DOCTRINE DE HERNANDEZ, DE BROUSSAIS ET DE TOMMAS1NI SUR LES TYPHUS
I. Dans un ouvrage auquel Broussais fit l’honneur d’une analyse raisonnée dans la première édition de son Examen des doctrines, le docteur Hernandez, ainsi que l’indique le titre de son ouvrage (2), considère comme semblables les
(1) Histoire médicale de l'armée d orient, j° édition, Paris, 1 835, iu-8.
(3) Essai sur les typhus ou J'tèvrcs dites malignes , putrides , bilieuses , muqueuses , jaune , lu peste, etc. Paris, 1810, iu-8.
doctrines sur le typhus.
typhus et les fièvres essentielles de Pinel. Toutefois il établit une classification beaucoup plus simple que celle de l’auteur de la Nosographie. En effet, il n’admet que deux fièvres, savoir : la fièvre inflammatoire ou sthénique, et le typhus ou la fièvre asthénique. Il s’appuie sur 1 autorité de Cullen pour justifier son opinion sur le caractère asthénique de la fièvre qu’il appelle typhus. Celui-ci, qui comprend la peste et la fièvre jaune, consiste, répète-t-il, en un affaiblissement marqué de tous les systèmes ou de quelques uns d’entre eux.
Les typhus partiels admis par le docteur Hernandez sont les typhus nerveux (fièvre ataxique), musculaire ou fibreux (fièvre adynamique), et lymphatique (fièvre adénoméningée). Je laisse au lecteur le soin de faire justice de cette division, et je passe à l’exposition de quelques autres idées de l’auteur sur les typhus ( i ).
Comme Pinel, le docteur Hernandez est un solidiste des plus déclarés. Il ne veut pas que les humeurs puissent se corrompre, que leur altération soit le principe des typhus; et c’est peut-être là le seul point sur lequel son illustre critique (Broussais) soit d’accord avec lui (2). Partout il ne s’agit que de l’altération des forces vitales, et nulle part on
(1) J’ajouterai cependant ici que le docteur Hernandez, dans la quatrième partiede son ouvrage, consacrée aux dégénérations des fièvres primitives en typhus, et de ctux-ci entre eux , établit que c’est par la gangrène , pie le typhus survient dans la fièvre inflammatoire , que la synoque dégénère encore en typhus parce qu'on a trop saigne ou parce qu on n a pas assez saigné. Mais par quel mécanisme s’opèrent ces prétendues métamorphoses , c’est là un secret que , pour de bonnes raisons , l'auteur ne nous apprend pas.
(2) Broussais est même plus anti-humoriste que le docteur Hernandez lui-même. En effet, celui-ci ayant avancé que dans le typhus le sang est séreux , foncé , et que la couenne n'est pas celle des maladies inflammatoires, Broussais lui répond qu’ici l imagination de 1 auteur supplée à la réalité. Au reste, il n’est pas besoin de dire que le docteur Hernandez subordonne l’étal du sang à l’asthénie , la débilité; et c’est bien alors le cas d’affirmer qu’il substitue son imagination à la réalité, ou même qu’il prend l'effet pour la cause.
DE LINFLAMMATION ET DE LA FIÈVRE, ne prend en sérieuse considération les lésions des organes eux-mêmes. Le docteur Hernandez se constitue partisan de la contagion des typhus. C’est avec raison que Broussais, alors partisan de la contagion dans le vrai typhus, lui reproche d’étendre à tous les typhus le caractère contagieux , ce caractère ne pouvant évidemment appartenir aux diverses phlegmasies simples qu’il a confondues avec les typhus proprement dits..
II. Si nous avons consacré quelques instants à l’exposition des idées du docteur Hernandez sur les fièvres et les typhus , maladies dont il n’a fait qu’une seule classe, c’est que l’ouvrage de cet auteur, ainsi que nous l’avons énoncé plus haut, fut l’objet d’une discussion approfondie delà part de Broussais, et comme la cause occasionnelle de la grande révolution pyrétologique qu’il accomplit en 1816.
i° A la suite de cette discussion, Broussais formule à son tour ce qu’il appelle la doctrine du typhus proprement dit ( typhus nostras ). Il commence par poser en principe que lés inflammations les plus intenses et les plus phlegmoneuses, une pneumonie , par exemple, entraînent, si l’on n’a pas assez saigné dans le principe , les phénomènes adynamiques ou typhoïdes. Jl reproche aux essentialistes d’avoir fait de cette terminaison une maladie spéciale , qu’ils désignent sous les noms de fièvre adynamique ou de typhus , d’ataxie , d adynamie, et de prendre ainsi une abstraction pour une réalité (1). Il conclut que l’idée d’une fièvre adynamique-spoi'adique(l’un des typhus du docteur Hernandez ) est chimérique (2).
Si l’on ne peut, sans déraisonner, poursuit-il, appli-
(1) « Toujours les mots pris pour les choses ! s’écrie-t-il, tant est grande la fureur des abstractions, tant il est vrai qu’il existe encore aujourd'hui des hommes aussi peu sages qu’à l’époque où l’on voyait des querelles sérieuses au sujet des kiskis et des kankans ! »
(2) Rien n’est moins chimérique, au fond, que l’idée de phénomènes adynamiques ou typhiques, et celle d’altérations spéciales correspon-
doctrines sur le typhus.
quer les dénominations de typhus ou de fièvre adynamique à la dernière période des maladies inflammatoires qui présentent une vive réaction sanguine dès le début , à quoi donc seront-elles applicables (i)?
Les causes épidémiques , et même la contagion , donnent lieu à des fièvres que Ion a souvent combattues avec avantage par la saignée et les rafraîchissants. Il n’est donc pas de l’essence de ces causes, selon Broussais, pas plus que des sporadiques, de produire constamment une fièvre adynamfiue ou un typhus.
Qu’est-ce donc, pour cet auteur, que le typhus? le voici : il dépend de Yimpression faite sur l économie par un miasnje putride , provenant soit de la décomposition des corps organisés privés de la vie, soit des rassemblements d’animaux sains ou malades, soit du corps des sujets affectés d’une fièvre qui en est le produit. S’il est fort actif, ce modificateur délétère détruira la vie en peu d’instants , sans permettre aucune réaction , et en foudroyant la puissance nerveuse. A un moindre degré d’activité, il ne tuera pas, il se manifestera une réaction fébrile avec phlegmasie dans la membrane muqueuse du système gastrique, et dans celle des poumons , ainsi que dans d’autres organes, selon les ch'constances. En résumé, les typhus fébriles sont des gastro-entérites ordinairement compliquées de catarrhes pulmonaires (2). On n’oubliera pas que Broussais attribue ces gastro-entérites, avec complication de catarrhes
dantes à ces phénomènes. Mais il importe de ne pas négliger les rapports qui existent entre ces phénomènes et ces altérations d’une part, et les phlegmasies locales terminées d’une certaine manière que nous avons spécifiée plus haut, d’autre part.
(1) Cela ne serait déraisonnable qu’autant qu’on méconnaîtrait, comme le faisaient les adversaires de Broussais, l’identité des phlegmasies terminées par un état typhoïde ou adynamique avec les fièvres essentielles du même nom. Mais cette identité une fois reconnue qu’importent les dénominations?
(2) Ouv. cit-, pag. 108 , 109, 11 3 , 171.
pulmonaires, à l’action d’un agent miasmatique, d’un principe contagieux. Je dis d’un principe contagieux, car à la page 1 7 5 de son ouvrage et ailleurs, il pose en fait la contagion (1). Plus tard, il est vrai , Broussais modifia ses opinions sur ce point.
Quelque différente que soit la doctrine de Broussais de celle de Pinel et du docteur Hernandez, sous tant d’autres rapports, elle s’en rapproche en ce sens que, comme ses adversaires, il ne tient aucun compte de l’altération des liquides , de celle du sang en particulier. Il ne parle que d 'impression faite sur le système nerveux, de la sidération de la paissance nerveuse , des inflammations de divers organes spéciaux , de celle de l’appareil digestif surtout. Il ne songe nullement à généraliser pour ainsi dire le siège du mal, ce qu’il n’eût pas manqué de faire si, au lieu d’étudier seulement les phénomènes morbides provenant des affections d’organes spéciaux, en quelque sorte locaux, il eût porté son attention et son coup d’œil observateur sur les phénomènes morbides dus à l'affection d’un système ou d’un appareil général, tel que le système sanguin. Absorbé par la considération de chaque organe en particulier, Broussais perdait de vue l’état de l’organisme tout entier , lequel est nécessairement affecté par cela seul que la masse sanguine et le système dans lequel elle circule, sont sous l’influence du miasme délétère auquel Broussais lui-même attribue le véritable typhus.
20 En ce qui touche au typhus américain (fièvre jaune), les opinions de Broussais ne diffèrent pas au fond de celles de Tommasini , dont je vais parler tout-à-l’heure (2). Pour
(1) Que fera, (lit- il, le médecin, quand la contagion frappera des milliers d’individus ?
(2) Je ne puis m’empêclier à cette occasion de noter que Broussais avait recueilli en Italie une partie des matériaux de son Histoire tics phlegmasies ; qu’il avait dû par conséquent se trouver en contact avec les princes de l’école italienne, et que c’est peut-être là une des raisons de la conformité de quelques unes des doctrines de Broussais avec colles