‹ Traité de nosographie médicale (volume 2)Chapitre 67 sur 125 · CAUSES DÉTERMINANTES DE LINFLAMMATION · texte numérisé non relu

CAUSES DÉTERMINANTES DE LINFLAMMATION

Heureusement que nous possédons aujourd’hui un mode de traitement capable de triompher de ces inflammations, jusque là si rebelles aux anciennes méthodes.

I ne des causes les plus ordinaires aussi des maladies inflammatoires, c’est l'exercice outré des organes pendant un temps plusou moins considérable. Cette suraction prolongée constitue d’abord un état spécial désigné sous le nom de fatigue. Mais de cet état à une véritable inflammation il ny a réellement qu’un pas, qu’un degré; et si l’on voulait citer des exemples à l’appui de cette assertion, le seul embarras quel on éprouverait serait celui du choix.

Que si i on nous demande maintenant comment tant dagents ou de modificateurs si différents entre eux ont néanmoins pour effet commun, dans certaines conditions données, de produire un état inflammatoire des parties soumises à leur influence, nous répondrons que c’est là une difficulté que nos connaissances actuelles ne permettent pas de résoudre d’une manière claire et satisfaisante. Ce que Ion peut dire, c’est que le commun elfet dont il s’agit suppose dans les causes physiques , si variées d’ailleurs , qui le produisent , un de ces principes d activité dynamique les plus généralement répandus dans la nature. Or, de tous ces principes, le premier, le plus universellement agissant , c’est la force électrique. Il me paraît donc permis de conjecturer que la force indiquée n’est pas étrangère, dans un bon nombre de cas du moins, au développement de l’inflammation. Ce qu’il y a de fort digne de remarque, c’est que le mécanisme par lequel agissent certaines causes très simples d inflammation est précisément celui qui préside au développement des phénomènes électriques dans les corps non vivants. Telles sont les causes mécaniques, comme des frottements violents, des percussions, etc. Si 1 application de certains agents physiques et chimiques suffit pour allumer une inflammation , ne suffit-il pas aussi

du simple contact de certaines substances inorganiques pour la manifestation des forces électriques? Enfin, et cet argument mérite une haute considération, l’application pure et simplede l’électricité dynamique, àun degré donné d’intensité, ne constitue-t-elle pas une cause de phlegmasie? Eh bien, pourquoi ne serait-ce pas , en dernière analyse, par un mécanisme de ce genre que des agents plus complexes, d’ailleurs si différents entre eux, exerceraient cette communauté d’action d’où résulte l’inflammation? L’analogie, en attendant mieux, autorise , jusqu’à un certain point, cette conjecture.

§ II. Prédisposition et conditions ou causes prédisposantes.

S’il est une vérité dont la clinique journalière fournisse les preuves les plus éclatantes, c’est qu’il existe pour l’inflammation en général , et pour chaque espèce de cette maladie, des prédispositions plus ou moins prononcées, prédispositions sans lesquelles une foule de causes déterminantes resteraient souvent sans effet et comme non avenues. Sous ce rapport, on peut dire que, dans la production d’une inflammation quelconque, interviennent deux facteurs, l’un représenté par la cause déterminante, l’autre par la prédisposition organique, par les conditions prédisposantes. Lorsque ces deux facteurs sont très puissants, l’inflammation éclate avec une grande facilité et une grande intensité. Quand ilenest autrement, unrésultatinverse estobservé. Il est des individus chez lesquels la prédisposition est portée à un tel degré, que la moindre cause déterminante, la moindre occasion favorable suffit pour engendrer une inflammation, de sorte que souvent alors la cause déterminante échappe au malade et au médecin. Elle existe cependant, car il n’y a point d’effet sans cause, et la prédisposition, quelque grande quelle soit, ne peut se passer du concours d’une cause déterminante. Il est d’autres sujets chez lesquels la prédisposition est si faible , qu il ne

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faut rien moins qu’une cause déterminante très énergique pour qu'ils soient frappés d’une inflammation; il en est même chez lesquels il se rencontre un état diamétralement contraire à la prédisposition , et c’est alors que l’affection ne se développe qu’à la condition d’un très haut degrc de puissance de la part de la cause déterminante.

Nous sommes encore bien peu avancés dans la connaissance exacte et précise des diverses conditions organiques, soit matérielles, soit dynamiques, favorables au développement d’un grand nombre de phlegmasies des différents tissus, des différents organes. Toutefois, il en est quelques unes que l’observation la plus répétée et la plus attentive m’a permis de constater de la manière la plus formelle et la plus positive. Je ne manquerai pas de les indiquer en traitant de chaque espèce d’inflammation. Mais il est bon dès à présent de signaler deux de ces conditions prédisposantes les plus communeset les plus frappantes. Eh bien, ii est clair comme le jour que les sujets d une constitution lymphatique ou lymphatico-sanguine, qui ont les cheveux blonds, une peau fine, mince, blanche, à transpiration facile, sont essentiellement disposés aux inflammations que des refroidissements plus ou moins brusques sont aptes à produire. J’ai, cent et cent fois, démontré, à ma clinique, l’immense rôle que joue la condition organique ou physiologique ci-dessus indiquée dans l’étiologie des phlegmasies U frigore, telles que le rhumatisme articulaire, la bronchite, la pneumonie, la pleurésie ,lapéricardite, l’endocardite, etc.

Une prédisposition non moins générale que la précédente, et dont on n’a pas encore su apprécier, calculer toute la puissance, c’estcette faiblesse généraledela constitution qu’on peut rencontrer primitivement, naturellement , mais qui se remarque plus ordinairement dans certaines maladies suivies d’un état de maigreur , d’anémie et d’appauvrissement de la masse sanguine. Cet état coïncide en généralavec une grande irritabilité, une sorte d’éréthisme

DE l’inflammation ET DE LA FIÈVRE, du système nerveux. Il semble qu’alors l’économie n’oppose plus aucune résistance notable aux puissances capablesde provoquer des phlegmasies, phlegmasies qui offrent d’ailleurs des modifications, des particularités en rapport avec la disposition constitutionnelle. L’expérience prouve, en effet, chaque jour, que pour lutter efficacement contre les causes dont il s agit, il faut à l’individu une certaine dose de sang bien élaboré , condition qui tempère l’excitabilité nerveuse ( sanguis frenat nervos). C’est en raison de la loi qui vient d être posée, que l’on voit tant de convalescents de phlegmasies, éprouver des rechutes à la suite du plus léger écart de régime, d’un refroidissement à peine marqué, d’une faible émotion morale, etc. Aussi quel œil vigilant ne faut-il pas porter sur les convalescents de nos hôpitaux, et avec quel soin ne doit-on pas les préserver de 1 influence de causes que des sujets forts et bien portants pourraient impunément braver!

C’est avec grande raison que Y hérédité a été considérée comme une prédisposition à certaines phlegmasies ainsi qu’à tant d’autres maladies. Mais cette condition rentre évidemment dans la ■prédisposition constitutionnelle. C’est, en effet, parce qu’on hérite, en tout ou en partie, de la constitution de ses parents que l’on naît ainsi prédisposé aux phlegmasies et autres maladies dont ils avaient été eux-mêmes plus ou moins fréquemment atteints sous l’influence de leur constitution.

Nous verrons plus tard jusqu’à quel point le sexe, lage, les habitudes, les professions, etc., etc., prédisposent à telle ou telle phlegmasie. C’en est assez pour le moment sur le grave sujet des conditions prédisposantes, considérées par rapport au rôle général quelles jouent dans le développement des maladies inflammatoires.

TRAITEMENT DE L INFLAMMATION

ARTICLE VIL

TRAITEMENT DE l’iNFLAMMATION.

Réflexions ■préliminaires ; exposition des indications , et remarques sur la force dite médicatrice de la nature .;

[. Jusqu’ici les règles auxquelles doit être soumis le traitement de l’inflammation , cette maladie si commune, qui joue un si grand rôle en médecine, qui a fait périr tant de milliers d’individus, et qui chaque jour encore concourt pourla plus grande part à remplirles tables de mortalité, jusqu’ici, disons-nous, les règles précises auxquelles doit être soumis le traitement de l’inflammation n’ont été posées par aucun pathologiste. Il y a plus, c’est qu’aujourd’hui même, que douze années de l’expérience la plus authentique, la plus exacte et la plus répétée , ont clairement démontré la toute-puissance de là pratique formulée par nous, plusieurs de nos confrères se disputent encore sur les éléments essentiels ou constitutifs de la méthode antiphlogistique. Nous voyons chaque jour proposer des moyens qui nous sont donnés comme s’appliquant non pas aux inflammations en général, mais à telle ou telle inflammation en particulier. L’un, par exemple, vante l’émétique à haute dose contre la pneumonie; l’autre préconise le sulfate de quinine ou le nitrate de potasse contre l’arthrite rhumatismale, etc. Serait-il donc vrai que, même de nos jours, il n’existe aucune méthode antiphlogistique applicable à toutes les phlegmasies en général , dégagées de toutes complications constituant une contre-indication à cette méthode, ou; si l’on veut, une exception à la règle générale? Nous sommes heureux de pouvoir répondre à cette question par la négative.

Oui, il existe, en effet, une méthode antiphlogistique

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générale, et cette méthode formulée convenablement, bien appropriée à toutes les conditions que peuvent présenter les divers cas particuliers, appliquée à temps, jouit d’une telle efficacité , qu’elle a réduit la terminaison par la mort à n’être qu’une exception très rare dans les mêmes cas où les praticiens réputés les plus habiles perdaient un tiers de leurs malades et déploraient, avec trop de raison, l’impuissance de l’art.

II. Mais avant de faire connaître la méthode bien formulée dont il s’agit, commençons par poser les bases ou les fondements des indications à remplir, indications qui varient selon les degrés, les périodes de l’inflammation, c’est-à-dire selon les lésions que cet état morbide peut avoir entraînées à sa suite. Si l’on doutait de l’état déplorable dans lequel a langui jusqu’ici la thérapeutique des inflammations, il suffirait de réfléchir que les divers auteurs ( sans en excepter les plus modernes ) qui se sont occupés de ce point de pratique, n’ont pas même songé à établirla distinction capitale dont il s’agit, et tant d’autres distinctions sur lesquelles nous aurons à nous expliquer plus loin. Autre est cependant le traitement de l’inflammation elle-même; autre est le traitement des suites de cette inflammation, telles que la suppuration , l’ulcération , etc., etc.

Nous nous ferons un devoir de revenir en temps et lieu sur les soins et moyens spéciaux que réclament les diverses lésions consécutives au travail inflammatoire, lésions si variables selon diverses circonstances. Quant à présent, qu’il nous suffise de déterminer aussi rigoureusement que possible et les indications fournies par ietat inflammatoire considéré en lui-même et les moyens de les remplir.

La première indication qui se présente, c’est de soustraire à l’organe malade et à l’organisme tout entier, quand l’état pblegmasique est généralisé , cet excès de stimulus qui, de l’aveu de tous les pathologistes, est la cause première, le principe générateur de tous les autres phéno-

traitement de l inflammation.

mènes; c’est, en un mot, d’agir en sens inverse de cette couse, et d éteindre à sa naissance même l'espèce de combustion vitale qui s’est allumée. Tel est le moyen de prévenir ou du moins d’atténuer les ravages quelle ne manque jamais de produire quand on n’en abrège pas la durée.

La seconde indication est de réparer en quelque sorte les diverses lésions de structure dont on n’a pu prévenir le développement, et de donner une issue quelconque aux produits étrangers, aux sécréta anormaux engendrés par l’inflammation.

Aux deux indications ci-dessus on peut en ajouter une troisième, qui consiste à éloigner les causes productrices des phlegmasies. C’est là ce qu’on appelle le traitement prophylactique.

Les trois grandes indications précédentes renferment au fond toutes les autres.

Les moyens par lesquels on peut soustraire le sujet à l’action des causes qui ont produit, et qui entretiennent quelquefois une phlegmasie, varient selon l’espèce de celles-ci. Si linflammation est produite et entretenue par un corps étranger quelconque introduit dans l’intérieur de nos organes ou appliqué à leur surface, on aura recours aux divers moyens mécaniques ou physiologiques dont il sera question dans le chapitre que nous consacrerons à ce genre de maladie. Pour préserver le malade des influences atmosphériques, des écarts de régime, des fatigues physiques ou morales, etc., qui auront occasionné les phlegmasies, nous renvoyons à ce que nous dirons plus loin des moyens hygiéniques qui constituent les adjuvants ou les auxiliaires des émissions sanguines.

IIL Avant de démontrer la puissance directe de l’art, commençons par rendre un juste hommage à celle de la nature. Nous nous empressons de déclarer que, par la seule intervention de certaines forces naturelles qui tendent I. 9

ISO DE E’iNFLAMMATION ET DE LA FIÈVRE.

à maintenir la machine vivante à son état normal et a 1 y ramener quand elle s’en est écartée, forces a 1 ensemble desquelles ori a donné , dans le dernier cas , le nom de puissance médicatrice, les phlegmasies légères peuvent se terminer parla guérison. Celle-ci est dite alors spontanée. Il suit de là que , dans les cas où de telles inflammations existent, quand il s’agit d’organes dont les fonctions ne sont pas d'une grande importance, qui peuvent être profondément troublées ou même supprimées sans que la vie elle-même en soit compromise, on ne court pas grand risque à se contenter de la méthode expectante. Il n en serait pas toujours de même si les organes enflammés appartenaient à la catégorie de ceux sans l’action desquels l’exercice de la vie ne saurait avoir lieu. Mais si l’on se détermine à mettre en usage la méthode agissante, il est bien clair, comme nous allons d’ailleurs le montrer plus bas, qu’il faut agir dans une mesure qui soit en rapport avec le degré d’intensité du cas. On peut, surtout si elles n’affectent pas d’organes très importants, s’abstenir des moyens énergiques dont nous allons parler tout-a-1 heure , et sans le secours desquels les phlegmasies plus intenses auraient le plus souvent une terminaison funeste. Toutefois, comme les phlegmasies d’un léger degré peuvent très fréquemment s’élever à un degré plus élevé de l’échelle de leur intensité, il ne faudrait pas trop compter sur les efforts médicateurs de la nature, et s’en rapporter à ce système d'expectation dans lequel se complaît l’esprit humain, assez naturellement ami du repos et de l’inaction. Sans doute, c’est ici, du reste, une question on ne peut plus grave; et il n’appartient qu’à un esprit éclairé par une longue habitude clinique de bien distinguer les cas légers dans lesquels on peut s’abstenir de toute médication antiphlogistique de ceux qui réclament, au contraire, cette méthode appliquée dans une juste mesure.

Je ne prétends pas que des phlegmasies d’une moyenne

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intensité ou même d’une intensité plus grande encore ne puissent point, dans quelques cas, se terminer par une guérison dite spontanée; mais ces cas sont tellement excep tionnels , que ne pas recourir alors à la méthode dont nous allons nous occuper, ce serait s’exposer bien souvent au plus sérieux repentir.

IV. Cette méthode, en quelque sorte spécifique, est la méthode antiphlogistique proprement dite.

Elle consiste dans l’emploi bien entendu , convenablement formulé, des émissions sanguines, des boissons rafraîchissantes et de la diète , secondées par quelques moyens accessoires , tels que les vésicatoires , etc.

doute méthode autre que celle-ci, sans en excepter celle dite contro-stimulanle , ne mérite point le titre d’antiphlohistique , et resterait impuissante dans l’immense majorité des cas. Dans les cas mêmes où une autre méthode serait suivie de guérison , ce serait aux efforts de la nature, bien plus qu’à cette méthode, qu’il faudrait faire honneur du succès.

Au premier rang des antiphlogistiques , il faut placer la grande méthode des émissions sanguines : c’est là réellement le moyen principal, essentiel, fondamental, l’antiphlogistique par excellence. Les autres moyens ne sont que des auxiliaires ou adjuvants.

Cela posé , nous allons tracer les principes généraux du traitement de 1 inflammation aiguë et de l’inflammation chronique.

§ I,r. Traitement de l’inflammation aiguë.

A. Des émissions sanguines et de la mesure dans laquelle elles doivent élre formulées, ou des régies qui doivent présider à l'application de ce puissant moyen thérapeutique.

I. Bien convaincu par l’expérience, comrne tous les autres praticiens, et M. Louis en particulier, que les saignées, telles qu’elles étaient généralement employées, de-

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mettraient impuissantes contre les phlegmasies intenses, graves, qu’elles n’en arrêtaient pas le cours, et quelles n’empêchaient pas que la mortalité ne fût très considérable , soit par les accidents de 1 état aigu , soit par les lésions organiques consécutives à l’état chronique , je me demandai si, employées suivant une autre formule, ou conformément à une autre tactique, les saignées n’obtiendraient pas plus de succès. Procédant avec toute la prudence et la circonspection convenables, je soumis cette idée à l’épreuve de

l’expérience clinique, c’est-à-dire que j’augmentai le nombre

des saignées, et queje laissai un intervalle moins long entre chacune d’elles, d’où le nom de formule des saignées coup sur coup. Or, à la faveur de cette nouvelle formule, nous obtînmes des succès si étonnants , j’ai presque dit si merveilleux , qu’on ne peut réellement y ajouter une foi pleine et entière qu’après en avoir été assez longtemps témoin. La constance avec laquelle , depuis douze ans passés , ces heureux résultats se reproduisent dans des cas bien déterminés, bien catégorisés, nous a permis de soumettre au calcul la branche jusqu’ici la plus conjecturale de la médecine, savoir, la thérapeutique. Toutefois, il va sans dire due comme les conditions soumises au calcul dont il sagit ne sont pas absolument invariables, il ne faut pas prétendre à une exactitude algébrique, mais bien à des approximations qui se rapprochent le plus possible de cette exactitude.

II. Le grand principe , celui qui domine tous les autres , c’est que, les saignées ayant été commencées à une époque assez voisine du début de la phlegmasie , elles soient continuées à des doses et à des intervalles convenables, jusqu a ce qu’on se soit rendu maître de la maladie, ou ce qui est la même chose, jusqu’à ce qu’on ait obtenu un commencement de convalescence.

Si par des circonstances quelconques , sur lesquelles nous aurons soin de nous expliquer, telles que la faiblesse,

TRAITEMENT DE L INFLAMMATION

l’état anémique du sujet, etc. , les émissions sanguines ne peuvent pas être formulées comme il va être dit bientôt, on n’obtiendra point dans toute leur plénitude les résultats dont nous allons donner connaissance unpeuplus loin.

Dans ce qui va suivre, nous supposerons donc les cas ordinaires, et nous prendrons l'âge où les sujets ont acquis à peu près tout leur développement (i).

Quoi qu’il en soit, la nouvelle formule des saignées, qu’on pourrait appeler formule des saignées suffisantes , pour la distinguer des pratiques ordinaires, essentiellement caractérisées par leur insuffisance, cette nouvelle pratique, dis-je, diffère donc de ces dernières : i° en ce que la dose de sang qu’elle enlève l’emporte sur celle des pratiques dont il s agit (2) ; i° en ce que cette dose de sang est enlevée par des saignées générales et locales qui se succèdent avec une rapidité inusitée dans les méthodes classigues (et de là, comme je l’ai dit, le nom de saignées coup sur coup qui lui a été donné par nous , sauf à le remplacer par un autre que l’on jugerait plus conforme aux principes d’une saine nomenclature médicale); 3° en ce que la dose de sang est calculée aussi approximativement que le comporte la nature de l’objet soumis au calcul; et c’est pour cela que nous avons appliqué la dénomination de formule à notre méthode ou mieux à uotre pratique.

(1) Nous laissons à cet égard une assez grande latitude, et nous pouvons placer parmi les sujets dont il s’agit ceux qui ont atteint l âge de dix-sept à dix-liuit ans, jusqu’à ceux qui sont parvenus à l'âge de cinquante-cinq à soixante ans. Au-delà et en-deçà de cet âge, selon qu’on s’en éloigne plus ou moins, toutes choses d’ailleurs égales, la dose de sang sera plus ou moins diminuée.

(2) Je sais que d’anciens praticiens, Botal entre autres, ont, dans certains cas, fait tirer plus de sang que ne le comporte notre formule. Je déclare, une fois pour tontes , que je ne veux discuter en aucune façon des formules qui remontent à des époques où , le diagnostic exact étant impossible, on ne possédait aucune base solide pour régler et formuler 1 emploi dc3 émissions sanguines.

III. Cette expression de formule a été vivement attaquée par certains praticiens renommés, attendu, disent-ils, que le calcul en pareille matière est impossible et même dangereux, et que les saignées ne sauraient être formulées. Soutenir ainsi que les saignées ne peuvent être formulées quand elles le sont réellement depuis douze ans passés dans un service clinique assez fréquenté, c’est nier le mouvement en présence de gens qui marchent. Soutenir ainsi que le calcul sur lequel se fonde une pratique est dangereux , lorsque, grâce à cette pratique, les affections dans lesquel les nos adversaires perdent au moins un malade sur trois, sont, à un très petit nombre d’exceptions près, toutes guéries avec une promptitude inconnue jusqu’ici, pourvu que cette pratique soit bien appliquée dès les premiers jours de ces affections , en vérité , on ne peut s’empêcher de dire qu’une pareille conduite a quelque chose de bien singulier, et quelle fait peser sur ceux qui la suivent une responsabilité des plus graves.

Tout bien considéré, sous le triple rapport que nous venons de signaler, notre formule est donc nouvelle et constitue une sorte de révolution ou d’ère nouvelle dans 1 une des principales parties de 1 art de combnttie les maladies, ou de la tactique, de la guerre thérapeutique. Et, puisque je me suis servi de cette dernière expression, qu’il me soit permis de suivre ma comparaison, en ajoutant qu il en serait d’un médecin qui combattrait les plilegmasies sans aucun principe, sans aucune règle, sans aucune mesure, sans aucune formule, comme d’un général qui livrerait une bataille sans savoir rien de positif, rien de précis sur les moyens qu’il devrait employer pour l’attaque et pour la défense , dans des cas donnés.

IV. Mais, comme on ne saurait trop le répéter, les formules générales de la thérapeutique, quels que soient les agents auxquels elles s’appliquent, et quelle que soit la maladie qui en réclame 1 emploi , doivent être con\ enable*

TRAITEMENT DE l’iNFLAMMATION. 135

ment modifiées, variées , selon une foule de circonstances, telles que l’intensité, le degré, l’étendue, le' siège, les complications de la maladie, l’âge, la force, le tempérament, la constitution physique et morale, le sexe, etc., des malades, à peu près comme dans la tactique ordinaire ou dans l 'art de la guerre , les principes généraux doivent être accommodés aux accidents de position, de terrain , à l’espèce, au nombre , aux armes de l’ennemi , etc.

Sous ce rapport, nous le proclamons ici hautement, la nouvelle formule est un de ces moyens héroïques qu’il n’appartient pas à l’ignorance et à la légèreté de mettre en usage, une de ces armés puissantes dont le maniement ne doit pas être confié à des mains inhabiles et téméraires. Malheur aux imprudents qui, séduits par l’apparente simplicité de notre formule, iraient s’imaginer qu’il n’est rien de plus facile que de l’appliquer ! Ce serait tomber dans une erreur des plus grossières et qui pourrait avoir les conséquences les plus graves. Que de conditions, que de connaissances précises en diagnostic, quedetemps et de soins n’exige-t-elle pas de la part du médecin ! Pour adapter, accommoder, ajuster en quelque sorte la formule générale à chaque espèce de phlegmasie, à chacune des catégories que comprend une espèce donnée, à chacun des cas particuliers dont se compose chaque catégorie; pour varier, en un mot, la formule, la particulariser, X individualiser selon tous les accidents, toutes les circonstances contingentes qui se rencontrent dans la pratique, certes ce n’est pas trop que d’invoquer à son aide les lumières d’une longue et infatigable expérience exacte (i).

(i) Ainsi que mon ancien élève, ami et compatriote , M. le docteur Gigon, en a eu le premier l’idée, on pourrait donner aux principales variantes de la nouvelle formule des saignées, selon les cas, une sorte d’expression algébrique. Nous en avons offert des exemples pour la pleuropneumonie et le rhumatisme articulaire, dans le troisième volume de notre Clinique médicale. (Note des pages 458 et sniv.)

136 de l’inflammation et de la fièvre.

Heureux encore le médecin s’il n avait a lutter que contre les difficultés de la chose elle-même, et s il n avait pas à combattre encore les malades eux-mêmes ainsi que les personnes dont ils sont entourés !

VI. Au reste, il est bien facile de se rendre compte de la différence qui existe entre les résultats que nous avons obtenus et ceux qu’on avait retirés des saignées employées en moins grand nombre et à des intervalles plus éloignés. On conçoit parfaitement, en effet, que telle maladie qui, pour sa guérison , réclamait une soustraction de quati e à cinq livres de sang, n’ait pas cédé à une pratique d’après laquelle on en enlevait seulement deux ou trois livres ; voilà pour la dose. Mais ce n’est pas tout : telle maladie qui a cédé rapidement à la soustraction de quatre à cinq livres de sang , retirées dans 1 espace de trente-six à quarante-liuit heures, peut résister à la soustraction de la même dose de sang, faite seulement dans l’espace de sept à huit jours et plus. Pourquoi cela? La raison de cette différence est facile à donner : c’est que l’elfet produit par une saignée a eu le temps de se dissiper complètement quand on pratique une autre saignée , si l’intervalle de temps qu’on laisse entre elles est trop considérable. Au contraire, quand les saignées sont pratiquées à des intervalles plus rapprochés et coup sur coup , l’effet avantageux de l’une s’ajoute successivement à celui de 1 autre, depuis la première jusqu’à la dernière , et rien ne se trouve pour ainsi dire perdu. Telle est l’influence immense de la rapidité avec laquelle on répète les saignées (cette rapidité a pourtant sa mesure ), que, toutes choses égales d’ailleurs, trois livres de sang enlevées dans l’espace de vingt-quatre à trente-six heures auront un effet plus avantageux que six livres de sang enlevées dans l’espace de huit à dix jours. Je ne saurais trop le répéter, activité , vitesse, énergie prudente et partant éclairée, voilà le grand secret d’empeclier que les phlegmasies ne se terminent par la mort ou ne

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passent à l’état chronique. En thérapeutique comme en physique, pour bien apprécier un effet donné, il faut pour ainsi dire multiplier aussi la masse par la vitesse ( i ).

VII. On trouvera dans ma Clinique médicale , dans mon Traité clinique des maladies du cœur , et dans mon Traité du rhumatisme articulaire , de nombreux exemples de toutes les variantes de la nouvelle formule des émissions sanguines, variantes en rapport avec les divers degrés d’intensité des phlegmasies, la force, l’âge des malades, etc., etc. Je me bornerai donc à consigner ici les résultats et les préceptes les plus généraux.

Sur environ deux mille cas de phlegmasies aiguës des divers organes que j’ai traités, depuis douze ans passés, parla nouvelle formule des émissions sanguines appliquée à temps, à peine pourrais-je en citer quelques uns qui se soient terminés d’une manière funeste. Sous l’influence de cette formule, les guérisons s’obtiennent avec une telle constance, que les personnes qui suivent habituellement notre clinique considèrent comme un événement presque impossible la mort d’un individu, d’une force et d’une

(i) C’est là à peu près ce que je disais, dès i836 , dans le passade suivant de la quatrième partie de Y Essai sur la philosophie médicale : « Dans les maladies aiguës en general , qui attaquent vivement ef énergiquement la vie jusque dans ses fondements, il était nécessaire de faire agir des moyens proportionnés à la maladie, sous le double point de vue de la force et de la rapidité de l’attaque. Le principe fondamental de notre tactique thérapeutique , celui qui domine tout le reste, c’est que, dans les maladies aiguës, il faut déployer vivement, coup sur coup , les divers moyens dont se compose notre arsenal thérapeutique, charger l’ennemi sans relâche, ne pas lui laisser un repos pendant lequel il peut se relever, le poursuivre à outrance jusqu’à ce qu’il ait abandonné le terrain, et que la thérapeutique ait épuisé toutes les ressources disponibles dans un cas donné.

» Depuis quatre ans que nous avons livré cette rude guerre aux phlegmasies aiguës , il semble vraiment que nous soyons entrés dans un nouveau monde. Ces maladies ne se jouent plus, en effet, du médecin et de ses moyens, etc., etc. «

constitution, ordinaires, entré dans nos salles pour y être traité d’une phlegmasie aiguë autre que celles des centres nerveux portées à un haut degré d’intensité.

VIII. Or, la quantité de sang que l’on doit retirer pour parvenir à des succès si heureux n’est rien moins qu exorbitante. On en jugera par les détails suivants, relatifs à deux des plus graves et des plus fréquentes phlegmasies que nous offre la pratique journalière , savoir , la pleuropneumonie et l’entéro-mesenterite bien caractérisée ( fièvre ou affection typhoïde de quelques auteurs).

La moyenne de la dose du sang retire dans cent quarante-cinq cas de ces deux phlegmasies, pris au hasard, parmi la masse de ceux que j’ai recueillis, a été de quatre jivres ( deux kilogrammes ).

Cette dose de sang a été enlevée par des saignées générales et locales, dans les deux, trois ou quatre premiers jours ( dans quelques cas exceptionnels des saignées ont été pratiquées le cinquième et même le sixième jour ).

C’est toujours dans les vingt-quatre ou trente-six premières heures que la plus grande partie du sang a été retirée, et, règle générale, trois à quatre saignées, de tiois à quatre palettes (chez les sujets vigoureux, quelques saignées ont été de quatre palettes et demie à cinq palettes), ont été pratiquées dans les premières vingt-quatre heures, surtout chez les individus atteints de pleuro-pneumonie.

Dans cette dernière maladie, le nombre des saignées générales a été triple environ de celui des saignées locales. Dans l’entéro-mésentérite , la proportion des saignées locales aux saignées générales a été un peu supérieure.

La dose de sang que nous avons enlevée dans la pleuropneumonie l’a emporté d’un tiers ou même d’un peu plus sur celle que nous avons retirée dans l’entéro-mésentérite.

Dans les cas légers, la guérison n’a exigé qu’une, deux ou trois saignées. Dans les cas graves, elle en a nécessité six, sept et même plus ( mais les cas où il a fallu saigner

TRAITEMENT DE l’ INFLAMMATION.

plus de sept fois ont été très rares). Les cas moyens ont cédé à quatre ou cinq saignées.

Que si nous comparons maintenant la dose de sang qu’il nous a fallu tirer pour guérir le rhumatisme articulaire aigu (i) avec celle qui vient d’être indiquée , nous ne trouvons aucune différence bien notable.

En effet, dans les cas légers, une ou deux saignées ont suffi ( dans quelques cas extrêmement légers on s’en est abstenu ).

Dans les cas de grande gravité , on a pratiqué , en trois à quatre jours, six à sept saignées tant générales que locales , de trois à quatre palettes ( deux kilogrammes et demi à trois kilogrammes de sang).

Dans les cas de moyenne intensité , cinq saignées de trois à quatre palettes (deux kilogrammes un quart de sang environ), tant générales que locales , ont été faites dans l’espace de quarante-huit heures.

IX. En général, une convalescence franche et solide s’est déclarée vers le second jour du traitement dans les cas légers, vers le troisième jour dans les cas moyens, et vers les quatrième ou cinquième jour dans les cas graves. Si nous réunissons tous les cas de cette triple catégorie, nous dirons que , sous l’influence de notre formule , la guérison a commence dans le cours du septénaire , où elle a été employée, et nous ajouterons que la guérison a commencé d autant plus tôt, toutes choses d’ailleurs égales, que le traitement a été employé à une époque plus voisine du début des phlegmasies dont nous venons de nous occuper, fout ce que nous venons de dire de ces phlegmasies s applique exactement aux autres, sauf quelques différences dont il sera question quand nous étudierons chacune d’elles en particulier.

(i) Voyez notre Traité sur cette maladie. Le résume' qui suit porte sur soixante cas.

DE L’iNFLAMMATION ET DE LA FIÈVRE.

B. Moyens adjuvants ou auxiliaires de la formule des saignées suflisantcs.

Les moyens dont il s’agit variant beaucoup selon le siège de l’inflammation , nous ne saurions guère en soumettre l’emploi à des règles générales , et nous nous reservons d’en parler avec tous les détails convenables quand nous nous occuperons de l’étude de chacune des inflammations en particulier.

Parmi les adjuvants extérieurs dont l’emploi est le plus général , nous devons citer les divers topiques émollients , tels que les cataplasmes, etc., les bains locaux et generaux , soit simples , soit composés ou tenant en dissolution certaines substances médicamenteuses , les vésicatoires et autres moyens désignés sous les noms de

révulsifs , à' exutoires , etc., etc.

Les adjuvants intérieurs les plus usités sont . i es put gatifs de divers genres, lesquels sont en quelque sorte pour le tube digestif ce que sont pour la peau les vésicatoires et les sinapismes , a° les diurétiques, 3° les diaphoniques, 4° les préparations opiacées, etc., etc.

Dans quelques cas, les contro-stimulants des Italiens peuvent être employés à titre d'adjuvants.

Nous reviendrons, je le répète, en temps et lieu sur chacun de ces différents moyens , et nous tâcherons d’en bien apprécier la valeur. Je ne terminerai cependant pas cet aperçu rapide sans consacrer quelques lignes aux vésicatoires en particulier. G est à tort que, dans ces dernieis temps , quelques auteurs en ont nié les avantages. J en étudié l’action thérapeutique , avec une attention et une précision extrêmes , chez quelques milliers de malades , et

je ne crains pas d’affirmer que, appliqués avec opportunité,

c’est-à-dire, à part quelques exceptions, lorsque les premières émissions sanguines ont déjà calmé la violence de l’état inflammatoire local et de la réaction fébrile, les vésicatoires concourent pour une cei Laine paît a la ^

TRAITEMENT UE l’ INFLAMMATION. 141

rison des malades. Leur efficacité a plus spécialement été mise hors detouteespèce de doute, dans notre service, chez les individus atteints de pleurésie, de pleuro-pneumonie,de péricardite, d’arthrite rhumatismale, de névrite également rhumatismale, etc. Mais pour obtenir les bons effets qu’on a droit d’en attendre, il faut qu’ils soient d’une grandeur suffisante et répétés un assez grand nombre de fois (sous ce rapport, nous préférons les vésicatoires volants aux vésicatoires dont il faut entretenir la suppuration pendant un temps assez long, mais quelquefois nous avons recours à ceux-ci après en avoir appliqué un certain nombre des autres). Nous ne pouvons rien établir ici de fixe sur les dimensions des vésicatoires , puisqu’elles varient selon les lieux où l’on se propose de les appliquer. Sur la poitrine, par exemple , nous leur donnons un diamètre de 1 5 à 18 centimètres, sur les articulations une largeur qui leur permettede recouvrir celles-ci dans la totalité ou du moins la majeure partie de leur périphérie, etc. Nous n’avons jamais trouvé que, dans les conditions ci-dessus posées, les vésicatoires aient, comme on l’a dit, donné lieu à l’augmentation de la fièvre, etc. Mais lorsqu’ils sont appliqués sur des surfaces scarifiées par des ventouses , ils déterminent ordinairement une irritation plus ou moins vive de l’appareil urinaire, avec ou sans excitation fébrile notable, accidents sans gravité, qui disparaissent en vingtquatre ou quarante-huit heures.

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