‹ Traité de nosographie médicale (volume 2)Chapitre 78 sur 125 · FIÈVRE CHRONIQUE OU HECTIQUE · texte numérisé non relu

FIÈVRE CHRONIQUE OU HECTIQUE

^ III. Doctrine de l'auteur de cet ouvrage dans son traité de fièvres

de 1826.

A la suite de l’exposition des doctrines de Pinel et de Broussais, sur la fièvre hectique , je disais :

« Que la fièvre affecte une marche aiguë ou chronique, sa nature est toujours essentiellement la même; par conséquent la fièvre hectique des auteurs ne dif.ere des fièvres aiguës que nous avons étudiées précédemment, qu’en ce qu elle parcourt ses périodes avec moins de rapidité. En un mot, la fièvre hectique est aux fièvres aiguës ce qu’est l’inflammation chronique aux inflammations aiguës; cette proposition est d’autant plus exacte que la fièvre elle-même n’est autre chose que le symptôme d’une irritation générale du système vasculaire (i).»

Ce que je pensais alors, je le pense encore aujourd hui que près de vingt années d’observation de plus m’ont permis d’étudier la fièvre hectique sous toutes les formes qu’elle peut revêtir. La maladie décrite sous cette dénomination n’est, en effet, qu’un état d’excitation ou de phlogose chronique plus ou moins forte, primitive ou con-

(i) Je terminais par les remarques suivantes sur les observations de fièvre hectique, rapportées par moi : « Les obseivations que je vais rapporter concourront , avec celles rapporlées précédemment, à prouver que l’irritation du système vasculaire à laquelle correspond la lièvre , laisse quelquefois après elle des traces sensibles de son existence. Tous les cas que je présenterai sont relatifs à la fièvre hectique consécutive à une phlcgrnasie chronique et dcsorganisatrice de l’un ou de plusieurs des systèmes dont se compose l’économie vivante. Je conviens qu’une irritation primitive du système vasculaire général , devenue chronique, pourrait donner lieu à la fièvre lente, mais je ne possède aucune observation complète de cette espèce.»

Depuis celte époque, c’est-à-dire depuis près de vingt ans, je n’ai cessé d’étudier cette matière, et je ne saurais encore rapporter d’exemple de fièvre hectique bien caractérisée, indépendante d’une phlegmasie locale. Mais des faits nouveaux, très nombreux, m’ont appris que le cœur et les gros vaisseaux étaient enflammés dans bien des cas où cela n’avait encore jamais été soupçonné.

17 à DE L’iNELAMMATION ET DE LA E1ÈVRE.

sécutive , de l’appareil sanguin , avec infection plus ou moins abondante de la masse sanguine , soit par du pus proprement dit, soit par un liquide qui s’en rapproche. De cet état de phlogose et d’infection chroniques dérivent tous les phénomènes qui caractérisent essentiellement la maladie appelée fièvre hectique, tels qüe la chaleur entremêlée de frissons, les altérations des diverses excrétions, la fétidité générale, l’amaigrissement progressif, etc., etc.

§ IV. Conclusion de la première sections

En résumé, de toutes les discussions qui précèdent, il résulte clairement que, considérée en elle-même, c’est-à-dire abstraction faite de toutes les circonstances particulières qui lui ont fait donner tel ou tel nom spécial, la fièvre continue essentielle ou primitive des auteurs n’est autre chose qu’un état inflammatoire de l’appareil sanguin; et qu’elle ne diffère de la fièvre continue symptomatique ou secondaire qu’en ce que les phénomènes d’excitation générale sont alors sous la dépendance directe et immédiate de l’inflammation de l’appareil indiqué, tandis que dans le second cas les mêmes phénomènes ont pour foyer, pour point de départ l’inflammation de quelque organe, de quelques parties plus ou moins circonscrites du corps avec réaction sur le système sanguin.

Comme toute autre phlegmasie, celle qui nous occupe peut être aiguë ou chronique. Quelle que soit d’ailleurs la forme de cette phlegmasie , la masse sanguine éprouve alors des altérations qui sont aussi inhérentes à son existence que les altérations des vaisseaux et du cœur.

CLASSIFICATION ET DOCTRINE DE PINEL

SIÀCOJUDE SEC'fl'lOST.

EXPOSITION RAISONNÉE DE LA CLASSIFICATION DES FIÈVRES DITES ESSEN- TIELLES CONTINUES ET DES PRINCIPALES DOCTRINES RELATIVES A CES MALADIES ; DÉMONSTRATION DE LEUR IDENTITÉ AVEC LES PHLEGMASIES.

A. Fièvres essentielles continues d’origine non miasmatique.

ARTICLE PREMIER

CLASSIFICATION ET DOCTRINE DE PINEL

§ Ier. Classification et doctrine générale.

Dans la préfacé de la première édition de sa Nosographie, Pinel s’exprime ainsi :

« J’admets six ordres fébriles primitifs, et je trace séparément leur histoire, en les considérant, tantôt dans leur état de simplicité, tantôt dans leurs complications diverses. Le premier dénote un e affection particulière dusystème vasculaire sanguin; le deuxième a pour objet une irritation spéciale de l’estomac, du duodénum ou des parties adjacentes ; le troisième indique encore que cette irritation s’exerce surtout sur les membranes muqueuses du conduit alimentaire ; le quatrième ajoute à la considération des changements produits sur ce conduit , celle d'une impression de débilité ou d’atonie dirigée sur l’irritabilité des muscles. L’objet du cinquième est une lésion profonde portée sur /’ irritabilité et la sensibilité , et marquée par des symptômes nerveux du plus funeste présage ; enfin le sixième ajoute aux traits caractéristiques de ce dernier des circonstances particulières de mortalité , et d’une affection simultanée des glandes. »

Pinel ajoute que « des dénominations particulières de ces ordres servent à fixer les idées , et à faire proscrire les termes vagues d’une rnédécine humorale qui leür sont cependant mis en ojiposition pour éviter les erreurs et les embarras d’une nouvelle nomenclature. C’est ainsi qu’il appelle les fièvres du premier ordre, fièvres angiogéniques

UK LINFLAMMATION ET UE LA FIÈVRE.

(fièvres inflammatoires de ses prédécesseurs); celles du deuxième ordre, fièvres méningo-gastriques (fièvres bilieuses de ses prédécesseurs); celles du troisième, fièvres adénoméningées (fièvres pituiteuses de ses prédécesseurs ); celles du quatrième ordre, fièvres a dynamique s ( fièvres putrides de ses prédécesseurs) ; celles du cinquième, fièvres ataxiques (fièvres malignes de ses prédécesseurs); enfin, celles du sixième ordre, fièvres adéno-nerveuses ( peste de ses prédécesseurs) ».

Notons bien que Pinel considère la maladie décrite par Wagler, en 1783, sous le titre de maladie muqueuse (tractatus de morbo mucoso ), comme le type de ses fièvres adéno-méningées , et qu’il signale la complication de cette fièvre avec ses fièvres adynamiques et ataxiques. C est aussi , dit-il, la fièvre mésentérique de Baglivi. llajoute que les anciens eux-mêmes supposaient le siège de la fièvre adéno-méningée dans le ventricule , le mésentère, les intestins.

Quant à la fièvre bilieuse ou gastrique, Pinel la rapporte formellement à une affection primitive ( 1) du système membraneux des premières voies.

Ainsi, de prime-abord, Pinel renverse en quelque sorte d’une main l’édificequ’il a élevé de l’autre. Car de quel droit appeler essentielles des fièvres que l’on rapporte à telle ou telle affection de certains organes Pet de quel droit les séparer des inflammations , quand les affections auxquelles on les rapporte sont considérées comme des phlegmasies? D’un autre côté, par une sorte d'esprit de vertige, Pinel, après avoir proposé certaines dénominations propres à mettre sur la voie d’une saine localisation et d’une saine classification de ses fièvres dites essentielles, s’empresse d'ajouter : « Ces dénominations, fondées sans doute sur certaines apparences extérieures, et sur des signes de quelque lésion des fonctions, ne sont nullement destinées à exprimer la nature in-

(1) Précédemment, Pinel a dit expressément que cette affection primitive est une irritation.

classification ET DOCTRINE DE PINEL. 177

timedes fièvres , objet éternel de vaines discussions et de eoni traverses qu’on doit désormais éviter. » Ne semble-t-il pas que Pinel ait pris plaisir ici à se ravir la gloire d’avoir été l’un des premiers moteurs de la nouvelle doctrine pyrétologique?

Au reste, dans ses généralités sur la classe des fièvres primitivesou essentielles, Pinel ne donne aucune définition de ces maladies. Il se contente de dire qu 'elles semblent affecter a la fois tous les systèmes de l’économie animale, ceux de la digestion, de la circulation, de la respiration, des sécrétions, et enfin les organes des sens, de l'entendement et du mouvement... ; qu’e//es affectent ces systèmes , chacune à leur manière... ; quW milieu de toutes leurs dissemblances , les fièvres primitives offrent des analogies frappantes qui en font une classe distincte de toutes les maladies aiguës (i).

Quelles sont ces analogies, et en quoi distinguentelles les fièvres primitives de toutes les autres maladies aiguës, des phlegmasies en particulier? voilà ce que Pinel ne dit en aucun endroit de son ouvrage. Or, la chose était d’autant plus importante que déjà, dans un ouvrage déplus de vingt ans antérieur à celui de Pinel, Selle (2) avait renfermé dans une même classe les fièvres essentielles et les phlegmasies. Pinel, qui d’ailleurs donne les plus grands éloges à l’ouvrage du médecin de Berlin , se contente de dire quV/ résulte une sorte de confusion de cette classification. Mais il fallait prouver que cette classification était réellement défectueuse , ou l’adopter dans le cas où 1 on aurait reconnu qu elle était conforme aux faits bien observés.

(1) Nosographie philos., Paris, 1818, t. Ier, pap. 3-4-

(2) Elementa pyretolotjiœ mctliodiccc. Berolini , 1773.

DE LliM'LAMMATiülN ET DE LA FIÈVIIE.

§ II. lîoptrme de E’inel sur les fièvres ditçs inflammatoires ou angio-téniques (l).

Dans ses considérations générales sur ce premier ordre de ses fièvres essentielles ou primitives., Pinel entre en matière par une attaque contre Galien et les humoristes en général et dans tout le cours de ses études pyrétologiques, il se nip.ntre malheureusement animé du même esprit. fa division que Galien a faite de la fièvre synoque (fièvre inflammatoire) en putride et en non-putride, n était, à son avis, nullement fondée spr des faits clairs et précis, et pn lui a donné les interprétations les plus arbitraires. Que cette distinction ait, en effet, donné lieu à de nombreuses dissensions , quelle n’ait pas été appuyée sur des observations suffisamment précises et exactes, c’est assurément là une incontestable vérité; mais cette distinction de Galien n’en est pas moins conforme au fond même des choses , et aujourd’ui que l’art d’observer a fait de si grands progrès , elle a été trouvée exacte par les meilleurs observateurs.

Pinel se réei'ie aussi (p, 19) contre le mot diathèse inflammatoire , sorte de cri de guerre que ne cessent de répéter tous les disciples de Boerhaaye, et il accuse De Haën d’être un des médecins qui ont donné le plus d’exemples d’une manière de voir olpstinçe et exclusive sur les fièvres de cet ordye A puisqu’il pense que les fièvres les plus fréquentes sont ou inflammatoires ou putrides. On est, en conscience, obligé de déclarer que Pinel ici n’a pas plus raison contre De Haën que contre Galien. Le reproche qu’il adresse à De Haën, ainsi qu’aux autres partisans delà diathèse inflammatoire, est, on en conviendra d’ailleurs, un peu déplacé dans un

(1) Synochus imputris et synocliui putris (Galien); synoclia simplex, et acuta sanguinea (Uoiii\\i\\in)-,febris con{incns vcl sinocha (Slalil); fvbris injlammatoria (Stoll, etç. ); synoclia (S.vUtvqges, Cullen, çqc. ).

Après avoir donné cette synonymie, Pinel ajoute que ■< les fièvres inflammatoires présentent, dans la plupart des auteurs, une telle confusion, qu’il est impossible d’en tracer exactement la synonymie. » Pinel a parfaitement raison, heureux s’il eût dissipé la confusion qui régnait dans les ouvrages de ses devanciers!

CLASSIFICATION KT flQÇTlUNE UE P(NEL. 4 7 9

article où il est question de maladies que fauteur désigne c sops le nom de fièvres angioténiques, ou de fièvres inflammatoires, en disant que tous les symptômes qui les distinguent annoncent une irritation des vaisseaux sanguins.

P’qilleurs, dans ses Considérations sur la nature des fièvres inflammatoires , cet illustre pyrétolqgiste laisse bpawcoup à désirer sur le sujet dùùt il s’qçcupe. Après ayoir rappelé que J. -P. Frank (i) ditavpir vp les artères et les veines qpllan^mées et rouges à leur surface ipterqp dans les cadavres d’ipdivjdus morts fie fièvre inflaminqtoire, il ajuqte qu’qf v’est pas démontré si cetejfet est constant. Il demande si. çeqx qui parlent de diathèse inflammatoire, d’ épaississement et ôlétqt phlogistique du sang s’ entendent eux-mêmes. P’aqalyse chimique et l'inspection du sang peuvent-elles répandre quelques luçnièressur lafièvre inflammatoire? A cette question, Piqel répond qu’o/i n ci pas encore déterminé quels so/it les rapports réciproques des différentes parties constituantes du seing clans les fièvres dont il s’agit, et quon ne connaît pas non plu y les changements divers dont, ils sont alors susçep.tibles . Il affirme que rien if est plus variable çt moins asservi à un ordre constant que la formation de la çouemie qui recouvre le sang quon retire des veines des individus affectés de cette maladie ( fièvre inflammatoire). Il fait remarquer que les expériences tentées en 1 7 pai' Peyeux et Parmentier, noat pas présenté de différences marquées entre fe sang retiré des veines dans les maladies inflammatoires, et celui des individus affectés de maladies adynamiques , scorbutiques, etc. Il termine par le passage suivant : « Si les humoristes ont pu faire jouer leur imagination sur la fièvre inflammatoire avec peu de succès et sans aucun fondement solide, en partant des principes de la chimie, ils n’ont pas été plus heureuy eu voulant saisir des rapports entre la fièvre inflammatoire en général et les phlegmasies; la cause en est dans l’analogie qu’ils

(i) ppitomç , lib. r , Manhcim , 1732. — Traité (le yçfdçcine pratique , Paris, 1842 , t. Ier, pan. 1 et suiv.

180 de l’inflammation FÎT de la FIÈVRE, ont pu apercevoir entre la matière qui couvre le sang tiré des veines d’un homme attaqué de cette fièvre, la couche albumineuse qu’on trouve à l’ouverture des corps, sur des organes frappés de phlegmasies, ou même la concrétion formée à la surface interne du larynx et de la trachéeartère dans l’angine dite croup. Ces conformités sans doute indiquent, en bonne logique, un point de rapprochement, une sorte d’analogie entre la nature de ces maladies; mais peut-on en conclure, avec l’auteur ingénieux d’un traité moderne sur les fièvres , qu’il y a une parfaite identité de na~ ture entre la fièvre inflammatoire générale et les inflammations particulières? Nest-ce point là outre-passer 1 induction immédiate qu’on doit tirer des faits observés? » Puisque Pinel persistait ainsi à faire de la fièvre inflammatoire une maladie essentielle et distincte des phlegmasies, comment a-t-il pu lui rapporter la fièvre traumatique , c’est-àdire celle qui survient à la suite des plaies , des opérations chirurgicales, etc. (t. I, p. 36)? IS’est- ce pas là, je le demande , le comble de l’aveuglement?

De ce qui précède , on peut conclure que Pinel n’avait rien moins que démontré Vessentialilé de sa fièvre angioténique. Ilestfâcheux que , raisonnant dans unsens contraire à une dénomination vraiment assez heureuse, il n’ait pas fini par reconnaître que la fièvre de cet ordre n’était autre chose qu’une phlegmasieplusou moins prononcée de l’appareil sanguin.

§ III. Doctrine de Pinel sur les fièvres dites bilieuses ou méningo-

gastriques (l).

Pinel débute par une apostrophe assez véhémente contre les pyrétologistes qui l’ont précédé, et, fidèle à ses habitudes solidistes, il leur reproche particulièrement leurs

(i) Voici la synonymie que Pinel donne de ces fièvres : fèvres bilieuses ( Hippocrate, Stald, Selle, Tissot, Stoll, etc.); synoclius bilieux (Galien); fièvres gastriques (Bâillon) fièvres meningo-gastriques (Pinel).

CLASSIFICATION ET DOCTRINE DE PINEL

doctrines humorales (i). Après avoir dit que ces fièvres sont les plus fréquentes de toutes celles qu éprouve l'espèce humaine (t. I, p. 49), il traite successivement de Y embarras gastrique, de 1 embarras intestinal, du cho/éra-morbus et de la fièvre gastrique proprement dite.

Dans ses considérations terminales sur la nature des fièvres gastriques, il s’exprime ainsi : « Tout semble indiquer que le siège principal des maladies de cet ordre est dans le conduit alimentaire , surtout dans l’estomac et le duodénum, non moins que dans les organes sécréteurs de la bile et du suc pancréatique, avec augmentation d’irritabilité fébrile dans ces parties. »

Après nn tel aveu , comment Pinel a-t-il pu enseigner que les fièvres bilieuses sont essentielles , et que de telles maladies ne doivent pas être placées dans la classe des phlegmasies? Vraiment, on a peine à le concevoir.

Déjà, en i8o5 , dans son Traité de la fièvre jaune , le célèbre Tommasini avait bien saisi le véritable génie de la maladie appelée fièvre bilieuse, et il louait beaucoup Pinel d’avoir attribué cette fièvre à une irritation membraneuse du système gastrique. Voici ses propres expressions :

« Pinel è forse il solo tra i moderni , che parli con interesse délia febbre biliosa ( méningo-gastrique), e chelaconsideri corne causata e sostenuta da una irritazione metnbranosa del systema gastrico. «

S IV. Doctrine de Pinel sur les fièvres dites pituiteuses , muqueuses ou adéno-méningées (2).

Dans ses considérations préliminaires, Pinel expose les

(1) Le passage suivant est la preuve de ce qui vient d’être dit: «On peut citer, comme un rare modèle de confusion et de savante obscurité, la doctrine de ces fièvres, puisée dans la foule immense de traités généraux de médecine, ou dans les ouvrages de nosologie. ... Vaine redondance d’expressions galéniques ; objet dégoûtant de bile, de sabune et de saletés gastriques tour à tour mises en jeu, etc.»

fa) Voici la synonymie indiquée par Pinel : febris mesenterica (Bafl',v*) \febns pituitosa (Stoll, etc.); fièure glutineuse gastrique (Sarcone) ;

182 DÉ t’iN.FLAMtoA+rbN F.t DE LÀ EifeVftfe.

recherches principales dottt ces maladies ont été l’objet, signale, selon sa OoüUHOé, les défauts des écrits qu’il merttidUne, et fait surtout la guefre atix doctrines humorales. Il met, avec juste tetisbn, ïtü prëmier rail g des ouvragés publiés sur les fièvres de cet oi’dre, celui de Rœderer et Wàgler ( Tractatüs de morbo ûmcôSo, Goëttingiié, 1783), auteurs qui , dit-il , 'en oht désigné le siège d'après des recherches ahâtoiniques.

Dans ses Considérations sûr là nature des fièvres muquèuses , Pinel revient sür l’ouvrage de Rdederer et Wagler, insiste sur les ültéfations que ces observateurs ont constatées dans les diverses parties dü tube digestif, et conclut qu’on ne peut guèrè hïeconnai&é une irritation particulière de la me'mbràhe muqueuse qitï revêt les premières voies , et gui, pàr une soA'e de eornésjidndahéè sympathique avec les autres systèmes cle l'écohoûiie animale , pûôdûiï cet ordre de fièvres.

Et cependant , Pihél considère ces fièvrës comme essentielles , ét en fait dès maladies essentiellement distinctes

des irritations ou des phlegmasies ! Qu’il nous suffise donc d’opposer ici Pinel à lui-même.

§ V. Doctrine de Pinel sur les fièvres dites putrides ou adynamiques.

Toujours adversaire décidé des humoristes, Pinel, dans les considérations préliminaires sur X ordre de ses fièvres adynamiques , s’exprime ainsi qu’il suit :

« Doit-on s’étonner si la dénomination de fièvre putride a joui d’une si grande vogue en médecine, et si elle a passé de là avec tant de facilité dans le langage ordinaire? fies apparences les plus frappantes ne semblent -elles point déposer en sa faveur? x° l’odeur fétide des déjections , des

mdrbui nnicokis (Rœderer et Wàgler), jievre adéno-inéningée (Pinel), etc.

Le docteur Hernandez a fait de la fièvre muqueuse une espèce de son genre typhus , dont nous parlerons plus loin , et lâ décrit sotis le nom de typhus lymphatique , confondant sous cette dénomination les fièvres muqueuses,ta peste, la petite-vérole, la scarlatine, etc. Quel chaos!

CLASSIFICATION Et DÜdttttNE OF. PINEL. 183

sueurs et de l’urine que rendent les malades; a° lit prompte décomposition des corps de ceUx qui ont succombé à cette fièvre; 3° la couleur verdâtre du sang tiré des veines, qui semble l'assimiler à la viande gâtée : de lâ la doctrine de la putridité du sang et des humeurs* consignée dans des milliers de volumes depuis Galien jusqu’à nous 5 doctrine fortifiée par l’appareil imposant des expériences sur les antiseptiques, qu’on doit à des médecins d’un grand nom, et parles discussions subtiles de HUxham sur la dissolution putride de nos fluides. Mais en portant Uil coup d’œil sévère sur ce mot, un état de décomposition peüt-il s’accorder avec les phénomènes de lâ vie? Et tant que HOs parties sont soumises à Cette dernière, peuvent-elles obéir à leUrs affinités chimiques? D’ailleurs , les travaux modernes des chimistes n’ont-ils point donné des résultats Opposés? Toutes les fausses apparences de cette prétendue pïttrid i te ))e disparaissent-e/leS point à l’époque de la convalescence P Comtllèllt connaître d ailleurs la nature des maladies par leurs principes internes? Et ne sominfes-ilOus point bornés âüx caractères extérieurs et sensibles qui servent à les désigner? Or, que nous manifestent aux sens les fièvres de cét ordre? Débilité, langueur* prostration des forces, pouls faible et avec peu d’accélération, stupeur, vertiges et comme état d ivresse, diminution des fonctions des organes de la vue et de l’ouïe, sorte d'anéantissement des fonctions de l’entendement et rêvasserie légère, bégaiement ou difficulté d’articuler les sons, excrétions involontaires des déjections alvines et de l’urine, etc.; tout n’indicptc-t-il point d’une manière évidente une atteinte profonde portée sur les forces vitales, une diminution notable de la sensibilité organique et de la contractilité musculaire? Dans le scorbut et les fièvres putrides, comme le remarque Milman; la stupeUr et le peu de disposition à contracter les muscles, sont les premiers effets de leurs causes occasionnelles. Dans ces deux maladies, on trouve le mêille état de mol-

184 de l’inflammation et de la fièvre.

lesse et de flaccidité dans les fibres musculaires, la même diminution de cohésion entre leurs parties constituantes; d’où il arrive que les vaisseaux ne peuvent plus désormais retenir les fluides, qu’ils les laissent extravaser sous la peau; de là les exanthèmes et la disposition aux hémorrhagies. Ce sont là les considérations qui me portent à adopter le terme de fièvre adynamique, comme fondé sur les caractères extérieurs les moins équivoques et les plus multipliés de la maladie désignée dans les écrits de médecine sous le titre de fièvre putride. »

C’est par là que Pinel commence l’histoire des fièvres adynamiques,et il la termine dans le même sens. Alors, en effet, à l’occasion de la prétendue putridité du sang, il dit que « c’est de là que la garde-malade la plus bornée se trouve tout de suite, ou croit être au niveau de l’homme qui s’est le plus profondément occupé de l’étude de la médecine. » Il accuse Haller pour avoir, en parlant des causes des fièvres putrides, fait concourir, avec les lésions des propriétés vitales, une sorte de dégénération des humeurs ( summa viriutn et irritabilis naturce destructio, cum simili suce causes in humoribus nostris putredine conjuncta) . Il exalte Milman pour s’être déclaré contre la putridi té des humeurs. Il revient cependant (p. 194) aux phénomènes si positifs de cette putridité, et n’en est point ébranlé, disant que rienn est plus variable c\ ue le sang tiré des veines d individus affectés de la fievre putride ; qu’il est quelquefois semblable à celui de l’homme le plus sain; qu’il se recouvre quelquefois d’une couenne analogue à celle du sang des pleurétiques; que Deyeux et Parmentier n’y ont aperçu aucune différence notable d’avec le sang d’individus affectés de fièvres inflammatoires, toutes propositions contraires à l’exacte observation des faits.

Dans son appendice aux fièvres essentielles, Pinel a soin de dire qu’on observe certains cas où les inflammations abdominales n’offrent que des symptômes locaux très légers,

CLASSIFICATION ET DOCTRINE DE PINEL

tandis que la fièvre concomitante annonce le plus grand danger, et qu’aussi a-t-on souvent regardé ces fièvres symptomatiques comme des fièvres primitives et essentielles. Il faut convenir, ajoute-t-il, qu’il était peut-être difficile d’éviter cette méprise lorsque l’anatomie pathologique n’avait point encore éclairé sur leur véritable caractère (il ne s’aperçoit pas qu’il a précisément commis luimême cette méprise); et après avoir rappelé les symptômes et les altérations de la fièvre entéro-mésentérique de MM. Petit et Serres , il conclut que c’est « une véritable entérite ou une inflammation violente de la membrane muqueuse des intestins grêles vers leur terminaison; qu’on ne trouve donc aucune raison pour faire d’une pareille maladie un nouvel ordre de fièvres, et que la plupart des médecins, étant convenus maintenant de regarder la fièvre dite puerpérale comme une inflammation du péritoine ou de divers organes abdominaux, n’admettront la fièvre entéro-mésentérique que comme une inflammation des intestins, loin de la reconnaître pour une maladie sut generis, et en renverront la description à l’histoire des phleginasies,où elle trouvera naturellement sa place.» C’est ainsi que Pinel signe réellement sa propre condamnation. En effet, ses disciples les plus essentialistes ont été forcés de convenir que la fièvre typhoïde, à laquelle ils rapportent toutes les fièvres primitives de leur maître, n’est autre (pie la fièvre entéro-mésentérique. Or, d’après Pinel, cel te fièvre est une véritable entérite ou une inflammation violente de la membrane muqueuse des intestins grêles vers leur terminaison. Donc les fièvres dites essentielles, ainsi réduites à la fièvre typhoïde ou entéro-mésentérique, trouvent naturellement leur place à 1 histoire des phlegmasies.

Certes, il est impossible de présenter d’argument plus victorieux en faveur de la non-essentialité des fièvres essentielles de Pinel et de ses élèves; et cependant c’est pour avoir proclamé , en 1 8 1 6 , ce dogme réformateur, que fil-

186 de L’inflammation et de la fièvre.

lustre auteur de VEfcàVn&i des doctrines fut si vivement c'ôtnbattü par eux , comme lui-même avait autrefois protesté colitre les idées de Prosl , concernant les rapports des fièvres ataxiques avec rinflànimatiori de la membrane muqtieüse des voies digestives! Tant l’esprit humain est bifeaiTe , et tant il procède quelquefois lentement et laborieusement qualid il s’agit de l’enfantement de quelque grande vérité !

§ VI. Doctrine de Pinel sur les fièvres dites malignes ou ataxiques.

Oti ne saurait prendre au sérieux la doctrihe de Pinel sur Y esseniiàliié de là fièvre ataxiqüe, quand on lit le passage suivant de l’articlé qu’il U consacré à cette maladie : « Le principe des fièvres ataxiques continues se trouve, à n’en pas douter, dans l’Orgatte cérébral, et elles deviennent funestes par répahclietnellt gradué d’un liquide séreux oü séro-sartguin , soit dans les ventricules latéraux dü cerveau, soit dans une autre partie quelconque de l’organe elicéplialiqUe. »

La fièvre Cérébrale des auteurs est considérée par Pinel comme une espèce de fièvre ataxiqüe , cé qui démontre encore qu’au foiid cette fièvre , de son propre aveu , n’est autre chose qti’une phlegmasie cérébrale avec réaction fébrile plus ou moins intense; phlbgose cérébrale, qui, dans la fièvre gastro-ataxique, adynamo-âtaxique, coïnciderait avec des phlegtnasies gastro-intestinales, suivies ou tioil d’une infection septique du sang.

§ VII. Réflexions définitives sur ce qui précède.

EH résumé, si l’on médite attentivement les considérations générales de Pinel à l’occasion de chacun de ses ordres dé fièvres, OU rte revient pas de son étonnement quand on voit Cet autfeur persister h soutenir le dogme de l’essentialité des fièvres, vigoureusement attaqué plus tard par Broussais. N’appartenait-iî pas à Pinel, au cotl-

bDC+RINE Dfe phdst. 187

traire, de revetadiqiter une partie de la glôil'ë qtie son adversaire s’est acquise par ses beaux travaux sur lagl Onde question de la localisation des fièvres dites esséntiellès?

ARTICLE II

DOCTRINE DE PROST

Parmi les observateurs qui, avant Broussais, avaient puissamment contribué à faire rentrer les fièvres continues dites essentielles dans là classe des phlegmasies , Prost doit, sans contredit, Occuper le premier rang. On ne saurait trop signaler ses recherches sur le rôle que joue 1 inflammation de l’appareil digestif en particulier dans le développement des fièvres ataxiques, l’une des formes les plus communes de la fièvre typhoïde des modernes, quand celle-ci n’est pas bien traitée à son début. Nous nous plaisons à extraire de son ouvrage (i) lés passages qui se rapportent au sujet que nous discutons.

Avant de s’occuper de chaque ordre de fièvre en particulier, Prost expose les considérations suivantes, bien dignes de fixer l’attention de tout historien de la pyrétologie.

« Les membranes muqueuses des intestins m’ont paru mériter une très grande attention, et j’ai constamment observé celles de tous les organes de la digestion avec une application extrême. Ce travail est horriblement dégoûtant , mais il donnera un jour des fondements inébranlables à la médecine.

(i) Médecine éclairée par l' observation et l'ouverture des corps; Paris, 1804 ; avec cette épigraphe de Bicliat : « On aurait beaucoup fait, je crois, pour la science, si dans toutes ses branches on dcmontrdit ce principe qui repose déjà sur uh si grand nombre de faits; savoir, que la nature, avare de moyens, est prodigue de résultats; qu’un petit nombre de causes préside partout à une multitude de faits, et que la plupart de ceux sur lesquels on est incertain tiennent aux mêmes principes qlte plusieurs autres qui nous paraissent évidents. » [Traité des memh , pag. i83.)

» J avais fait au moins cent cinquante ouvertures de corps de personnes mortes dans le cours des fièvres ataxiques, sans pouvoir remarquer quelque chose de particulier dans le cerveau, mais toujours j’avais vu des inflammations de la membrane muqueuse des intestins, avec ou sans excoriation... Je reconnus que les inflammations de la surface intérieure des intestins peuvent exister sans aucune douleur, qu’elles produisent le trouble des fonctions animales, et que ce trouble se coordonne à l’intensité de l’inflammation, à l’abondance et à la nature des causes irritantes ( mucus intestinal, bile, etc. ) , au tempérament, au climat, à l’âge et à la saison. »

§ Ipr. Doctrine de Prost sur la fièvre inflammatoire ou angioténique.

Dans l’introduction, Prost s’exprime ainsi sur la fièvre angioténique : « Cette fièvre résulte du désordre du système à sang rouge. Elle consiste dans la fréquence des mouvements du cœur, l’excitation des artères et l’abondance du sang, surtout de ses parties fibrineuse et colorante... Les causes prochaines consistent dans l’excitation des artères et du cœur... Les causes directes affectent les gros vaisseaux ou les capillaires; ces dernières sont les plus fréquentes... Cette fièvre est rarement simple, c’est-à-dire qu’elle n’affecte le système à sang rouge isolément que danssoninvasion, etlorsqu’elle est légère... Les sympathies qui ont lieu entre les artères et les nerfs des ganglions qui les accompagnent , communiquent bientôt le désordre des premières aux centres des seconds et aux organes de la digestion...

» Lorsque les désordres abdominaux sont légers dans la fièvre angioténique, sa terminaison a ordinairement lieu Je deuxième, le quatrième ou le cinquième jour...

» Quelquefois la fièvre présente d’abord les signes de l’angioténique , mais bientôt les muqueux leur succèdent.

D0CT1UNE DU IMtOST.

» Quelle (|ue soit la cause cle la fièvre angioténique, ses symptômes varient en raison de la part que prennent les artères et les nerfs qui les accompagnent aux désordres communs: tantôt le trouble des fonctions pectorales est plus grand , tantôt c’est celui des organes abdominaux qui est le plus fort, etc. »

Si I on compare ces considérations sur la fièvre angioténique avec celles du même auteur sur la fièvre en général, on ne trouve entre elles aucune différence bien essentielle. Dans les unes comme dans les autres, cet auteur a de la peine à concevoir l’idée d’une fièvre simple ou angioténique pure. Il en revient toujours à des fièvres avec trouble des organes spéciaux: abdominaux, pectoraux, etc. C’est qu’en effet, à cette époque, les phlegmasies primitives, idiopathiques de l’appareil circulatoire sanguin, n’étaient pas encore suffisamment connues de cet excellent observateur. Prost n’avait donc qu’entrevu la doctrine que nous avons essayé de démontrer plus tard par les observations les plus multiplées, celle qui consiste à considérer comme une véritable phlogose de l’appareil sanguin la fièvre dite angioténique ou inflammatoire continue , laquelle, dans son état de simplicité, se confond avec cette fièvre simple dont Pinel n’avait jamais pu concevoir ni admettre l’existence.

§ II. Doctrine de Prost sur la fièvre bilieuse ou gastrique ( méuingo-gastrique ).

Parmi les principales lésions que Prost a observées dans les viscères abdominaux à la suite de cette fièvre, les suivantes méritent une attention spéciale :

Le duodénum, le jéjunum et l'iléon sont gorgés de substances bilieuses claires; leur membrane interne est parsemée de vaisseaux sanguins, qui abondent d autant plus que les matières bilieuses sont plus colorées et en plus grande quantité... Le foie est rougeâtre, peu consistant;

190 DR l’inflammation RT DE RA FIÈVRE,

la bile plus ou moins abondante, bien fluide, jaune ou verte... La rate est fréquemment d’un rouge violet, plus grosse et plus molle que dans l’état naturel; les reins, les glandes du mésentère sont rougeâtres et peu consistants; quelquefois on trouye des matières bilieuses dans 1 estomac, et sa tunique muqueuse offre des sillons ou des espèces de points rouges ; son mucus est glaireux , etc...

Voilà pour la fièvre bilieuse simple- Mais Prpst 11e manque pas de nqfer que la fièvre bilieuse se complique aisémçnt avec le çlélire , l'a tapie , l adynamie simple ou putride , et que ces diverses pffeclions ne sç.nt que (es conséquençes d’un même principe et les degrçs différents d’uqç même altération. Or, dans ces cgs, on rencpntçe les altérations signalées par cpt auteur aux articles dans lesquels il s’occupe des fièvres putrides ou adyna.mic/ues , malignes ou ataxiques- Nous en parlerons hientôf. ^eja posé SU1’ les lésions propres à la1 fièvre bilieuse ou méniugo -gastrique, Prosf s’exprime qinsi sur sa naturp :

« Dans la fièvre bilieuse, le système artériel est développé, mais dans un degré inférietp' à la pblogo.se; dès que pe développement s’accroît et que l’inflammation a lieu, alors la s,usceptil>ilité des nerfs des intestins éprouve un changement plus ou moins grand, et leur action sur le cerveau produit le désordre de ses fonctions à un tel point que la douleur frontale, celle'- des membres et de lepigastre , ne sont plus senties ; les rêvasseries dans la somnolence et la loquacité sont les premiers signes ataxiques; ils sont symptomatiques de la pfilogose intestinale: bientôt la figure s’anime, les. yeux sont brillants, la langue devient rouge; elle est souvent sèche à sa pointe: le délire augmente; il a heu quand les yeux sout ouyerts; les bras, les jambes, sopt dans (agitation, et les symptômes ataxiques et adynanhques s’enchaînent.-.»

No.us voilà naturellement conduit à l’exposition de la doctrine de Prost SUR les hèyres qdymunique et ataxique.

UOU'VillNE UE iUlOST-

Toutefois , nous deyqns d’abord faire connaître les idées de cet observateur sur la fièvre moqueuse, sorte d'intermédiaire entre la fièvre bilieuse ou gastrique ef les fièvres putride (adynamique) et maligne (ataxjque) de ïfiuel.

;j III. Doctrine de Prost sur la fièvre muqueuse ou adéno-méningée.

Prost avance, de la manière la plus formelle, que, dans la fièvre muqueuse ou adéno-niçningee , les organes abdominaux el surtout LES untêstins, sont le siège des altérations qui donnent lieu à cette fièvre. Et pour qu’il ne reste aucun doute sur son système de localisation de cette fièvre, il ajoute plus loin : « Je ne saurais trop le répéter, il faut étudier la fièvre muqueuse dans le principe essentiel d où elle résulte , et dans son rapprochement aveccell.es gu on nomme bilieuse, ataxique et adynamique . » Or, comme nous 1 avons vu déjà pour la fièvre bilieuse, et pomme nous allons le voir pour les fièvres ataxique et adynamique consécutives à cette dernière, Prost n hésite point à rattacher les symptômes qui les caractérisent àunephlegmqsie spéciale des organes digestifs.

§ IV. Doctrine de Prost sur la fièvre putride ou adynamique.

Prost émet les assertions suivantes, dont quelques unes ne sont pas marquées au coin d’upe observation suffisamment exacte j mais dont les autres sont de véritables traits de génie.

« L’adynamie est due à l’affaiblissement du système artériel de lq membrane muqueuse des intestins et à l’éloignement du sang qu’il contient- Elle survient fréquemment dans le çours des symptômes magiques , et s’accroît dans la proportion de leur affaiblissement... L adynamie est absolument l’état opposé à l’ataxie...

» L’adynamie est primitive, lorsqu’elle survient dans 1 état naturel ou dans les maladies chroniques , saiis développement antérieur du système ù sang rouge, ainsi que

192 de l’inflammation et de la fièvre, c<?la a souvent lieu dans le scorbut et le marasme ; elle est consécutive, lorsqu’elle succède à un développement artériel. Si ce développement est faible, comme on l’observe dans quelques fièvres muqueuses et gastriques , alors l’adynamie est simple-consécutive; au contraire, elle est consécutive-gangréneuse ou putride, lorsqu’elle survient dans l’inflammation; c’est la terminaison d’une phlogose par gangrène; cette terminaison est fréquente dans les fièvres ataxiques au deuxième et troisième degré.

» L’adynamie varie donc en raison des divers états auxquels elle succède; elle peut avoir lieu sans fièvre, comme elle peut l’accompagner; mais elle varie suivant ces symptômes, et, dans tous les cas , se rapproche de ces dispositions essentielles, savoir Y adynamie simple et Y adynamie putride.

» Lorsque l’adynamie et l’ataxie ont lieu ensemble, elles paraissent lutter tour à tour.

» Lorsque le sang possède encore de l’albumine et de la fibrine , le pus des dépôts critiques qui surviennent dans le cours des fièvres , avec symptômes d’ataxie et d’adynamie, acquiert une bonne nature, ou bien lorsque les pliiogoses qui surviennent dans la fièvre ataxique et adynamique, au deuxième et troisième degré, ne passent pas rapidement à l’état gangréneux... La fibrine est d‘ autant plus molle , plus infiltrée et plus RARE, le sang plus noirâtre et plus fluide , que F adynamie est plus forte et quelle est plus chronique. »

A l’article Fièvre bilieuse , Prost, le lecteur s’en souvient, a eu soin de faire observer que cette fièvre se complique aisément avec le délire , l’ataxie , l’adynamie simple ou putride, et que ces diverses affections ne sont que les conséquences d’un même principe, et les degrés différents d’une même altération...

Malgré le vague et l’espèce de confusion dont les idées de Prost sont enveloppées, ici, comme dans tant d’autres occasions, cet observateur se montre infiniment supérieur

DOCTRINE Dli PllOST.

àsescontemporains.Non seulement il a bien vu,avecBichat, quel rapport existe entre l’adynamie et la terminaison de certaines phlegmasies par gangrène, par suppuration de mauvaise nature; non seulement il a signalé la fréquente terminaison de la fièvre bilieuse par l’adynamie compliquée d’ataxie(i),mais il ade plus parfaitement su distinguer cette adynamie putride et fébrile de l’adynamie simple et non fébrile. Il faut encore lui rendre cette justice, qu’il a noté l’altération du sang qui a lieu dans l’adynamie putride, fébrile , et qu’il a deviné en quelque sorte jusqu a cette diminution de la fibrine , sur laquelle de récents travaux ont été publiés.

§ V. Doctrine de Prost sur la fièvre maligne ou ataxique.

Voici comment Prost s’exprime sur cette fièvre : « Le cerveau peut sans doute éprouver des désordres provenant des phlogoses qui ont lieu dans sa substance ou ses membranes ; mais ce n’est point à ces affections que sont dues les fièvres ataxiques; 1 altération organique qui leur donne lieu consiste dans l’inflammation de la membrane interne des intestins, avec ou sans excoriations... Les inflammations qu’on observe dans les intestins des corps de ceux qui sont morts de ces fièvres, sont toujours proportionnées aux derniers symptômes qui ont eu lieu avant la mort.

» J’ai fait, dit-il, l’ouverture de plus de deux cents cadavres de personnes mortes dans le cours des fièvres ataxiques, et j’ai constamment observé l’inflammation de cette membrane, très vive après des symptômes violents, faible dans les tempéraments délicats, etc., etc. »

Eh bien! cette doctrine si neuve et si hardie passe pour ainsi dire inaperçue, et l’ouvrage dans lequel elle est publiée meurt en quelque sorte en naissant. Il est toutefois un

(i) Ou va voir tout-à-l’lieure la liaison que Prost découvrit l’un des premiers entre les phénomènes ataxiques-sj mpailiiques et l'inflammation plus ou moins violente de la membrane muqueuse des voies digestives

médecin sur l’esprit duquel cette doctrine fait une assez vive impression, et il la combat en ces termes : « J ai trop souvent Rencontré cette membrane (la membrane muqueuse digestive) en bon état, à la suite des typbus les plus malins ; j’en ai vu ün trop grand nombre s’améliorer par l’emploi des stimulants les plus énergiques , pour partager l'opinion de ce médecin (Prost) sur la cause de la fièvre ataxique. » Quel est donc le médecin qUi se constitue ainsi l antagoniste de Prost? Chose bizarre! c’est l’auteur de Y Histoire des phlegmasies chroniques, c’estpréciséitient le futur localisateur des fièvres essentielles , c’est BrouSsais! OUi, en 1808 , quatre ans après la publication de l’ouvrage de Prost, Broussais combat la localisation pyrétologique de cet auteur, et huit ans plus tard ( 1 81 6), il agite, il révolutionne le monde médical ëil formulant un système de localisation pyrétologique essentiellement le même au fond cpte celüi de Prost! QU’on dise après cela que les hommes et les ouvrages n’ont pas leur destin , leur étoile !

DU reste, Prost ne s’en tifeilt pas à de simples et vailles assertions ; il colisigne dahs soit ouvrage un grand nombre d’observations particulières de fièvres ataxique, atâxoadynatnique, gastro-ataxique , etc., dans lesquelles d est fait la mention la plus expresse des ulcérations et autres altérations qui plus tard ont été constatées dans 1 intestin grêle par tant d’observateurs appartenant aux écoles médicales les plus différentes. Et comme ort ne saurait trop vehper un tel auteur de l’injuste oubli dans lequel il est trop longtemps resté, qu’il nous soit permis de donner ici une analyse de ces observations.

ÿ VI. Observations particulières de Prost à l’appui de ses doctrines.

ï. Ors. vi*. Elle a pour titre : Fièvre gastro-ata'xiqùe ou adynamique aupremier degré, ün charron, âgé de vingt ans, était malade depuis une douzaine de jours, lorsqu'il fut admis â l’hospicë de Ut Cliârité, le à 3 prairial an xi. Il y

UOCThlNE DE PROST.

meurt au bout de quatre jours, après avoir offert les symptômes delà fièvre indiquée dans le titre cité tôut-à-l’heure. A l’ouverture du cadavre, on trouve dans l’iléon, en sè l'approchant (lu cæcum , des bourgeons rougeâtres avec ulcération de la membrane muqueuse ; le cæcum présentait beaucoup de semblables ulcérations. Les glandes du mésentère , très engorgées, rouges et molles ; les vaisseaux sanguins qui y

conduisent , et surtout les veines , bien remplis de sang La

inte avait près de deux fois le volume naturel; elle était d'un rouge un peu brun, peu pulpeuse, parsemée de granulations assez molles , blanchâtres , paraissant semblables aux globules

qui , dans les poumons, paraissent se convertir en tubercules

Übs. viic. Titre : Fièvre gastro-ataxique ou adynamique au premier degré. Le sujet est un boucher de vingt-sept ans; il meurt au bout d un mois environ, après avoir présenté lës symptômes suivants : Fièvre, grande agitation, qui oblige d’attacher le malade; ballonnement du ventre, déjections fétides, fuliginosités de la bouche, etc.

Lésions constatées par l’autopsie cadavérique. « Un demisetier environ de mucus sanguinolent dans la dernière anse de 1 iléon, dont la membrane müqueuse était très molle, comme fongueuse; à trois pouces de la valvule cœ- Cal e, plaques où l intestin était épaissi, avec mollesse de la membrane muqueuse, ce qui indiquait des ulcérations qui avaient eu heu dans cés diverses places; celle qui touchait à la valvule présentait un lacis, comme de la dentelle. >.

(\ oila les plaques molles ou fongueuses de certains auteurs modernes, 'toutefois, la description de Prost n’est pas suffisamment précise. On voit qu’il ne connaissait pas bien les plaques dePeyer.) «Les glandes du mésentère, plus volumineuses et plus molles que dans l’état naturel. La rate avait au moins Je double du volume naturel; sa couleur était Inunc, sa consistance peu ferme. »

Ors. xiic. 1 itre : Fièvre gastro-ataxique et aclynanuque. Le sujeu est urt homme de quarante-huit ans, circonstance

196 de l'inflammaTioN et de la fièvre.

digne de remarque, car on sait combien la Fièvre dont il s'agit est rare à un âge pareil. Je laisse parler Prost : « Le x 4 frimaire an xn, dit-il, M. Bayle m’annonça qu’il allait ouvrir le cadavre d’un homme mort pendant le cours d’une fièvre gastro-ataxique et adynamique; je l’accompagnai et m’unis à lui pour des recherches que je prolongeai ensuite, afin de pouvoir constater des résultats exacts. »

Lésions constatées par l’autopsie cadavérique. « Après la valvule cœcale, on trouvait plusieurs petites ulcérations; la valvule coecale était recouverte par une ulcération; le cæcum était ulcéré là où il est appliqué sur le muscle iliaque. Les glandes du mésentère un peu tuméfiées, molles et plus rouges que naturellement. >*

Obs. xiv'. Titre : Fièvre gastro-ataxique et adynamique au deuxième degré. Tailleur, âgé de dix-neuf ans, admis à la Charité, après dix jours de maladie. Il meurt vingt-quatre jours après son entrée (des escarres s’étaient formées aux trochanters et au sacrum ).

Lésions constatées par î autopsie cadavérique. « Vers le milieu de l’iléon, on trouvait des ulcérations dont la couleur était violette , avec épaississement des trois tuniques; on reconnaissait une partie de ces ulcérations par des taches rouges qui se remarquaient sur le péritoine, et qui ne s’étendaient pas au-delà de l’espace qu’elles comprenaient; les ulcérations étaient d’autant plus abondantes, que l’on examinait plus près de la valvule cœcale... les glandes mésentériques fort brunes, grosses et molles; la rate offrait un volume une fois plus fort que dans l’état naturel; elle était ferme, ne formait point la bouillie... «

Obs. xvme. Fièvre gastro-alaxique au deuxième degré, et adynamique au premier. Le sujet est un serrurier, âgé de vingt-quatre ans, qui mourut au bout de seize jours, après avoir offert un mélange de phénomènes adynamiques et

ataxiques.

Lésions constatées par t ouverture cadavérique. « Vers la

DOCTRINE DE PROST

fin du jéjunum, ulcérations qu’on reconnaissait sur la tunique péritonéale; la membrane muqueuse de l’iléon phlogosée , dans l’étendue d’environ 4 pouces , dans la dernière portion de cet intestin, où elle offrait diverses places ulcérées, molles, et annonçant une phlogose qui dégénère ou s’éteint, les deux faces de la valvule cœcale un peu excoriées, le mésentère plus injecté que dans l’état naturel; ses glandes plus grosses et plus molles... La rate avait près de deux fois le volume naturel; elle était molle, et se réduisait aisément en bouillie violette et gluante, etc., etc. »

Ors. xx'. Fièvre gastro-ataxique au deuxième degré , adynamiijue au premier. Le sujet est un domestique, âgé de quarante-sept ans. (J’ai déjà noté plus haut que la maladie était bien rare à cet âge ; mais , dans ce cas , rien ne manquait pour la caractériser. ) La mort arrive au douzième jour, au milieu de symptômes ataxiques très intenses (délire, agitation violente, quelques accès de convulsions, etc.).

Lésions constatées par l autopsie cadavérique . « De nombreuses ulcérations s’observaient dans la membrane muqueuse de 1 iléon , qui était épaissie et plus rouge dans leur étendue; celte couleur se communiquait au péritoine. Un professeur de lecole, frappé de ces espèces de taches, ouvrit 1 intestin et reconnut ces ulcérations : le cadavre me lut bientôt remis, dit Prost, et cinq heures employées à continuer les recherches me mirent à même d’obtenir la connaissance de 1 ensemble des altérations. Les plus grandes ulcérations avaient plus de 1 8 lignes de longueur ; près la valvule cœcale, la membrane interne était complètement ulcérée... La rate, une fois plus grosse que dans 1 état de santé, était molle, se réduisait aisément en bouillie; les glandes du mésentère volumineuses et molles. — Tous les vaisseaux sanguins des méninges et du cerveau extrêmement gorgés de sang ; la substance de ce viscère ferme... »

1^8 DE E INFLAMMATION gT DE {,A FIÈVRE.

Ors. xxiii0. Fièvre gastro-ataxique au deuxième degré adynamique au premier. Jeune homme de seize ans, malade depuis quinze jours, à son entrée à la Charité ; il meurt douze jours après son admission.

Lésions constatées par l' autopsie cadavérique. « Dans l’iléon, distendu par des gaz, on remarquait plusieurs ulcérations peu vermeilles; la valvule cœcaJe, épaissie et excoriée du côté du cæcum... La rate adhérait avec les parties adjacentes, par l’intermède d’une couche albumineuse; de nombreux vaisseaux sanguins se confondaient entre elle et le diaphragme surtout... »

Obs. xxive, Fièvre gastro-ataxique au deuxième degré , adynajnique au premier. Jeune homme de vingt-deux ans. Fièvre inflammatoire d’abord.; elle prit bientôt le caractère cle gastrique et se compliqua d’ataxie ; C adynamie s’établit ensuite, le ventre se ballonna , les symptômes fuligineux se manifestèrent, etc. Mort après un mois de maladie-

Lésions constatées par l’ouverture cadavérique. « L’iléon était dilaté par des ga? ; sa dernière extrémité était remplie d’excoriations d’un rouge plus vif avec épaississement considérable de la membrane interne. La membrane muqueuse du coecum épaissie , très injectée , garnie d’ulcérations assez vermeilles... Les glandes du mésentère un peu yolummeuseS et molles; la rate avait près de deux fois le yplump naturel; sa substance molle pt un peu pulpeuse... »

Obs, xlix6. Fièvre muqueuse ; ascite. Jeune homme 4a seize ans. Il meurt après un mois environ d’une maladie fébrjle avec diarrhée, sécheresse et fuliginosité de la langue., yomissements , étourdissements, prostration, etp.

Lésions cçnstalées par faut, cadav. « L’iléon renfermait quelques gqz et des matières abondantes d’un jaune pâle, un peu filantes, et unies à qqe grande quantité de filaments blanchâtres; daqs une de ses ansps était un gros ver lombric. On trouva dans cet intestin des ulcérations grisâtres,

DOCTRINE DE PROST

ressemblant beaucoup à des aphthes ; quelques unes senleinent étaient cernées de petits cercles violets : dans toute l’étendue de cet intestin, la membrane muqueuse semblait épaissie, et surtout fort molle... La rate, volumineuse et noirâtre, non pulpeuse, sans être ferme. » (C’est par oubli , sans dopte, que dans ce cas Prost n’a rjen dit de l’état des gai) niions mésentériques.)

Ors. lxiv®. Fièvre gastro-citaxique et adynçimique , au deuxième degré. Jeune homme de dix-huit ans, admis à I4 Charité pour une maladie fébrile, datant d’une douzaine de jours, et offrant les symptômes dits gastro-ataxiques et adynamiques. Après un commencement de fausse convalescence, rechute avec diarrhée, et mort sept semaines environ après le début (une large ulcération s’était formée à la région du sacrum).

Lésions constatées par Faut, cadav. « L’iléon offrait dans toute son étendue des matières liquides, de couleur de lie de vin gâtée : sa membrane interne, molle et lisante, avait des excoriations peu consistantes , de couleur livide ou grisâtre; on voyait sur quelques unes de^ petits vaisspaux noirs; des caillots de mpme couleur étaipnt appliqués sur plusieurs, ou bien ils étaient mêlés aux matières ; ces altérations, d autant plus nombreuses, qu’on approchait davantage du cæcum; la face iléale de la valvule iléo-cœcaje ardoisée , celle c]e la face caecale un peu rougeâtre. Matières liquides et plusieurs vers tricurides dans le cæcum. Dans le colon ascendant, légères ulcérations blanchâtres , ressemblant aux aphthes. Le cœur n’avqit guère de consistance; le sang, réduit en caillots noirâtres, li quides et dépourvus de fibrine... »

Obs. lxix®. fièvre gastro-ataxique et 0 dynamique , au deuxième degré. Jeune homme de vingt-quatre ans, récemment arrivé à Paris. Frissons, céphalalgie violente, diarrhée... Aggravation de la maladie après un émétique et un purgatil, comme chez plusieurs des sujets précédents ;

symptômes adynamiques et ataxiques avec développement, de tumeurs plilegmoneuses et gangréneuses... Mort au bout d’un mois.

Lésions constatées par faut, caclav. « L’iléon offrait extérieurement une couleur livide et contenait des matières de couleur chocolat et tellement fétides que Prost sentit plusieurs fois, pendant qu’il ouvrait ce viscère, les forces lui échapper et sa vue se troubler; la tunique interne de cet intestin, épaissie, infiltrée et noire en plusieurs endroits, répandant une odeur de gangrène, remarquable surtout à son extrémité cœcale ; plusieurs excoriations de diverses grandeurs, livides et ne comprenant que la tunique interne, s’y observaient. Là où les matières étaient moins abondantes et moins brunes, c’est- à-dire dans le commencement de cet intestin, les valvules étaient plus ou moins rougies, quelques unes excoriées. Le cæcum avait extérieurement et intérieurement une couleur noire ; ses parois, très épaisses et molles; des matières claires., brunes et d’une odeur infecte, difficile à décrire, y étaient renfermées... la valvule de Bauhin, épaissie et d’un brun livide, partageait l’altération de la fin de l’iléon et du cæcum. Le colon, très dilaté, contenait peu de gaz et quelques matières claires et noirâtres d’une odeur exécrable; sa portion ascendante partageait l’altération du cæcum ; plusieurs excoriations propres à la membrane interne y furent trouvées... Les glandes du mésentère , d’une couleur livide et rougeâtre... La rate avait environ 8 pouces de longueur, 5 de largeur, 2 i/2 d’épaisseur; sa couleur, d’un violet brun; sa substance , molle et glutineuse. Le cœur mou ; le sang noirâtre, liquide et abondant... »

Obs. lxx'. Rhume , catarrhe laryngé et bronchique; fièvre gastro-ataxique et adynamique au premier degré. Jeune homme de vingt-deux ans ; après une huitaine de jours de rhume et de mal de gorge, surviennent les symptômes les plus caractéristiques de la fièvre dont le titre ci-dessus in-

DOCTRINE DE PROST

dique l’espèce, symptômes auxquels il succomba vers le vingtième ou vingt-et-unième jour (les selles furent liquides et abondantes).

Lésions constatées par l'hut. cadav. « En approchant de la valvule cœcale, on voyait quelques plaques blanchâtres, avec épaississement de la membrane interne, et, dans leur voisinage, des ulcérations minces, plus ou moins étendues, et se rapprochant de la couleur grise ou blanche. La tunique muqueuse du cæcum, généralement épaissie, montrait un grand nombre d'ulcérations grisâtres, plus ou moins profondes; beaucoup comprenaient les deux tuniques internes : dans le milieu de plusieurs, on voyait une espèce de flocon blanchâtre ( comme cela a lieu dans certaines ulcérations des tumeurs indolentes). Le colon descendant présentait des altérations à peu près semblables à celles du cæcum, mais beaucoup moindres... Les glandes du mésentère molles... La rate très volumineuse, de couleur de gelée de groseille; on déchirait aisément sa substance... »

IL Les observation s que je viens de résumer démontrent, de la manière la plus péremptoire, que Prost connaissait parfaitement les lésions fondamentales qui, sous le double rapport de 1 anatomie et de la physiologie pathologiques, caractérisent essentiellement les fièvres dites gastro-ataxique, gastro-adynamique, adéno-méningée (muqueuse). On peut ajouter à ces observations celles qui portent les nos i, a, 1 3 , ig, 42, 93, 97, 98, 108. Je recommanderai aussi à I attention des lecteurs les observations 35 et 38. Dans ces deux cas, la diarrhée avait été le phénomène le plus saillant, et ce symptôme avait été inscrit par Prost en première ligne, au titre de la maladie. Eh bien! dans les deux cas, outre les lésionsde l’intestin grêle, on trouve de nombreuses ulcérations dans les gros intestins. L’observation 67 se rapproche des deux précédentes.

De ce qui précède, il ne faudrait pas conclure que toutes les observations que Prost a rapportées sous le titre de

202 de l’inflammation et de la fièvre.

fièvre gastro-ataxique , sont des exemples de phlegmasie ulpérative des plaques de Ppyer et des follicules deBrunner, avec accompagnement de phlogose plus ou moins prononcée des ganglions mésentériques, etc. Il en est, au contraire, telles que les observations 17, 26, 44? 4$? 46, 47, 5t, 52, 54, 60, 61, 62, 65, 68, 71, 86, dans lesquelles ces phlegmasies n’existaient point. Mais alors aussi, les phénomènes ou symptômes abdominaux propres à celles-ci avaient manqué, et ces observations sont tout simplement des exemples, soit de méningite primitive , accompagnée de phénomènes gastriques de peu d’importance et tout-à-fait secondaires, soit de méningite consécutive à une phlegmasie autpe que celle des viscères digestifs.

Dans d’autres observations de Prost, du même genre que pes dernières , on ne lit pas au titre les mots fièvre gastro-ataxique, gaslro-adynqmique , mais simplement fièvre adynamique, symptômes adynamiques, adynamie, adynamie simple ou primitive , état d'adynamie, fièvre ataxique (obs. 43, 66, go, 106)5 fièvre nerveuse (obs. 76), lesquelles dénominations n’indiquent pas que le tube digestif ait été pouf quelque chose dans la production des phénomènes et accidents observés. Or, dans ces cas aussi, à l’ouverture des .cadavres , on ne rencontra point les altérations gastriques et surtout intestinales constatées chez les individus qui avaient présenté les symptômes abdominaux caractéristiques de cet élément constitutif des fièvres dites adénoméningée , gastro-adynamique, gastro-ataxique. Au reste, les titres de ces observations , rapportés dans la note cidessous, donneront une idée de l’espèpe de cas dont elles sont des exemples (1).

(r) Obs. 43. Plévro-péripn eumonie ; fièvre ataxique, symptômes adynamiques.

Obs. 47- Riuime, fièvre tierce; adynqmie simple ou primitive.

Qbs. 63. Délire, érvsipèlg ; adynamie, inflammation du pharynx.

DOCTRINE DE PROST

Jî VII. Réflexions générales sur les doctrines de Prost.

Certes, on ne saurait être plus explicite que Prost sur l'affection de l’intestin grêle et sur la part quelle prend dans la production de certaines fièvres dites essentielles, et pourtant, il faut bien 1 ajouter, cet observateur n attaque point ouvertement le système pyrétologique alors régnant, ne prononce pas même une seule fois le nom de Pinel et celui de fièvres essentielles. Qui aurait cru que, dix ans plus tard, à Paris, sur le théâtre même des recherches de Prost, deux auteurs publieraient un ouvrage sur une maladie dont le caractère anatomique est exactementle même que celui des fièvres dont Prost avait traité, sans dire un seul mot des recherches de ce dernier, et se demanderaient si la maladie qu’ils décrivaient n était pas nouvelle ? C’est là ce que firent

Obs. 66. Rétention d'urine terminée par dépôts gangréneux, péritonite; fièvre ataxique, symptômes adynamiques.

Obs. 72. Squirrhe ulcéré du pylore; symptômes ataxiques, adynamie simple.

Obs. 76. Fièvre nerveuse, accès d’épilepsie.

Obs. 90. Manie, affections scorbutiques, fièvre ataxique.

Obs. gg. Épilepsie, manie, phthisie pulmonaire et abdominale, état d’adynamie.

Obs. 1 06. Manie; fièvre ataxique.

Dans aucun des cas dont les titres viennent d’étre rapportés, il n’existait dans l'intestin grêle ces lésions qui constiiuent, comme on l’a dit, Je caractère anatomique de la fièvre, ou affection typhoïde , de certains pyrétologistes modernes. Les symptômes adynamiques et ataxiques ne dépendaient donc pas de la phleginasie de la membrane follieuleuse de cet intestin ; et il est juste de dire que Prost (en cela, malheureusement, il a eu des imitateurs) n’avait pas suffisamment fixé l’qttention sur les cas de ce genre^ dans lesquels des phlegmasies septiques autres que celles des intestins déterminaient une fièvre putride, soit simple, soit avec phénomènes cérébro-spinaux ( fièvres adynamicjues et ataxo- adynamicjues). Mais on voit que dans ces cas eux-mêmes , il existait, en divers organes autres que les intestins, des affections infinmqiatoires propres à exciter l'état fébrile sous des formes diverses, et que par conséquent ces cas renversaient, à leur manière, le dogme de I ’essentialité des fièvres.

2 0 4 de l'inflammation et de la fièvre. cependant MM. Petit et Serres, quand ils mirent au jour, en 18 i 4, leur célèbre Traité de la fièvre entéro-mésentérique.

L’ouvrage de Prost était imprimé dès 1804, et depuis cette époque jusqu’à 1818, dans les éditions successives de sa Nosograp'.ie, Pinel n’en fait pas la plus petite mention, 11’en poursuit pas moins l’humorisme de ses sarcasmes, de ses plaisanteries, de sa philosophique ironie; et, en 189.1, il se trouve un médecin d’hôpital, qui se constitue le défenseur du dogme de Y existence de fièvres idiopathiques , c’est-à-dire de fièvres sans lésion aucune des solides et des liquides ! Pour la complète édification des lecteurs, rapportons textuellement ici l’opinion de cet auteur : « Dans l’état actuel de la science, on doit admettre des fièvres idiopathiques j c’est-à-dire des affections caractérisées par une marche aiguë et par un trouble général des fonctions, indépendantes de toute affection locale primitive , et ne laissant après la mort, dans les organes, aucune altération à laquelle on puisse attribuer' les phénomènes qui ont eu lieu pendant la vie ( 1).. »

Au reste, cette définition ne doit guère nous surprendre delà part d’un auteur qui, à la même page de l’ouvrage cité, s’empresse d’ajouter : « Les fièvres ne sont pas d’ailleurs les seules maladies dans lesquelles l’anatomie pathologique ne nous éclaire point. Dans le rhumatisme, dans les névralgies, dans la manie, elle ne nous apprend rien !...» L’anatomie pathologique ne nous apprend rien dans ce violent rhumatisme articulaire aigu qui peut entraîner des collections de pus à l’intérieur des articulations , qui coïncide si souvent avec la péricardite, l’endocardite, et qui, mal traité , est suivi de si graves lésions organiques désarticulations, et surtout du cœur! Mais revenons à notre sujet.

Lorsque, en dépit des faits les plus évidents, et pour

(1) Des fièvres et des maladies pestilentielles , par A. -F. Chomel. Paris , 1821, p . 17.

DOCTRINE DE PR 03 T

ainsi dire en dépit de l’autorité même du maître, l’auteur cité proclamait ainsi l’existence des fièvres essentielles, il y avait déjà cinq ans passés que Broussais avait publié son Examen des doctrines , qui fut réellement le coup de grâce du système pyrétologique alors en vigueur. Depuis cette époque mémorable et à jamais glorieuse pour l’école médicale française, il n'est aucun véritable observateur qui n’ait abandonné le dogme de 1 ' eSsentialité des fièvres tel qu’il était encore formulé en 1821 dans le traité des fièvres cité par nous tout-à-l’beure.

Que faisait Prost alors? On l’ignore. Ce qu’il y a de singulier, c’est qu’il resta muet pendant de longues années, et qu’il ne reparut sur la scène médicale qu’en i832, année où il publia son traité du Choléra-Morbus.

On trouve dans la préface de ce dernier ouvrage le passage suivant, que nous recommandons aux méditations du lecteur philosophe :

« Cette production, dit Prost, sort de la plume qui, en 1804, fonda la théorie nouvelle par la publication de la médecine éclairée par l’ ouverture des corps.

» En 1 80 J, les professeurs de l’école de Paris eux-mêmes n’avaient pas plus de connaissances que d’idées sur l’influence qu’exercent les organes de la digestion, par leur membrane interne, sur tous les phénomènes de la vie. Les choses en étaient à tel point alors, que l’on tournait mes observations en ridicule, et que je fis voir aux professeurs Corvisart et Pinel des inflammations et des altérations de la membrane interne des intestins, dont ils se doutaient si peu, que des cadavres, où je les leur montrai, étaient sortis de leurs mains sans qu’ils eussent ouvert les intestins , lors même que ces cadavres provenaient des salles où ils donnaient leurs leçons de clinique. » (Pag. 3i.)

Prost aurait pu ajouter que plusieurs des observations sur lesquelles il fondait sa doctrine avaient été recueillies dans le service de Bayle, son ami, service où il avait ren-

DE LINFLAMMATION ET DE LA FIÈVRE, contré Laënnec, et que cependant ces deux célèbres observateurs n’ont pas fait la moindre mention de lui dans leurs ouvrages.

ARTICLE III

DOCTRINE Oü SYSTÈME DË BltOüSSAtS.

Tout lecteur attentif ne pourra s’empêcher d’être frappé de la ressemblance qui existe entre la doctrine pyrétologique de Prost et Celle que Broussais développa datis le fameux Examen , dont la première édition parut en 1816, et dans ses écrits subséquents. À Broussais appartient néannmoins la gloire insigne d’avoir été le véritable réformateur de là doctrine pyrétologique généralement admise sous le règne de la nosographie philosophique. Mais l’équitable et impartiale histoire reconnaîtra que Prost a été le digne précurseur de celui qüe j’appellerai volontiers le fondateur de la houvelle pyrétologie.

Le grand principe proclamé par Broussais , c’est qu’il n’existe pas de fièvres essentielles, et que ces maladies rentrent dans la série des inflammations locales. Dans là préface de l’Examen, il revendique hautement la propriété de cette doctrine que déjà quelques uns songeaient à lui ravir.

« Quelques unes de mes idées, dit-il, sont désormais ré- » pandues dans un cercle assez étendu pour que déjà plu- » sieurs médecins, les regardant comme leur propriété, » viennent quelquefois me les soumettre à moi-même, ou » les énoncent en public comme des opinions vulgaires. » Dans quel ouvragé a-t-on consigné que les fièvres esseii- » Belles rentreraient quelque jour dans îa série des inflain- » mations locales? Si quelque auteur l’a dit, il faut que ce « soit d’üne manière fort implicite, et quoii fait oublié de- >) puis nombre d’années, puisqüe ceux de nos Contempo- » rains qui se piquent le plus d’érudition n’en ont jamais » fait aucune mention. J’ai donc lieu d’être surpris d’avoir » entehdu solennellement déclarer que chacun était d’ac- » cord sur cè point, et qu’on s’attendait à voir incessant-

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