‹ Traité de nosographie médicale (volume 2)Chapitre 62 sur 125 · SYMPTÔMES DE I, 'INFLAMMATION · texte numérisé non relu

SYMPTÔMES DE I, 'INFLAMMATION

ou des organes doués de sentiment ou de la sensibilité animale générale de Bicliat ; de même que les lésions de sensibilité tactile, olfactive, gustative, optique, auditive, sont propres aux plilegmasies desorganesou sens spéciaux doués de cette espèce de sensibilité; de mêmequeleslésions des sensations internes connues sous les noms de besoins , tels que la faim , la soif, les envies d’uriner , d’aller à la selle, etc., etc., ne se manifestent que dans les inflammations des organes ou viscères qui , à l’état normal , font éprouver les besoins ou sensations internes dont il vient d’étre question. Si la doctrine que je soutiens est 1 expression même de la vérité, il s’ensuit que dans les phlegmasies ayant pour unique siège des parties ou des organes dépourvus de sentiment, de sensibilité générale , il ne devra point exister de douleur. Or, c’est là précisément ce que donne l’observation journalière. Les inflammations les plus violentes de la membrane interne du cœur , de 1 intestin grêle, etc., etc., organes insensibles dans l’état normal, quand elles existent seules , ne sont point douloureuses. Comparez-les sous ce rapport aux inflammations des doigts, des orteils, de l’œil, de l’oreille, etc., et vous verrez quelle énorme différence les sépare. C’est ici le lieu de réfuter une erreur échappée à Bicliat, et professée par ses successeurs , savoir : que les organes ou tissus insensibles à l’état normal deviennent sensibles sous linfluence d’une inflammation. Comme exemple de cette sorte de métamorphose physiologique , on cite la plèvre , le péritoine, etc. Non, les parties dépourvues de sensibilité à l’état anormal n’en acquièrent point par le fait de leur inflammation ; la douleur qui se manifeste à l’occasion de celle-ci, ne réside point dans les parties normalement insensibles, mais bien dans les parties voisines douées de sentiment. Ces dernières participent alors a 1 irritation dont les premières sont le siège; participation qui, dans certains cas, peut être bornée aux cordons

rièrvêux sensitifs que ces parties reçoivent, comme il arrive pour les nerfs intercostaux clans la pleurésie pariétale , pour les nerfs abdominaux dans la péritonite également pariétale, pour les nerfs péri-articulaires, dans l’arthrite, soit rhumatismale, soit traumatique, etc., etc. Au reste j il est si vrai que la douleur tient essentiellement à la condition par nous ici signalée, que Schwilgué et d’autres ont observé des phlegmons clans des membres paralysés du sentiment sans aucune trace de douleur; phlegmons si douloureux , comme tout le monde le sait , quand ils se développent dans les parties indiquées, clouées de leur sensibilité naturelle.

Je n’insisterai pas plus longtemps sur ce point, qui , je l’espère , ne tardera pas à être admis par tous les vrais observateurs (1).

§ II. Des symptômes dits généraux , sympathiques , réactionnels , et spécialement de ceux désignés sous le nom de fièvre ou d’étal fébrile symptomatique.

A. Réaction sympathique proprement dite.

I; Nous avons vu que linflammation, semblable en quelque sorte à un foyer de combustion, réagissait sur les parties environnantes d’abord , puis sur la constitution tout entière. Cette réaction s’opère par voie de contiguïté , de continuité, et de relations nerveuses. Selon son degré variable d’intensité, elle constitue une simple surexcitation, ou bien uneplilogose plus ou moins mitigée. La réaction n’a lieu sur le système entier de l’économie, qu autant que le foyer d’inflammation offre une certaine intensité et une certaine étendue. Toutes choses d’ailleurs égales, la

(ij Je regrette beaucoup tle n’être pas d’accord en ce point avec M. le docteur Longet, lequel , dans un ouvrage des plus remarquables, pense , avec le vulgaire îles auteurs, qu’une partie insensible à l’état normal peut être douloureuse à l’état anormal , bien qu’elle ne reçoive pas de nfctfs da sentiment.

symptômes de l’inflammation. réaction est proportionnelle à cette étendue et à cette intensité ; mais diverses circonstances favorisent ou entravent au contraire le jeu de cette réaction.

Quoi qu’il en soit, les deux grands systèmes par lesquels se généralise , s’éparpille ou se dissémine dans tout l’organisme , le travail inflammatoire ou mieux l’élément vritalif , sont le système sanguin et le système nerveux, soit celui de la vie organique, soit aussi celui de la vie animale dans les cas où les organes enflammés sont pourvus de nerfs provenant de ce dernier. Le système lymphatique est, après eux , celui qui concourt le plus puissamment à la réaction , à la diffusion , à la généralisation qu’exerce le travail phlegmasique. Ce sont là, en effet, les trois systèmes ou appareils les plus universellement répandus dans l’économie , les trois éléments les plus générateurs des organes complexes et spéciaux du corps vivant.

La réaction exercée sur le système sanguin qui communique avec celui de l’organe affecté, se centralise en quelque sorte sur le cœur d’où elle s’irradie sur le système artériel, et de là sur le reste du corps : de cette réaction surgit une modification plus ou moins marquée des actions des divers organes. Les phénomènes culminants de la réaction qui nous occupe , sont l’accélération des battements du cœur et des artères, et l’augmentation de la température du corps, avec ou sans sueurs et soif plus ou moins vive. Ces phénomènes qui ont frappé l’attention des observateurs de tous les temps, constituent cet état général connu sous le nom de fièvre. On donne le nom de symptomatique ou sympathique k cette espèce de fièvre pour la distinguer de celle qui se manifeste primitivement, c’est-à-dire sans le développement préalable de quelque inflammation locale, et à laquelle on pourrait conserver la dénomination de fièvre primitive ou idiopathique , en attachant toutefois à cette dénomination un sens différent de celui que Piiiél et les essentialistes de sou école avaient proposé. Mais les deux phénomènes

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que nous venons de signaler ne sont pas les seuls qu’il faille étudier pour avoir une idée large et complète de la fièvre, ainsi (pie nous le démontrerons avec détail en traitant de l’inflammation du système sanguin en général. Nous nous contenterons d’ajouter ici que dans la réaction dite fébrile fortement prononcée, le sang éprouve ces altérations variées que nous avons exposées plus haut, et dont les principales sont : l’augmentation de la fibrine ; la formation d’une couenne pseudo-membraneuse plus ou moins dense et épaisse à la surface du caillot fourni par les saignées pratiquées dans le cours de la maladie ; la simple augmentation de la consistance normale de ce caillot lui-même, lorsque l’inflammation n’a pas encore acquis toute son intensité, sa maturité en quelque sorte, ou bien lorsque , après avoir ainsi atteint son plein et entier développement, elle marche vers la résolution, etc.

En réalité, l’état général connu sous le nom de fièvre est pour le système sanguin dans son ensemble , ce qu’est l’état inflammatoire pour la portion du système vasculaire qui se trouve dans l’organe malade. La fièvre intense, violente, est, en un mot, une phlogose générale du système indiqué, et 1 inflammation de l’organe un e fièvre locale.

Mais, dans un cas, les organes où l’inflammation a son siège participent à l’affection de leurs vaisseaux, tandis que dans la fièvre toute la scène se passe dans le système du cœur, des gros vaisseaux sanguins et du sang. Désirant d’ailleurs ici, comme en toutes choses, rester dans Injuste mesure des faits et des interprétations dont ils sont la base, j’insiste sur ce point, savoir, qu’un état desimpie irritation du système sanguin, directe ou sympathique, peut donner lieu à une certaine série de phénomènes dits fébriles, à l’instar d’une véritable inflammation de ce système; comme une simple irritation d une partie quelconque du corps produit une certaine série de phénomènes dits inflamma-

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I partie. Mais dans une simple irritation, soit générale, soit locale, ce sont des phénomènes en quelque sorte purement dynamiques ou nerveux , de simples excès d’action qu’on observe , tandis que dans l’inflammation proprement dite, soit d’un appareil général, soit d’un organe spécial, les phénomènes observés ne sont pas ceux d’une pure et simple augmentation des actions dynamiques et vitales, mais bien ceux d’un excès de stimulation avec grave lésion concomitante des parties solides et liquides dont se compose la partie enflammée.

L’appareil de£ nerfs de la vie organique ou ganglionnaire joue sans doute un rôle plus ou moins actif dans le grand phénomène de la généralisation ou de la diffusion d’où résulte l’état fébrile. Toutefois, il ne faut pas perdre de vue que 1 inflammation elle-même s’étend , s’éparpille, se dissémine, se généralise plus ou moins par voie de continuité, c’est-à dire en se propageant de proche en proche des capillaires aux troncs qui les fournissent , puis aux troncs plus volumineux et au cœur lui-même, lequel peut d’ailleurs se prendre à un plus haut degré que les troncs vasculaires , ou même sans que ceux-ci se prennent. Il va sans dire que c’est spécialement la membrane interne du grand appareil sanguin qui est le siège de la phlogose ainsi généralisée.

Quant au mécanisme par lequel le système des nerfs ganglionnaires ou du grand sympathique généraliserait le phénomène de Y irritation, qui constitue un des éléments de touteinflammation locale, il est presque entièrement ignoré, et je regretteden’avoir rien trouvé de satisfaisant d'ans l’excellent ouvrage de M. Longet sur le système nerveux (i).

Rapprochons de ces considérations celles de quelques auteurs classiques sur le même sujet.

(1) Il y a plus, c’est que M. Longet, si complet en ge'néral sous tous les autres rapports, n’a pas même cru devoir eNauiiner l’inllucnce du

Iï. Commençons par Pinel et laissons-le parler luimême :

On voit un exemple frappant du consensus organique dans la fièvre sympathique ou secondaire qu’excite le plus souvent une phlegmasie interne ou externe, et qui peut prendre divers degrés d’intensité, suivant le siège de l’inflammation, la sensibilité de l’individu, la.saison ou d’autres circonstances accessoires. Qu’une cause irrite certaines parties internes ou externes, si cette irritation est vive et prolongée, au point de produire la fièvre , ne doit-on pas présumer que, par une sorte de réaction , la sensibilité du cœur et du système vasculaire est augmentée au point d’occasionner un mouvement fébrile? Doit-on établir cette action et cette réaction comme un fait qui tient aux lois primitives de l’économie animale, ou bien regarder, à l’exemple de Kirland et d’autres physiologistes anglais, les nerfs comme une sorte de propagation du cerveau, et l’impression faite sur une de leurs ramifications comme immédiatement communiquée àtoute l’expansion nerveuse (i)?»

Ici, comme à son ordinaire, Pinel procède par voie d’interrogations, qu’il laisse sans réponse, ce qui malheureusement est plus commode pour l’auteur que satisfaisant et instructif pour les lecteurs. Tout ce qui peut être déduit de cet extrait, c’est que l’augmentation de sensibilité du cœur et du système vasculaire peut, par une sorte de réaction , produire un mouvement fébrile. Qu’est-ce que Pinel entend ici par sensibilité du cœur et du système vasculaire , organes qui ne jouissent pas de la sensibilité proprement dite ou animale (Bichat)? Qu’est-ce que la réaction dont il est ici question? Qu’est-ce que le mouvement febrile en lui-mêine ? Pinel passe outre sans s’expliquer en

grand sympathique sur l’action normale et anormale du système artériel, et sur le rôle qu’il peut jouer dans l’état fébrile. C’est une lacune qu’il comblera sans doute quelque jour.

(i) Nosqg. phil ., t. II , p. 19, dernière édition.

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aucune façon sur ces importantes questions. Là, connue partout, il fait preuve d’une grande répugnance pour l’étude de la fièvre, considérée en elle-même, assertion dont nous démontrerons mieux plus loin toute la vérité.

Passons maintenant à la doctrine de Broussais sur le même point.

III. Aux pages 182 et 1 83 de l 'Examen des doctrines, après avoir rappelé, à l’occasion delà fièvre inflammatoire, que dans les cas mêmes où l’on ne trouve aucune excitation locale prédominante, on 11’a pas la certitude que la fièvre soit indépendante d’une affection locale , attendu qu’il existe une foule de phlegmasies qui se manifestent plutôt par des effets sympathiques que par une sensation douloureuse rapportée au lieu enflammé, Broussais ajoute « que l’état fébrile n’est, dans la réaüté , qu’un phénomène sympathique ou le résultat d’une douleur transmise au cœur .et à tout l’appareil des capillaires sanguins , par l’arbre nerveux dont quelques branches font partie d’un organe souffrant (1). » Il dit, à la page 438 : « L’inflammation nous présente une action organique exagérée du système sanguin, non dans les troncs ni dans les branches, mais dans les capillaires ; car les gros vaisseaux ne sont agités que par la précipitation des battements du cœur, laquelle dépend à son tour de l’influence exercée sur cet organe pas les nerfs entrelacés et confondus avec les capillaires irrités ; c’est ce qui constitue la fièvre. »

Ainsi, pour Broussais, la fièvre est constituée par la précipitation des battements du cœur, précipitation qui dépend de l’influence exercée sur cet organe par les nerfs entrelacés et confondus avec les capillaires irrités. On doit re-

(1) Les mots douleur, souffrant , doivent être pris ici dans un sens figuré. En effet, et Broussais en convient lui-même, il est des inflammations sans douleur qui déterminent un état fébrile ; et il accuse les auteurs d’avoir pris souvent ces inflammations pour des fièvres inflammatoires essentielles.

DE LINFLAMMATION Et DE LA FI K VUE.

gretter que l’illustre pyrétologiste n’ait pas assigné ùla fièvre d’autres caractères que la précipitation des battements du cœur, car celle-ci ne suffit pas pour caractériser l’état fébrile; mais il est clair que. comme Pinel , comme tous les observateurs qui ont étudié l’objet dont nous nous occupons, il place le siège des phénomènes fébriles dans le système sanguin, et il attribue ces phénomènes à la réaction nerveuse de l’organe enflammé sur le système indiqué.

Nous nous en tiendrons à ce qui précède sur la fièvre sympathique ou secondaire. Nous examinerons plus loin en quoi elle diffère de celle que, par opposition , on appelle fièvre idiopathique , essentielle ou primitive.

IV. La réaction sur le système nerveux de la vie animale ou cérébro-spinale est très variable, selon la dose de sensibilité des parties enflammées et celle de toute la constitution, selon les relations plus ou moins étroites du foyer de la phlegmasie avec les centres nerveux, etc., etc. Quand cette réaction est portée à un très haut degré, il en résulte cet ensemble de symptômes connus sous le nom d 'appareil ataxique, lequel est pour le système nerveux cérébro-spinal ce qu’est pourlesystème vasculaire la réaction fébrile proprement dite. Cet appareil ataxique constitue une sorte de fièvre nerveuse cérébro-spinale , comme la réaction fébrile proprement dite constitue un e fièvre vasculaire ou sanguine; et de même que celle-ci est l’expression d’une phlogose , d’une irritation, ou d’une simple excitation du système sanguin, de même aussi celle-là n’est autre chose que la traduction d’une phlogose, d’une irritation ou d’une simple excitation du système nerveux cérébro-spinal. Nous renvoyons donc pour plus de détails au chapitre où nous aurons à nous occuper des diverses nuances de phlogose et d’irritation des centres nerveux et de leurs enveloppes.

Quant au mécanisme de la réaction du foyer enflammé sur les centres nerveux cérébro-spinaux et leurs dépendances, il n’est pas moins obscur que l’action nerveuse

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