans les poumons, à la suite de la phlébite diffuse ou généralisée. Ces collections purulentes elles-mêmes ne sont-elles pas le résultat d’une phlébite capillaire et du tissu cellulaire qui les enveloppe de toutes parts?
(i) Les concrétions fibrineuses, pseudo-membraneuses, avec oblitération plus ou moins complète des sinus de la dure-mère , donnent lieu à des épanchements de sérosité dans la cavité de l’arachnoïde et dans les sinus, conformément à la loi que j’ai établie, dès 1822 et^ 1823, dans mon Mémoire sur l'oblitération des veines , etc. ( Archives de médecine , t. Il, p. 188 ; t. V, p. g4-) « On peut rapprocher, dit M. Tonnelle, l’épanchement de sérosité qui a eu lieu dans nos observations de ces hydropisies partielles qui sont dues aux concrétions sanguines foi niées dans les veines, et sur lesquelles M. Bouillaud a publié de beaux travaux. » Nous sommes heureux de voir un observateur aussi distingué queM. Tonnelle partager notre opinion.
PHLÉBITES.
1. De l'inflammation des veines du système de la veine porte et des veines sur-hépatiques ( lUpatoplilébite , gaslrophlébile , splénopliUbite , entérophlébile.
Bien plus commune qu’on ne l’a pensé généralement, la phlébite du système de la veine porte et des veines surhépatiques mérite toute l’attention des médecins et des chirurgiens. Un sait aujourd’hui que les ahcès du foie, à la suite des plaies en général et des plaies de tête en particulier, abcès qui avaient tant exercé l’esprit des chirurgiens, sont, comme ceux des poumons, delà rate, elc., les résultats d’une phlébite locale généralisée. Je passe rapidement sur ce point de la question, attendu qu’il se trouve explicitement traité dans les ouvrages de chirurgie. Mais la phlébite médicale du système de la veine porte n’est pas aussi connue que la phlébite traumatique ou chirurgicale de ce même système. J’en ai dit quelque chose dès i 8 p. 6 , dans mon premier Traité sur les fièvres essentielles , et j’ai tâché de prouver que, dans la fièvre entéro-méseutérique (fièvre ou affection typhoïde de quelques auteurs), cette phlébite se rencontrait assez souvent (i), et méritait d’être prise en sérieuse considération pour l’explication complète des phénomènes et des accidents observés dans le cours de cette maladie. Depuis cette époque, je n’ai cessé de m occuper cliniquement de ce sujet, et je crois que dans les violentes inflammations de l’estomac, des intestins, de la rate et du foie, il y a souvent coïncidence de phlébite des veines appartenant à ces organes , comme il y a coïncidence fréquente de phlébite des veines des membres avec les violents phlegmons et érysipèles de ceux-ci, de phlébite des sinus utérins avec l’inflammation puerpérale de la membrane interne et du tissu même de l’utérus, etc., etc.
M. Robert a communiqué à la Société anatomique un
(t) Ce fut à l’occasion île cette assertion, fondée sur des faits recueillis par moi, que M. Ribes rappela qu’avant la publication de mon ouvrage , il avait lui-même émis une opinion analogue.
cas de phlébite hépatique qui, selon lui, fut déterminé par le passage de la hile d’un conduit biliaire dans la veine qui raccompagnait. Quoi qu’il en soit de cette étiologie, c*e qu’il esthon d’ajouter, c’est que le sujet de cette observation mourut au milieu des symptômes de la fièvre dite typhoïde.
Un certain nombre de ramollissements de la rate ne coïncident-ils pas réellement avec une phlébite splénique? M. Cruveilhier, qui dit n’avoir observé dans la rate que lu phlébite capillaire traumatique, en a fait figurer les degrés depuis l’induration rouge ou le foyer apoplectiforme jusqu’à la formation du pus.
Dans mes travaux sur l’oblitération des veines, j’ai montré qu’une hydropisie partielle spéciale, l’ascite, était l’effet de cette oblitération affectant le tronc de la veine porte, comme l’infiltration partielle des membres supérieurs et inférieurs était produite par l’oblitération des gros troncs veineux de ees membres.
L’inflammation des veines sur-hépatiques n’a pas encore été l’objet de recherches particulières. Son histoire est donc au nombre des desiderata de la médecine.
J. De l'inflammation des veines des reins (néphrophlêbUe).
Divers observateurs, et entre autres Dance, Dugès, MM. Rayer, Velpeau, Robert Lée, etc., ont recueilli des cas de néphrophlébite (i ). M. Cruveilhier a rencontré aussi un exemple de néphrophlébite chez une femme récemment accouchée. Un foyer purulent existait au milieu de caillots sanguins.
Malheureusement aucun de ces auteurs ne nous adonné une monographie spéciale de cette espèce de phlébite. Nous renvoyons donc à ce que nous avons dit de la phlébite en général.
Nous ajouterons seulement que la phlébite des veines rénales existe rarement seule. Presque toujours elle coïn-
( i ) M. Rayer en a Fait figurer plusieurs. ( Traité des maladies des reins. l’aris, 1837, atlas, pl. V], in-PoI., col.)
l'HLlililTES.
eide avec d autres phlébites , dont elle n’est souvent cju une extension. Ainsi, dans les cas observés par Dugès, MM. Velpeau et Robert Léo , l'inflammation avait débuté par les veines de l’utérus et des ovaires, et s’était propagée aux veinesémulgentes, dans lesquelles existaient des grumeaux puriformes jaunâtres. Dans un cas rapporté par M. Rayer, il existait une inflammation simultanée de la veine ovarique, de la veine rénale et de la veine cave inférieure. Dans le cas rapporté par Dance, la phlébite de la veine rénale coïncidait avec une néphrite suppurative. (Eja cavité de la veine rénale gauche était recouverte d’une couche de pus, commençant à s’organiser en fausse membrane; ses parois étaient épaissies; sa membrane interne offrait une couleur rougeâtre.)
Parmi les altérations chroniques -org (iniques assez communes des veines rénales et du sang qu’elles contiennent il en est qui ont certainement pour origine un état phlegmasique. .l’ai, le premier parmi les auteurs modernes, signalé dans ces veines la présence de concrétions sanguines altérées offrant une grande ressemblance avec la matière dite encéphaloïde. (Dans le cas que je rapportai, recueilb à l’hôpital Cochin, en 1822, ces concrétions coïncidaient précisément avec une dégénérescence encéphaloïde du rein , et la ressemblance dont il s’agit était frappante.) Or, sans vouloir, tant s en faut, exagérer le rôle que joue l’inflammation dans lu production de ces altérations , toujours est-il qu’on aurait grand tort de vouloir lui refuser toute participation à ce travail pathologique.
K. Phlébite vésicale ( vésicopliUbite ).
M. Cruveilhier a fait représenter un cas (1) dans lequel toutes les veines vésicales étaient remplies de pus. Mas Cètte espèce de phlébite, comme celledesautresorganesgér.ito- urinaires, est du domaine particulier des chirurgiens.
, (1) Anat. pathologique du corps humain. 3o' livraison , in-fol., tijj. col
/l 0 8 rilLEGMASlES ET IRRITATIONS EN PARTICULIER.
L. Plilcbite des veines caves , et des grande et petite veines azygos.
i° La phlébite de la veine cave inférieure paraît être plus fréquente que celle de la veine cave supérieùre. Il est assez rare de rencontrer la phlébite de la veine cave, tant inférieure que supérieure, isolée de celle des veines des membres supérieurs, de la tête et du cou pour la phlébite de la veine cave supérieure; de celle des membres inférieurs, du bassin, des organes génitaux, des reins pour la phlébite de la veine cave inférieure.
Les altérations anatomiques auxquelles elle donne lieu, les effets physiologiques , les accidents divers dont elle est accompagnée rentrent dans ce que nous avons dit en nous occupant de la phlébite en général. L’oblitération de la veine cave inférieure par les concrétions inflammatoires, comme par toute autre, amène l’hydropisie des membres inférieurs; celle de la veine cave supérieure, l’hydropisie des membres supérieurs, des méninges, du cerveau, etc.
2° Nous manquons complètement d’observations sur l’inflammation des veines grande et petite azygos.