‹ Traité de nosographie médicale (volume 2)Chapitre 66 sur 125 · CAUSES DÉTERMINANTES ET PRÉDISPOSANTES DE L’INFLAMMATION · texte numérisé non relu

CAUSES DÉTERMINANTES ET PRÉDISPOSANTES DE L’INFLAMMATION

Les auteurs ne nous fournissent que des lumières bien insuffisantes sur l’étiologie de 1 inflammation en général. Plusieurs de ceux qui se sont occupés de l’histoire de cet état morbide (je n’en excepte pas les plus récents), ont même passé complètement sous silence le sujet dont il s’agit. Quantànous,quela nature decetouvrage condamne souvent à une grande sobriété de détails , nous nous bor-

DE L’INFLAMMATION ET DE LA FIÈVRE, lierons à présenter ici les considérations principales que comporte l’étude des causes de l’inflammation en général, et des conditions qui prédisposent à cet état morbide. Ces conditions elles-mêmes ont été regardées comme causes proprement dites, et de là cette division classique des causes de l’inflammation, comme de celles des autres maladies en général , en déterminantes ou occasionnelles, et en prédisposantes , en objectives et en subjectives , s’il m’est permis d’employer les termes favoris d’une certaine école.

§ Ier. Causes déterminantes ou occasionnelles.

Elles sont extrêmement nombreuses : les unes sont applicables à toutes les espèces d’inflammation; les autres, au contraire, ne s’appliquent qu’à l’inflammation de certains organes. Quelles qu’elles soient, elles varient sous le rapport de leur intensité, de l’étendue des parties sur lesquelles elles exercent leur influence, de leur état de simplicité ou de complexité, etc., etc.

Les causes déterminantes de l’inflammation se trouvent parmi les divers agents ou modificateurs mécaniques, physiques, chimiques et physiologiques, sous l’empire desquels nous vivons. Tels sont la chaleur, le froid, les brusques alternatives par lesquelles le corps passe de l’un à l’autre, et surtout du chaud au froid; l’électricité portée à un certain degré, les diverses violences traumatiques (contusions, blessures, distensions, etc.), les acides concentrés, les alcalis, et, en un mot, tous les composés chimiques dits irritants ou caustiques. Les agents de cette catégorie sont dits généraux, parce qu’en effet, sur quelque partie vivante qu’ils soient appliqués, avec une certaine intensité et pendant un temps suffisant , ils provoquent ou déterminent une inflammation plus ou moins violente.

D’autres agents exercent leur puissance sur un champ plus circonscrit : ainsi les aliments pris en excès ou des

CAUSES DÉTERMINANTES DE LINFLAMMATION. 121 aliments trop excitants exercent plus spécialement leur action sur les organes digestifs (à la faveur de l’absorption, certains éléments de ces agents, dans lesquels je comprends les boissons, vont ensuite exercer leur influence sur la masse sanguine, le système vasculaire, et de là sur le système nerveux et sur tout l’organisme en général); ainsi les excès de travail intellectuel, les fortes émotions, les grandes passions, etc., constituent des causes spéciales d’inflammation des centres nerveux et de leurs membranes , etc.

Outre l’action commune en vertu de laquelle la plupart des agents indiqués produisent l’inflammation , chacun d’eux exerce souvent sur les parties un autre mode d’action spécial qu’il est de la plus haute importance de ne pas négliger. La chaleur, par exemple, portée à son plus haut degré, n’enflamme pas seulement les parties, mais elle les carbonise , et c’est alors que le mot inflammation, quoi qu’en dise M. Magendie, n’est plus une expression métaphorique, mais une expression propre : l’inflammation de cette espèce n’est, en effet, qu’une véritable combustion de tissus organisés et vivants. Les acides et les alcalis, en raison de leur affinité avec tels ou tels des éléments des solides et des liquides de la partie qu’ils enflamment, donnent lieu à des phénomènes de coagulation, de dissolution, etc., encore trop peu étudiés.

Nous ne devons point passer sous silence ces agents dits spécifiques qui, sous les noms de virus, de miasmes, etc., donnent naissance à des maladies dont l’inflammation constitue un des éléments. De ce genre de maladies spécifiques sont : la variole, la rougeole, la scarlatine, les diverses fièvres appelées peste, typhus, charbon, morve aiguë, la syphilis, etc. Il est bien clair que les agents producteurs de pareilles maladies, les unes vraiment contagieuses, les autres purement infectieuses , ne se distinguent pas seule-

DE L’iNFLAMMATION ET DE LA FIÈVRE, ment, ni même principalement, par leur propriété inflammatoire, mais bien par une action délétère encore indéterminée dans sa nature intime pour quelques uns d’entre eux, et variable d’ailleurs dans les principales espèces de maladies dénommées tout-à-l’heure. Il semble toutefois que, dans un certain nombre de ces maladies du moins, il se produise dans la masse du sang un travail qui offre une grande analogie avec celui de la fermentation septique. C’est là un sujet bien digne de recherches ultérieures exactes, et sur lequel nous aurons à revenir dans le cours de cet ouvrage.

De toutes les causes ordinaires et simples des maladies inflammatoires, l’une des plus répandues, et partant des plus importantes à bien connaître, c’est, sans contredit, le froid, soit sec, soit surtout humide, alternant avec la chaleur. Les brusques refroidissements du corps préalablement échauffé jusqu’à la sueur, soit à la suite d’exercices violents, soit de toute autre manière, engendrent chaque jour par milliers, surtout dans certaines saisons, de grandes maladies inflammatoires, telles que la pneumonie, la pleurésie, la péricardite, l’endocardite, l’espèce d 'arthrite si connue sous le nom de rhumatisme articulaire, les angines diverses, certaines névroses vraiment inflammatoires, etc. Et comme la grande cause que nous signalons agit souvent sur plusieurs appareils à la fois, et même sur l’organisme tout entier, on ne doit pas avoir lieu de s’étonner de la coïncidence si commune de plusieurs des phlegmasies indiquées, coïncidence sur laquelle l’auteur de cet ouvrage a tant insisté depuis plusieurs années, ni de cette diathèse inflammatoire générale qu’on observe fréquemment alors. C’est bien surtout sous le rapport dont il s’agit en ce moment, que Sydenham a eu raison de dire que le froid à lui seul avait fait périr plus de monde que la guerre, la peste et la famine réunies.

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