DÉFINITION ET IDÉE GÉNÉRALE DE LA MÉDECINE ET DE LA MALADIE
Le mot médecine n’est pas toujours employé dans le même sens. Tantôt, en effet, on s’en sert pour désigner l’ensemble des connaissances que comprend la science de l’homme sain et malade (i); tantôt, au contraire , employé dans une acception plus restreinte , il signifie la connaissance des maladies et de leur traitement.
En tant que synonyme des mots pathologie, nosographie,
(]) Considérée sous ce point de vue, la médecine est une science vraiment immense, composée d’un grand nombre d’éléments soit médiats, soit immédiats. Les éléments immédiats de cette vaste science sont : i° l’anatomie et la physiologie normales, et l’anatomie et la physiologie pathologiques ou anormales; 3° l’hygiène, ou la connaissance des innombrables modificateurs, soit physiques, soit moraux, sous l’influence bien ordonnée desquels l’homme conserve la santé, et sous l’influence désordonnée desquels se manifestent, au contraire , les maladies ; 3° la thérapeutique et la matière médicale, ou la connaissance des divers moyens par lesquels on peut prévenir ou combattre les maladies.
IDÉE GÉNÉUALE DK LA MÉDECINE ET DE LA MALADIE, celui de médecine signifie donc science des maladies, c’està-dire des lésions survenues, soit dans les conditions matérielles, soit dans les conditions dynamiques, en d’autres termes, soit dans les organes (i), soit dans les forces de notre économie (2).
La médecine proprement dite (3) ou la pathologie est par conséquent pour 1 homme malade, ou à l’état de maladie, ce qu’est la physiologie pour l’homme sain ou à l’état de santé. En un mot, la médecine est la physiologie pathologique, si l’on peut se servir d’une dénomination dont les deux termes sont, d’après ce qui précède, contradictoires. La physiologie et la pathologie ne sont réellement, au fond, que deux formes différentes d’une seule et même science. L étude de la première doit naturellement précéder celle de la seconde. En effet, comment avoir une idée exacte et précise de la maladie, si l’on ne sait pas d’abord ce que c est <| ne la santé? La physiologie est donc bien évidemment le fondement immédiat sur lequel repose l’édifice de la médecine ou de la pathologie.
De même que l’art de conserver la santé, ou Y hygiène, constitue une des parties intégrantes de la science complète de I homme sain ou de la physiologie, ainsi l’art de tiaiter et de guérir la maladie est un des éléments fondamentaux de la pathologie ou de la science complète de l’homme malade.
La maladie consiste, avons-nous dit, en un changement quelconque dans les conditions soit matérielles , soit dynamiques de 1 organisme en général, ou de chacun des
(1 , I .ir organes , j entends ici toutes les parties , quelles qu’elles soient, solides ou fluides, qui concourent à la composition matérielle du corps de l’homme.
(2) Je comprends sous ce mot de forces, et les forces que l’organisme vivant possède en commun avec tous les autres corps de la nature, et les forces qui lui appartiennent en propie.
( f) Le mot médecine , employé sans adjectif, équivaut, pour nous, a celui de médecine humaine, la seule qui soit l’objet de cet ouvrage.
PROLÉGOMÈNES
éléments immédiats ou médiats dont cet organisme se compose. Ce changement, quelle que soit sa nature, quelle que soitlapériode de la vie (i)à laquelle ilsoit survenu, est pour moi une maladie , un état anormal ou pathologique.
La précédente définition est au fond la même que Celle d’après laquelle on donne le nom de maladie à tout dérangement de la santé. En effet , tout dérangement de la santé suppose nécessairement un dérangement dans les conditions matérielles ou dynamiques de l’organisme.
Comme la science de l’homme sain se partage en anatomie et en physiologie, de même la science de l'homme malade ( abstraction faite ici de la thérapeutique ) comprend l’anatomie pathologique et la physiologie pathologique, et c’est par la connaissance des caractères tirés de ces deux sciences que nous pouvons nous faire une idée exacte de ce qu’on appelle la nature des maladies.