‹ Traité de nosographie médicale (volume 2)Chapitre 31 sur 125 · NOMENCLATURE DES MALADIES · texte numérisé non relu

NOMENCLATURE DES MALADIES

A. Il y a seize ans passés que, dans le Journal hebdomadaire de médecine (N° du i 6 janvier i 83o), l’auteur de cette Nosographie publia quelques réflexions sur le sujet de la présente section (i). Il croit devoir les reproduire à peu nrès textuellement ici.

« I. Ee sujet que nous nous proposons ici d’effleurer plutôt que d’approfondir est beaucoup plus important que ne le pensent certaines personnes.

» Tel est , en effet, le rapport qui existe entre la langue d’une science et cette science elle-même , que Condillac est allé jusqu’à dire qu’une science se réduisait à une langue bien faite. Il y a dans celle pensée l’exagération d’une grande vérité. Une autre vérité , c’est qu’une langue bien faite suppose une science tics avancée, cette langue n’étant réellement que l’image de la science

(ij Ces reflexions fur nt ensuite insérées dans ma Dissertation sur tes généralités de la clinique médicale , et sur le plan et la méthode h suivre dans cette science ; présentée au concours ouvert , le 20 juin 1 83 1 , pour une chaire de clinique médicale , vacante à la Faculté de médecine de Paris.

PROLÉGOMÈNES

elle-même. Au lieu donc de soutenir uniquement, avec le célèbre auteur de la Langue du calcul , que la perfection des langues est le meilleur moyen de concourir à la perfection des sciences, il ne faut pas oublier de dire en même temps que les progrès des sciences sont la condition sine quâ non du perfectionnement de leurs langues. Examinez les diverses branches des connaissances humaines , et vous verrez que leur langue est d’autant plus claire, précise, rigoureuse, que ces connaissances !e sont elles-mêmes davantage , soit par suite de leurs progrès, soit en raison de la nature même du sujet auquel elles s’appliquent. Comparez sous ce point de vue les sciences mathématiques et les sciences métaphysiques , et vous ne tarderez pas à vous convaincre de la vérité de ce qui vient d’être énoncé.

» On a dit, non sans raison, que les disputes scientifiques ne sont souvent que des disputes de mots. Ce qu’il y a de certain, c’est que pour faire cesser une foule de ces disputes, il suffit de répandre plus de clarté sur les choses dont on parle. Plus les objets dont on s’occupe sont clairs, plus les termes qui les représentent sont nettement définis, et plus les disputes scientifiques sont rares, ainsi qu’on le voit dans le monde mathématique.

» II. Mais occupons-nous spécialement de la langue médicale. Comme toutes les autres, cette langue doit reposer sur des principes sanctionnés , non par l’arbitraire , mais par ce suprême législateur que nous appelons la raison. Après les sciences métaphysiques proprement dites, la médecine est peut-être celle dont le langage doit coûter le plus de temps et de travail à l’esprit humain pour arriver à sa perfection. C’est qu’en effet, après ces sciences, il n’en est guère de plus difficile que la médecine.

» Si les formes morbides dont l’organisation est susceptible étaient moins variées et présentaient toujours à l’observateur des caractères bien tranchés; si elles existaient

M OXlEiN CL AT U HK .

toujours ii l'état simple; si les organes et leurs éléments constitutifs étaient moins nombreux, il serait assez facile de construire l’édifice de la nomenclature médicale ; mais malheureusement il n’en est pas ainsi.

» 111. On conçoit que les noms des maladies peuvent être puisés dans des sources différentes. Les symptômes et les altérations anatomiques ont tour à tour servi de base à la nomenclature de certaines maladies. Toutefois, c’est la nature même des maladies qui, d’après les règles d une saine logique, doit être le fondement de toute bonne nomenclature de ces maladies. Mais comme la nature des maladies ne se traduit à nous que par les symptômes et les alérations anatomiques, ces symptômes et ces altérations anatomiques fournissent des données plus ou moins directes à la nomenclature des maladies.

» IV. Au reste, chaque époque n’a pas pu consulter indifféremment ou la symptomatologie ou l’anatomie pathologique pour la construction des noms des maladies. L’étude de l’anatomie pathologique ayant été interdite aux médecins des premiers âges de la médecine, ils furent obligés de créer des noms symptomatologiques à toutes les maladies internes. Au contraire, depuis que l’anatomie pathologique est cultivée avec une sorte de prédilection , il y a de la part de certains médecins une tendance toujours croissante à donner aux maladies des dénominations anatomiques (i).

(i) Piirmi les mots anatomiques dont on s’est le plus servi, j’ai pres- (pie dit dont on a le plus abusé, sous le rapport qui nous occupe, fi-^ gure au premier rang celui de ramollissement.

Déjà, pn 1 8-2 5 , dans la préface de mon Traité de l’encéphalite , à l’occasion de la substitution du mot ramollissement du cerveau à celui d’t’uflammation du cerveau , j’avais signalé le vice de ce nouveau système de nomenclature, et j’écrivais que ce n’est , en effet , ni dans les symptômes , ni dans les altérations anatomiques , mais bien dans la nature intime , dans la physiologie des maladies qu'il faut chercher les bases d’une classification et d'une nomenclature rationnelles.

La contradiction qui existe entre la première partie de ce passage et ce

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