DOCTRINES SUR LE TYPHUS
beaucoup Pinel d’avoir considéré la fièvre bilieuse comme produite et entretenue par une irritation membraneuse du système gastrique.
Ici, Tommasini fait remarquer qu’il diffère de son collègue Rubini , lequel attribue la fièvre jaune û l’action d’un miasme qui n’opère pas comme les puissances ordinaires en stimulant , en excitant, mais bien à la manière des autres miasmes, tels que le morbilleux , le varioleux, le vénérien, c’est-à-dire en produisant des effets et des modifications qui ne consistent ni en une augmentation ni en une diminution de l’excitement, de sorte que la fièvre jaune, d’après cela, ne serait ni sthénique ni asthénique (i). Toutefois , Tommasini reconnaît (p. 32o) que la fièvre jaune, en tant que produite par un miasme, rentre dans le cas de la variole, mais il soutient que, même en admettant l’origine miasmatique de la fièvre jaune, celle-ci n’en constitue pas moins une maladie dans laquelle l’excitement est affecté ( attac cato) par le miasme même qui a engendré la maladie.
Voici maintenant quelles sont les idées de Tommasini sur la grande question de la contagion de la fièvre jaune (p. 326 et suiv.). Il commence par signaler la difficulté de distinguer la contagion de la susceptibilité épidémique ou constitutionnelle. Partant de cette donnée, que la fièvre jaune n’est que le maximum de la fièvre bilieuse ordinaire, il n’est guère disposé à lui reconnaître un pouvoir contact) Il serait oiseux san9 doute de trop insister aujourd’hui sur ces doctrines browniennes. Je ferai donc seulement la réflexion suivante : c’est que les systèmes de solidisme et de vitalisme purs 11e sauraient rendre compte de tous les phénomènes des fièvres et des typhus des auteurs ; quil y a dans ces maladies un élément humoral , qu’on me passe cette expression, d’une immense importance; lequel élément, jusqu’à un certain point, tient sous sa dépendance les phénomènes qui se passent dans les solides et dans les forces vitales elles-mêmes. Sous ce rapport Rubini a parfaitement raison : Les miasmes exercent sur le sang lui-même une action morbide qui n’est ni sthénique, ni asthénique ; mais il n’en est pas moins vrai qu» des phénomènes de sthénie et d’asthénie ont lieu dans les maladies appelées fièvres, typhus, etc .
2 Utx de l’inflammation et de la fièvre. gieux. Il est porté à croire que la propagation, la diffusion épidémique, tient àl’influence de la constitution médicale, aux conditions atmosphériques et climatériques locales. Il ne lui est pas même, démontré que la maladie tire son origine d un miasme. Il cite divers auteurs qui ont observe qu en Europe la fièvre bilieuse, la fièvre jaune en Amérique, se déclarent sous la seule influence de fortes chaleurs, surtout si celles-ci coïncident avec l’humidité. Il admet toutefois l’influence des marais sur le développement de la fièvre jaune. Il note que la maladie sévit particulièrement chez les étrangers, les nouveaux débarqués ou les sujets non acclimatés.
Tommasini combat surtout avec vigueur le système de l'importation. Il conclut néanmoins, avec une circonspection bien voisine de la timidité , que « quelque nombreux et puissants que soient les arguments pour ne pas croire à la contagion dé la fièvre jaune, nos connaissances sont encore trop imparfaites pour que les magistrats doivent renoncer à toutes les précautions possibles. » (P. 396.)
Il était réservé à un médecin français d’avoir l’insigne honneur de faire triompher le système de la non-contagion. Le monde médical tout entier connaît aujourd’hui le nom de ce médecin : c’est cet infatigable et intrépide Chervin , que la mort vient de nous ravir, avant qu’il ait pu jouir du triomphe qu’il avait remporté , et recevoir le juste prix dû à ses pénibles travaux.
ARTICLE III
nECiiF.nr.HHS et opinions de quelques auteurs modernes sun le typhus d’améhique et sun le typhus d’euhope.
§ Ier. Fièvre jaune.
jOndevaitbeaucoup attendre des travaux de la commission médicale française, composée de MM. Chervin, Louis et Trousseau, qui, en 1828, fut envoyée à Gibraltar pour y observer l’épidémie de fièvre jaune dont cette ville était ravagée. Malheureusement, arrivée à l’époque où l’épidémie
RECHERCHES SUR LES TYPHUS u’ AMÉRIQUE ET D EUROPE. 245 touchait àson déclin, cette commissionne put, dit-elle, faire que vingt et quelques ouvertures de cadavres. M. Louis conclut de ces ouvertures que, dans la fièvre jaune, la coloration jaune du foie était la seule lésion constante, la seule qui ne s’observe dans aucune autre maladie, et par conséquent la seule qui fût caractéristique (i).
En écrivant ceci, M. Louis ajoutait : « Une lettre que j’ai reçue, il y a peu de temps , deM.le docteur Rufz, médecin à la Martinique, et dont le talent d’observation est bien connu des lecteurs des Archives , m’apprend que les choses, comme on devait s’y attendre, se sont passées , dans l’épidémie de celte colonie , de la meme manière que dans l’épidémie de Gibraltar. La seule lésion constante a été l’altération de coloration du foie... M. Rufz doit incessamment communiquer les résultats de ses observations à l’Académie de médecine. »
M. Rufz a, en effet, communiqué le résultat de ses observations à l’Académie, et voici comment il s’exprime sur le point dont il s’agit : « Quant au foie, je n’ai trouvé que deux fois sur trois cette coloration jaunâtre, qui était la lésion principale dans l épidémie de Gibraltar (2). »
Quoi qu'il en soit, on a quelque lieu de s’étonner que , dans l’état actuel de la science, un anatomo-pathologiste tel que M. Louis ait donné pour seule lésion caractéristique de la fèvre jaune , la coloration jaune du foie. Dans les deux Mémoires que M. Rufz a récemment adressés à l’Académie sur la fèvre jaune qui a régné à la Martinique de 1 8 3 8 à i 84 1 , Mémoires sur lesquels M. Chervin a fait, en octobre 1842, un rapport à l’Académie royale de médecine, on ne trouve que des faits incomplets, et rédigés de telle sorte que l’histoire de cette maladie n’en saurait véritablement retirer aucune espece de profit. On y voit confondues ensemble des maladies réellement différentes, ou bien, au
(1) Arch. de médecine, Paris, i83g, 3° série, t. VI, p. 68.
(2) Chervin, rapport à l’Acad. de méd. [Bulletin de l' Acad, royale de médecine, Paris , 1842, t. VII, p. ic>45 et suiv.)
contraire, des distinctions des plus subtiles, en même temps que les contradictions les plus frappantes. Les recherches deM.le docteurRufz paraissent d’ailleurs confirmer celles deM.Chervin sur la non-contagion de la fièvre jaune, et sur l’influence de l’ infection dans le développement de cette maladie.
M. Rufz et son rapporteur ont cru pouvoir identifier les fièvres des différents types (continu, rémittent et intermittent), qui, sous l’influence des émanations paludéennes, peuvent se manifester dans les régions ou sévit la fièvre jaune. C’est ici l’une des confusions que j’ai pris la liberté de reprocher plus haut à M. le docteur Rufz. Cet observateur paraît avoir compris tout ce qu’il y a de forcé dans un rapprochement poussé jusqu’à Y identification d’une fièvre jaune continue parfaitement caractérisée avec ce qu’on appelle une fièvre jaune intermittente , quand, à l’occasion de celle-ci, il a pris la précaution dénoter ce qui suit : «Quand je dis intermittentes, c’est pour employer le mot générique. Je ferais mieux d’appeler ces fièvres rémittentes, car ce ne sont pas des intermittences qui en séparent les accès. » En dépit de cette remarque si judicieuse, M. Rufz n’en déclare pas moins, dans ses conclusions, que « l’épidémie de fièvre jaune ( de septembre i 889 jusqu’au 3o octobre 1 840), dans la plupart des cas, prit une forme intermittente ou rémittente bien prononcée. »
Quant à M. Chervin , il affirme, sans précaution aucune, que la fièvre jaune peut être indifféremment continue ou intermittente, et il s’élève de toute son énergie contre moi, qui, dans une discussion , au sein de l’Académie , me suis permis de dire que la fièvre jaune, bien caractérisée , est une maladie essentiellement continue comme la fièvre typhoïde, et contre M. Rochoux, qui, dans la même discussion, soutint que : « la fièvre jaune n’est qu’une variété de la gastrite ordinaire des régions tempérées , et que la fièvre qui accompagne la gastrite aiguë suit le type
RECHERCHES SUR LES TYPHUS D AMÉRIQUE ET d'eUROPE. 2à7
continu comme celle de toutes les autres phlegmasies. »
De quelque poids que soit pour moi l’autorité de M. Chervin, je ne saurais admettre son opinion de 1 identité d une fièvre jaune continue avec une fièvre jaune intermittente, jusqu’à ce qu’il m’ait été démontré (pie la variole, la rougeole, la scarlatine, le typhus et la fièvre typhoïde parmi les maladies inflammatoires avec élément septique ou putride, la pneumonie, l’hépatite, etc. , bien conditionnées (qu’on me passe l’expression), peuvent aussi revêtir un véritable type intermittent. Jusque là, je continuerai à penser que, dans les fièvres continues, quelles qu’elles soient, il y a constamment un véritable travail inflammatoire plus ou moins généralisé, tandis que, dans les fièvres intermittentes, il n’existe qu’une simple excitation directe ou indirecte de l’appareil circulatoire , avec ou sans infection de la masse sanguine.
M. Rufz, pour son propre compte, paraît avoir fait peu de recherches sur les altérations anatomiques propres à la fièvre jaune. Ces altérations n’auraient pu échapper à son attention, si, comme l’admettent des médecins dont il ne combat pas l’opinion (entre autres M. Cornuel de la Guadeloupe), « la fièvre jaune et la fièvre typhoïde sont des maladies congénères , qui ne diffèrent peut-être que par une activité plus grande dans la manière dont les causes agissent dans l’un et l’autre cas. »
Assurément, toutes les dissidences que présentent les doctrines émises sur la fièvre jaune , ne viendraient pas nous affliger, si l’on n’avait à discuter que sur des observations exactement recueillies sous tous les rapports.
§ II. Typhus nostras.
I. Dans un Mémoire sur l’épidémie de typhus qui a régné a Reims dans les années 1889 et 1 8/j.o ( 1 ) , M. Landouzy s’est
(1) Voir ce Mémoire dans les Arch. gén. de méd ., Paris, 1 842,111e série, t. XIII, pag. 1 et 3o6.
DK L’iNFLAMMATION ET DE LA FIÈVIIE.
proposé l’examen des questions suivantes : « Les symptômes les plus ordinaires de la fièvre typhoïde se trouventils dans le typhus? Les caractères anatomiques du typhus sont-ils les mêmes que ceux de la fièvre typhoïde? Le typhus des hôpitaux, des prisons, des armées , etc., n’est-il autre, en un mot, que la fièvre typhoïde, répandue par la contagion, ou exagérée dans ses symptômes par une constitution épidémique? Le typhus de France ressemble-t-il au typhus feber ou continued feber de £ Amérique et de la Grande-Bretagne ? L’absence de lésion des follicules isolés de Brunner, des plaques de Peyer et des ganglions abdominaux , est-elle constante dans le typhus nos iras? Est-elle constante dans le typhus d’Irlande et d’Angleterre, comme semblent l’indiquer les travaux publiés à ce sujet?
Voilà, selon l’auteur, des questions de la plus haute gravité, et qui sont restées indécises faute de documents suffisants. Mais quelles questions seraient, en effet, résolues par les méthodes inexactes adoptées jusqu’ici en médecine clinique, tant sous le rapport de l’observation des faits que sous le rapport de l’analyse philosophique et de l’interprétation de ces mêmes faits? Que dis-je? il n’est pas jusqu’à la dénomination des objets en question qui ne révèle le déplorable état actuel de la science? Que signifient aujourd’hui, quel sens déterminé, clair et précis , offrent de tels mots : typhus , typhus des prisons, des armées, des hôpitaux, d’Angleterre , cT Amérique, de France, de Reims, typhus feber , continued feber, constitution épidémique, affection des plaques de Peyer, etc.? De tels noms n’indiquent-ils pas l’enfance de la science, et comment résoudre des problèmes posés dans des termes ambigus, mal définis, etc.?
Voici, d’après M. Landouzy, le chiffre mensuel des malades et des morts :