‹ Traité de nosographie médicale (volume 2)Chapitre 57 sur 125 · THEORIES SUE L INFLAMMATION · texte numérisé non relu

THEORIES SUE L INFLAMMATION

Quoi qu’il en soit , M. Dubois divise en quatre classes les agents capables d’exercer une modification quelconque sur l’économie vivante. Il range dans les deux premières classes les corps vulnérantset les poisons dits irritants (i), et il s'exprime ainsi qu’il suit sur leur mode d’action : « Tous ces prétendus ùritants agissent en créant des obstacles matériels à la circulation capillaire. Nous allons dire comment ceci doit s’effectuer; mais remarquons, avant d’aller plus loin, combien ce principe est en opposition avec celui cpie voudraient faire prévaloir les partisans de la doctrine de l’irritation. Deux-ci ne voient partout qu un stimulus qui appelle le sang dans les réseaux capillaires ; nous , nous voyons des agents qui pr iduisent, dans ces mêmes réseaux, soit mécaniquement, soit physiquement, soit chimiquement, des empêchements matériels à la libre circulation capillaire. Pour les agents traumatiques, nous avons vu que ceci ne saurait faire l’objet d’aucun doute. Quant aux autres agents, nous les avons vus modifier chimiquement les tissus vivants, déterminant des effets qui variaient depuis ceux qui dénoncent un simple changement dans le mode sui\ ant lequel étaient groupes les éléments organiques, jusqu a ceux qui indiquent une complète désorganisation.

L indice le plus fréquent d’une altération dans le mode de groupement des éléments organiques est une augmentation ou une diminution dans la consistance , dans la densite des liquides ou des solides de l’économie. C’est le mode d’action qu’on peut le plus souvent observer de la

(i) La troisième classe comprend les corps susceptibles d’exercer une ac tion sur 1 économie vivante, à raison des principes vénéneux qu’ils contiennent : ce sont les poisons proprement dits.

A la quatrième classe appartiennent les corps ayant pour origine certaines décompositions particulières, et sur le mode d’action desquels on ne peut se faire une idée nette sans bien connaître les phénomènes de fermentation , de putréfaction et d’érémacausie. Les virus et les miasmes se placent naturellement dans cette classe.

La classification ci-dessus est empruntée à M. Liebig,

part des agents qu’on avait si improprement nommés agents irritants. Donc ces corps pourraient, à bon droit, être distingués en coagulants et en dissolvants.

« Maintenant , comment les uns et les autres agissent-ds sur les parties vivantes? comment peuvent-ils créer des obstacles à la circulation capillaire? comment peuvent-ils enfin amener la série de phénomènes compris si improprement sous te nom d’irritation? Pour ceux qui savent en quoi consiste essentiellement la structure de toute substance animale, ce problème ne sera pas difficile à résoudre. Or, dans cette substance, il y a une répartition telle des liquides en mouvement et des solides fixes, que ces derniers forment des espaces, des îles limitées, circonscrites par des courants sanguins devenus capillaires. Eh bien ! tout ce qui tend à altérer cette juste répartition crée par cela même des obstacles à la marche, au mouvement des courants capillaires. En effet, que le corps mis en contact avec la substance organique exerce une action coagulante sur les liquides en circulation, ceux-ci éprouveront dans leur marche un ralentissement notable, ou même un arrêtcomplet; on verra les particules sanguines devenir stagnantes dans leurs gouttières ou éprouver des mouvements saccades, des mouvements de va-et-vient, etc., suivant le degré dénergie du corps mis en contact.Que si, au contraire, 1 agent employé est de nature à exercer une action dissolvante, il agira sur la substance animale fixe; d altérera dune manière plus ou moins profonde cette structure, cette répartition , d’oü dépend l'existence même des tissus organiques; il détruira les petites gouttières à travers lesquelles filtrent, pour ainsi dire, les globules sanguins, et, par cela même, il créera des obstacles à la circulation capillaire. Dès lors on observera de nouveau la série des phénomènes propres à l hyperhémie, savoir: des ralentissements d aboi d, puis des mouvements saccadés , des mouvements de va-etvient, puis des arrêts, et conséquemment une congestion

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a tergo, une vive rougeur, une tuméfaction plus ou moins considérable. »

Tels sont les faits observés par M. Dubois (d’Amiens), et qui lui paraissent propres à mettre les observateurs sur la voie d’une découverte importante : il veut parler de la théorie partielle des inflammations.

Par cette assez longue analyse des recherches expérimentales et des raisonnements de M. Dubois (d’Amiens), on a pu se convaincre que, à l’instar de M. Magendie, il veut que 1 afflux du sang dans la partie enflammée résulte, non de 1 excès d e stimulus, de 1 irritation, et, si j’osais le dire, de 1 attraction électro-vitale de la partie pldogosée, mais de la diminution de la résistance, provenant d’une solution de continuité laite aux capillaires. Je ne prétends pas assurément nier 1 influence d’une cause dont la physique la plus vulgaire nous fait connaître les effets si nombreux; mais il est clair comme le jour que l’explication fondée sur cette donnée n’est pas applicable à l’afflux du sang qu’on observe dans l’inflammation ou la phlogose ordinaire la plus simple , puisqu’ alors il n’existe aucune solution de continuité des vaisseaux malades; elle ne saurait donc être invoquée que pour rendre compte d’un des accidents possibles de la phlogose ou de l’inflammation, et il reste toujours à déterminer la cause physico-vitale sous l’empire de laquelle on voit affluer plus que normalement le sang dans le réseau capillaire du loyer de l’inflammation, et cela avant 1 obstruction dune partie ou de la totalité de ce réseau par le sang coagulé, etc. Eh bien! sur ce sujet, MM. Magendie et Dubois (d’Amiens) restent muets; et s ils nient l’influence de la cause inconnue, désignée sous le nom de cause irritante , cause excitante, stimulante , ils ne démontrent pas la vérité de cette négation, en sorte que , jusqu’à plus ample informé , la légitimité de cette hypothèse subsiste; il ne s’agit plus que de dégageren quelque sorte cette inconnue du problème.

Résumé <le cette première section.

XL Que nous reste-t-il à conclure de la rapide revue que nous venons de faire des théories par lesquelles les auteurs ont essayé de se rendre compte de la nature intime de l’état morbide connu sous le nom d’inflammation? le voici :

i° Ces auteurs s’accordent, en général, à reconnaître que la cause première de tous les phénomènes observés dans une partie enflammée consiste en un excès , une augmentation, une exaltation de la force qui préside à l’action organique ou vitale qui se passe normalement au sein de cette partie; force encore inconnue que les uns désignent sous le nom d’irritabilité ( Haller ) , les autres sous le nom de sensibilité organique (Bichat), ceux-ci sous le nom d’ excitabilité (école italienne ).

2° Ils ne nous ont donné, d’ailleurs, qu’une analyse très incomplète des phénomènes intimes et des effets qui caractérisent essentiellement l’inflammation , étudiée dans les diverses périodes de son évolution. Cette analyse exige de nouvelles recherches d’une observation attentive , faite avec les méthodes et les instruments usités dans les sciences exactes ou physico-chimiques (i). Ce n est qu’après de pareilles recherches qu il .sera permis de formuler une théorie définitive de l’inflammation, car, jusque là, comment expliquer d’une manière satisfaisante une lésion vitale dont on ne connaît pas suffisamment les divers phénomènes?

En attendant ainsi de nouvelles données, nous pouvons toutefois nous prononcer sur l’esprit et la valeur des essais de théorie déjà précédemment exposés.

Or, que signifie cette théorie généralement enseignée,

(i) Les recherches microscopiques Elites jusqu'ici laissent elles-mêmes infiniment à désirer sous le rapport du nombre et. de l’exactitude.

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savoir, que l’inflammation est une exaltation des forces, des propriétés vitales , de l'action organique ? De quelles forces ou propriétés vitales veut-on parler, et qu’entend-on par action organique ? Ces forces , ces propriétés , cette action , sontelles toutes d’un autre ordre que les forces, les propriétés, les actions physiques et chimiques? S’il en était ainsi, comme le voulait Bichat , il deviendrait fort inutile , pour éclairer la théorie de l'inflammation, de recourir aux observations et aux expériences dont je parlais tout-à-l’heure , car évidemment elles ne nous feront découvrir que des phénomènes de l’ordre physique et chimique.

Mais les temps et la saine raison ont fait justice des doctrines ultra-vitalistes dont l’école de Bichat n’était pas encore parvenue à s’affranchir. Tous les vrais observateurs, tous les cliniciens exercés aux travaux de ! exploration exacte, professent aujourd’hui que la plupart des phénomènes caractéristiques de ce qu’on appelle X inflammation ne sont autre chose que des modifications dephénomènes normaux qui s’exécutent sous l’empire de lois et de forces de Tordre physico-chimique. L’augmentation de la température de la partie enflammée, les changements décomposition, les réactions qui s’y opèrent , supposent 1 intervention des forces et des fois dont il s’agit, comme la température et les actions ou les compositions et les décompositions normales dont cette même partie était le siège avant la maladie, se manifestent sous l’influence de pareilles forces et dépareilles lois.

Les réflexions que nous venons d’exposer suffisentpour montrer tout ce qu’il y a de vague et de peu satisfaisant pour i esprit sévère dans ces expressions : exaltation des propriétés vitales , de 1 action organique , et autres semblables, il faut d abord préciser les propriétés, l’action organique dont on parle. Sous cette dernière expression, par exemple, se trouvent compris plusieurs éléments divers, tels que la production de la chaleur, la circulation capillaire , la

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sécrétion, la nutrition, etc. (i). Il importe donc de ne pas rapporter à l’exaltation d’une action simple et unique des phénomènes qui résultent de 1 exaltation d une action très complexe, ou mieux , de 1 exaltation de plusieurs actions distinctes, lesquelles ne peuvent s’accomplir qu’à des conditions également très multipliées : les unes matérielles et propres aux solides et aux liquides, les autres dynamiques, et dont la raison seule nous révèle l’intervention.

De l’aveu de tous les auteurs, les phénomènes intimes de l’inflammation se passent dans les capillaires sanguins (c’est à tort, ou du moins sans aucune preuve positive, que M. Cruveilhier a placé dans les capillaires veineux exclusivement les phénomènes de toute inflammation , comme ceux de toutes les altérations organiques, et plus particulièrement des maladies cancéreuses). Or, cest aussi dans ces capillaires que les physiologistes ont localisé pour ainsi dire les actes généraux, élémentaires , que j’indiquais tout-à-l’heure. Eh .bien ! de même que les phénomènes ou actes de la calorification, de la circulation capillaire, de la sécrétion, de la nutrition, ne peuvent s’accomplir que par le concours de solides et de liquides,

(i) Je ne parle point ici de la sensibilité ou du sentiment proprement dit, de même que plus loin je n'ai point parlé de la douleur en énumérant les phénomènes caractéristiques de l'inflammation. Cest que, en effet, la sensibilité , le sentiment , n’est point un attribut general, mais un attribut spe'cial , qui suppose la présence d’un organe également spécial, savoir, des nerfs provenant du cordon postérieur de la moelle épinière, véritable organe sur-ajouté à ceux nécessaires à la production des phénomènes de la vie générale ou organique , pour nous servir de 1 evpression de Bichat. Aussi cet attribut, essentiellement animal, manque-t-il à un grand nombre des organes qui concourent à la composition de la machine animale, et dans lesquels s’opèrent des phénomènes de calorification, de secrétion, etc. De même, la douleur, c’est-à-dire une modification déteiminée de cette sensibilité ou de ce sentiment dont il vient d être question, n’est point un attribut général de l’inflammation, mais bien un attribut spécial de l’inflammation des parties douées de sentiment , et partant pourvues de l’espèce de nerfs mentionnés plus haut.

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sous l’empire de certaines conditions dynamiques; de même l’inflammation, qui n’est autre chose qu’une modification fie la calorification , de la circulation capillaire , de la sécrétion et de la nutrition, suppose une lésion simultanée des solides et des liquides , sans préjudice d’une lésion concomitante des conditions dynamiques. Au reste, les faits sont ici complètement d’accord avec le raisonnement, car on n’a jamais vu une inflammation d’une partie quelconque sans la co-existence d’une lésion des solides et des liquides qui concourent à la structure de cette partie, considérés sous le double rapport de leur état anatomique et de leur état physiologique. Ainsi donc, appliquant à la théorie de l’inflammation une pensée plus générale de Bichat, nous proclamerons ici que toute doctrine exclusive de solidisme ou cC humorisme serait un contre-sens pathologique.

Et comme dans les foyers vivants où nous venons de localiser l’inflammation, le sang et la force spéciale dont jouissent les nerfs de la vie organique sont les deux grandes conditions de tous lesphénomènesqui s’y produisent, nous terminerons celte première section du chapitre premier, en disant que d’une lésion spéciale , sui generis, de ces deux grandes conditions, naissent les phénomènes caractéristiques de l’affection morbide connue sous le nom à' inflammation. Et puisque, d’unepart, l’augmentation de la température de la partie affectée (cette augmentation peut aller jusqu’à 5 à 6 degrés centigrades) est un de ces phénomènes caractéristiques; puisque, d’un autre côté, l’application d’une forte dose de chaleur à nos organes peut développer cette maladie, nous ne pouvons partager la répugnance extrême de certains auteurs pour ce mot à' inflammation ou de pyrexie.

Bien n’est moins digne, d’ailleurs, des esprits sérieux que de vaines disputes de mots. Quant à nous, qui, nous l’avouons, n’avons aucun goût pour de telles disputes, nous nous empresserons d’abandonner les noms d’inflarn-

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motion , de phlogose , de phlegmasie , de pyrexie, aussitôt qu’on nous en aura proposé de meilleurs. Jusqu à cette époque, peut-être encore assez éloignée, mais que nous pouvons attendre sans trop d’impatience , nous déclarons, une bonne lois pour toutes , que nous entendons , pat les dénominations ci-dessus indiquées , une maladie dont la nature intime n’est pas encore rigoureusement déterminée, mais suffisamment caractérisée par les phénomènes particuliers dont nous venons de nous occuper plus haut, et par d’autres encore dont nous allons nous occuper toutà-1’ heure, phénomènes qui se développent sous l’influence de causes ou d’agents dits excitants ou irritants, au nombre desquels figurent les corps chargés d'une trop grande quantité de chaleur; une maladie que l’on guérit par un ensemble de moyens dits antiphlogistiques , ainsi nommés parce quï/.s agissent effectivement en sens oppose de la phlogose , et que l’un de leurs principaux effets est de diminuer la quantité de chaleur de l’économie animale. Qu importe , en définitive, le nom que l’on donne à une maladie, pourvu que l’on s’entende bien sur le véritable sens de ce nom ?

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