THEORIES SUR L INFLAMMATION
dans les courants capillaires; puis, et dans tous les cas, on voit ces mêmes courants éprouver un retard, un ralentissement qui devient de plus en plus manifeste: puis on observe, dans le mouvement circulatoire, une rémittence plus ou moins marquée, au lieu d’une projection uniforme et continue.
« Il y a des propulsions saccadées, mais pas encore d arrêt; les colonnes sanguines avancent toujours sans interruption aucune; ensuite on remarque une véritable intermittence: c’est-à-dire qu’après chaque propulsion, il y a un temps de repos, d’arrêt. Ce n’est pas tout encore : bientôt on peut voir qu après chaque propulsion , il se manifeste un mouvement de recul qui alterne avec le mouvement de progression, phénomène que nous avons désigné sous le nom de mouvement de va-et-vient. Et alors ont lieu les oscillations ultimes. Peu à peu, l’amplitude de ces oscillations diminue, tandis que les temps de repos qui les séparent vont en augmentant; de sorte que les oscillations finissent par devenir imperceptibles et cessent totalement. U y a donc, pour dernier terme, suspension complète, cessation absolue de tout mouvement dans cette partie du système capillaire. C’est à ce point que se prononce fortement 1 état de congestion sanguine. Celle-ci ne commence à se manifester qu’à partir du moment où l’obstacle à la circulation faisant équilibre à la force impulsive du cœur, les globules, poussés d’un côté et retenus de l’autre, finissent par encombrer les vaisseaux capillaires.
Tant qu’il y a accélération dans la marche du sang , le diamètre des capillaires reste invariable (i).
M. Dubois (d’Amiens) la détermination précise, rigoureuse , des conditions dont il s agit ici. Je n’oublie point ce qu’il a dit de l’influence des blessuies faites aux capillaires. Mais cette condition est bien loin de résoudre toutes les questions qui se rattachent au phénomène de l’accélération des courants capillaires
(t) Ce diamètre, selon M. Dubois (d’Amiens), ne peut être donné qu approximativement; il varie , pour les deux ordres de capillaires, dans
« Malgré des observations attentives et repétées, M. Dubois ( d’Amiens) n’a jamais vu , même dans 1 état de congestion le plus prononcé, que les petits courants se laissassent pénétrer par plusieurs globules de 11 ont (on sait qu’à l’état normal, dans les courants de ce genre, dépourvus de parois vasculaires, les globules passent un à un, sans laisser d’espace bien distinct entre leur périphérie et les limites appréciables des gouttières qui Ses circonscrivent, tandis que, dans ceux qui admettent pltisieuis globules de front , il y a un espace libre, ou du moins rempli seulement de sérosité, entre les colonnes de globules et les parois des capillaires ). Hastings et Wedemeyer ont signalé l’ampliation générale des capillaires dans les cas de congestion et d'inflammation , mais ils ne sont pas entrés dans des détails suffisants pour qu’on puisse leur attribuer une opinion contraire à ce qui vient d’être avancé. Quant à tout ce qu’on a prétendu dire sur de petits capillaires à fluides blancs qui se laisseraient alors pénétrer de fluides rouges, ce sont là des idees qui n ont aucune espèce de fondement. Tout ce qu’on peut voir dans les plus petits capillaires, c’est que les globules s’v pressent, s’y entassent, s y empilent, mais toujours ies uns après les autres. Dans les principaux capillaires artériels, à mesure que 1 encombrement se prononce, tout espace entre les colonnes de globules et les parois capillaires disparaît; les globules se tassent inégalement , indifféremment; ils touchent immédiatement les parois; bien plus, ils les pressent latéialemeut, ils les distendent , les éloignent de laxe, les amplifient, les déforment, et semblent même parfois les bosseler; ils peuvent ainsi doubler et tripler leur diamètre.
les limites de i / 200 de millimètre à 2 et 3/ico de millimètre. Ces mesures, piises par l’auteur, 11e diffèrent pas notablement de celles indiquées par Millier et Weber. Toutefois, elles ont été contestées dans ces derniers temps, ainsi que M. Dubois (d'Amiens) en a fait lui-même la remarque, en ajoutant qu’il les maintien t pour exactes.
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«Quedevientlesérum qui se trouvait interposé entre les globules dans les petits courants , et qui , dans les principaux capillaires, séparait les globules des parois de ces mêmes tubes? Il est probable que ce sérum, pressé de toutes parts, transsude à travers la substance animale , et que c est ainsi qu il infiltre les tissus dans les cas de congestion et d’inflammation. Rien de plus facile, du reste, à constater que cette congestion progressive; tant qu’il se manifeste des mouvements, et quelque ralentie que soit la marche des globules, il reste encore du sérum entre eux et les parois : c est ce qu’on remarque, même quand il n’y a plus que des mouvements de va-et-vient; mais comme on peut suivre les progrès de la stagnation des globules , on voit que leurs colonnes , arrêtées par les obstacles que viennent de créer les prétendus irritants, se condensent et s épaississent graduellement , on voit quelles finissent par remplir toute la capacité des tubes , qu elles finissent même par les agrandir. Dans un seul capillaire, on peut souvent observer ces dispositions; du côté du cœur, la coi nue paraît encore distante des parois, tandis que, du côté des petits réseaux, cette colonne s’est élargie et encombre déjà tout le diamètre du vaisseau.
«Ainsi, pas d’augmentation du diamètre, pas d’encombrement, de congestiou enfin, tant que les courants sont libres, surtout tant qu il y a précipitation; ce qui est tout-à-fàit contraire à l’axiome de l’école : Ubi stimulus, ibi flux us ; car, en témoignage de ce Jluxus , on invoquait surtout la tuméfaction des parties ; or , dans ce cas, je fai démontré , il y a dans les réseaux capillaires, non pas précipitation ,fluxus, mais arrêt, stagnation plus ou moins complète.
» Toutefois, dansla portion enflammée, il y a autre chose encore qu’une simple stagnation : les îles de substance animale, naturellement limitées parles courants réticulés, tendent à se confondre avec ceux-ci par le fait d’un ramollissement, et ce ramollissement est ici le critérium du travail phlegmasique: c’est ce que J . Muller a très bien vu , quand
il a dit (0 qu’à la suite d’une stagnation complète dans les rameaux capillaires, il s’opère bientôt une véritable * désorganisation, attendu que la condition de laquelle dépend l’organisation d’une partie, c est-à-dire la répartition de la substance organique en petits courants et en îles de substance solide, est détruite.
Si la partie est parenchymateuse , ajoute Muller, les choses peuvent en demeurer à l’abolition de toute distinction entre les petits courants et les îles de substance organique; c’est alors l’état auquel on donne le nom ü induration. » Voici maintenant comment, dans les cas de stagnation et d’arrêt, ou de congestion et d’inflammation, va s’opérer, selon M. Dubois (d’Amiens), ce genre de terminaison que l’on désigne sous le nom de résolution. « La durée respective des phénomènes qui ont amené la congestion des capillaires est très variable; l’e'fet des agents employés peut être si énergique , que la stagnation a lieu presque immédiatement; de sorte que les autres phénomènes n ont pas eu le temps de se manifester. Dans tous les autres cas, ces phénomènes constituent une courte période, qui ne peut exister qu’au début des hyperhémies; car , pendant toute la durée de celles-ci, ce qu’il y a de stable, de permanent, c’est la suspension, l’arrêt des courants capillaires. Mais est-ce à dire que ces phénomènes doivent tous se suivre inévitablement? Non, assurément; tel est 1 ordre dans lequel ils se succèdent quand l’ hyperhémie doit atteindre son summum; mais si les causes, d’ailleurs peu actives, cessent d’agir , voici ce qui peut arriver : après une simple accélération, les courants reviennent à 1 état normal; de même pour un simple ralentissement. L’hyperhémie peut encore ne pas aller au-delà des propulsions rémittentes ou saccadées; on observe alors de nouveau le ralentissement, puis le retour à l’état normal. Que si l’hyperhémie va jusqu’aux propulsions intermittentes , la cause cessant d agii ,
(i) C.-F. Bm-dach, Traité de physiologie , trad. par A.-J.-L. Jourdan. Paris, 1 837, t. VU, p. 26.
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il peuty avoir retour aux propulsions saccadées continues, auxquelles succèdent le simple ralentissement, puis l’état normal, lîien de plus fréquent que de voir des mouvements de va-et-vient faire place à de simples propulsions intermittentes, puis à des propulsions saccadées, puis au ralentissement, puis à l’état normal.
« Enfin , et c’est ici le cas des congestions proprement dites et des inflammations, quand il y a suspension complète de tout mouvement dans le réseau capillaire, voici comment s’opère le retour à l’état normal : après un temps extrêmement variable (qui peut aller de quelques minutes à quelques jours , et même beaucoup plus ) , au milieu des réseaux jusque là complètement immobiles , quelque léger mouvement commence à se manifester. Mais quel est ce mouvement? est-il régulier, rapide , uniforme? se montret-il dans un ou plusieurs capillaires? Dans les premiers moments, on ne peut constater que de faibles oscillations, puis des mouvements de va-et-vient qui vont se prononcer de plus en plus. Ces mouvements de va-et-vient s’opèrent, chose bien remarquable, suivant un mode diamétralement opposé à celui observé quand ils devaient se terminer par un arrêt, par une suspension complète. Dans ce dernier cas,
I amplitude de ces oscillations devientde plus en pluspetite, et les temps de repos, les intervalles, deviennent de plus en plus grands. Au contraire, quand la résolution se fait dans un tissu engorgé, l’amplitude des oscillations, d’abord à peine perceptible, devient de plus en plus grande, et les temps de repos, les intervalles , déplus en plus petits, puis ces intervalles n existent plus du tout. Àlorson observe de nouveau des propulsions sans mouvementde recul, puis des propulsions simplement rémittentes, c’est-à-dire un véritable pouls dans le système capillaire, puis enfin un mouvement continu, et qui paraît d’autant plus précipité que tout-à-l heure il y avait stagnation, immobilité coin plète dans les mêmes parties.
» C est ainsi que la résolution finit par s opérer clans les tissus congestionnés et enflammés, soit que cette résolution se fasse spontanément, comme dans tous les cas observes par M. Dubois (d’Amiens) , soit, ajoute-t-il , qu elle ait îeu par l'effet des moyens thérapeutiques employés , cas qu il n a pu étudier.»
Cet auteur termine ainsi : « Quant à Y induration, nous n’avons pu en dire qu’un mot : il resterait à parler de la suppuration et de la gangrène , mais les expériences nous
manquent sous ce rapport. »
Après avoir discuté et réfuté plusieurs des propositions de Bichat et de Broussais sur la théorie de 1 mutation , M. Dubois (d’Amiens) s’écrie : « N’est-ce pas chose inexplicable pour nous que l’enseignement de cette théorie ait excité alors tant d’enthousiasme dans les esprits (i)(i) * 3 »
La théorie de l'irritation, proposée par Bichat et Broussais, ayant été ainsi combattue, M. Dubois (d’Amiens) ajoute qu’il n’a eu qu’un but, celui de prouver d’abord que les laits compris sous le nom d’hyperhémie capillaire ne sauraient être expliqués par la théorie de ['irritation, puis de prouver que cette théorie ne pourrait, à plus forte raison, etre acceptée comme théorie générale. Il faut avouer que pour remplir cette seconde partie de sa tâche, 1 auteur n avait pas besoin de se donner beaucoup de peine.
(i) M. Dubois (tV Amiens) se trompe étrangement s il pense que c est à sa théorie physiologique de l’irritation , à sa réduction de toute matière animale fixe h une fibre , ou albumineuse , ou fibrineuse , ou gélatineuse, que Broussais a dù l’enthousiasme qu’il excita. On s’occupa fort peu ou pas du tout de cette théorie, dont il était facile de faire justice. Mais on lut vivement frappé de ses belles idées sur la localisation des maladies en général; de ses puissants efforts pour renverser la doctrine des fièvres essentielles et ranger ces maladies dans la classe des phlegmasi.es ; de ses recherches sur le rôle que jouent les plilegmasies chroniques dans la production de diverses maladies dites chroniques, et l’on regretta seulement
qu’il se laissât entraîner à criâmes exagérations qui furent signalées t'es
les premiers temps de son règne.