‹ Traité de nosographie médicale (volume 2)Chapitre 77 sur 125 · FIÈVRE CHRONIQUE OU IIECTIQTTE · texte numérisé non relu

FIÈVRE CHRONIQUE OU IIECTIQTTE

piomatiques sont des maladies essentiellement différentes, et il enseigne que la fièvre hectique peut être tantôt primitive ou essentielle, tantôt symptomatique, c’est-à-dire être de deux natures essentiellement différentes et tout-àfait incompatibles.

§ II. Doctrine de Broussais.

A l’époque où Broussais proclama sa grande réforme pyrétologique, il laissa de côté tout ce qui concerne la fièvre hectique ou chronique. Mais il est assez curieux de rapprocher de la doctrine de Pinel sur cette fièvre, celle que Broussais exposa dans sa thèse inaugurale (i).

Le titre seul de la thèse de Broussais fait assez pressentir une opinion plus décidée que celle de Pinel. L’argumentation de cet auteur va nous confirmer dans ce premier aperçu. Partant de ce principe, que parmi les causes dont dépend la fièvre hectique, les unes sont des maladies (tous les vices organiques, la dysenterie, les fièvres continues et intermittentes , etc.), et les autres n’en sont pas sans l’hectique elle-même ( le travail du cabinet, la nostalgie , la fatigue générale , etc. ) , il raisonne de cette manière :

« Il peut résulter de ces dernières causes une fièvre sui generis , indépendante a aucune maladie ; comment la désignera-t-on, sinon par le titre de fièvre essentielle ? Si cette fièvre, essentielle dans ces circonstances, se représente une autrefois avec des maladies et qu’elle en soit inséparable, on l’appellera symptomatique. Or, il est prouvé que des altérations non-maladies, et des altérations-maladies produisent une fièvre tout-à-fait semblable qui est la fièvre hectique: donc la fièvre hectique est maladie essentielle et maladie symptomatique ; c’est comme si l’on disait : donc la fièvre

(i) Recherches sur la fièvre hectique , considérée comme dépendante d'une lésion d'action des différents systèmes, sans vice organique ; Paris, an xi (i8o3 ).

hectique est maladie essentielle et n’est pas maladie essentielle, et vice versa. Or , cela est absurde; car une maladie essentielle dans un cas ne peut dans autre cas ne pas être essentielle si elle est toujours la même; elle serait tout au plus une complication.

» Puisque nous ne saurions empêcher qu’elle ne soit essentielle , et que pour le bien de l’art il importe de ne pas la considérer comme un symptôme, disons que c'est une fièvre essentielle qui , toujours la même , se présente tantôt seule , tantôt compliquée a certaines maladies dont elle marque une période.

» Puisque la fièvre hectique est essentielle , elle doit trouver place dans un cadre nosologique: c’est une fièvre , elle doit donc entrer dans cette classe. Mais toutes les fièvres dépendent de la lésion d'un système , et la nôtre est commune à toutes les lésions, elle ne peut donc s’interposer entre elles. Toutes les fièvres peuvent la déterminer; autre raison pour ne pas la placer avant chacune d elles. Je voudrais donc qu’elle fût décrite la dernière de toutes ; il en résulte quelle formerait un ordre pour son type fébrile , un seul genre , jusqu’à ce qu’il soit prouvé qu il s en trouve de rémittentes ou d’intermittentes. »

Ainsi le futur destructeur des divers ordres de fièvres essentielles admises par Pinel , propose dans son premier écrit d’en élever un ordre de plus. Ainsi Broussais commence par être plus essentialiste que Pinel lui-même , son maître : tant il est évident que notre première éducation médicale, comme toute autre, influe puissamment sur la direction de nos idées , et qu’il n’appartient qu’au plus grand de tous les maîtres , c’est-à-dire à l observation exacte des faits, à une saine et longue expérience, de nous apprendre la vérité ! tant il est certain que le seul livre infaillible est le grand livre de la nature quand on y sait bien lire !

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