‹ Traité de nosographie médicale (volume 2)Chapitre 90 sur 125 · FIÈVRES DITES ESSENTIELLES SOUS LE NOM DE TYPHUS · texte numérisé non relu

FIÈVRES DITES ESSENTIELLES SOUS LE NOM DE TYPHUS

des états morbides complexes , et qu’on a souvent confondu ensemble des maladies fort différentes. C’est là une vérité que Stoll avait bien saisie lui-méme, et sur laquelle il insiste avec tant de raison. .Après avoir dit qu’on peut avoir l’idée d’un mot plutôt que 1 idéed une chose, il ajoute : « C’est ce que je vois arrivera un grand nombre, qui, ayant entendu nommer, par exemple, la fièvre putride, s’imaginent tenir la chose et non pas seulement sa dénomination, que l'on a coutume d’appliquer à des fièvres très différentes ( quelque ressemblance qu’il y ait entre les symptômes), et ne croient pas qu’ilfaille rechercher ultérieurement quelle est cette dégénérescence qu'ils appellent putridité ou fièvre putride, mot qui embrasse souvent beaucoup de choses et différentes et opposées.» De son côté, Pinel s exprime ainsi : « Rien n’est plus obscur, plus confus, souvent même plus contradictoire que la doctrine générale des maladies connues sous les noms de fièvres adynamiques (Pinel) , de fièvres putrides (Stoll, Quarin), de typhus (Hippocrate, Sauvages, Cullen ), de fièvres pestilentielles (Fracastor, Sydenham, Grant). »

On peut appliquer aujourd’hui à la fièvre typhoïde ce que Stoll et Pinel disaient des fièvres putrides, etc. Que d’affections différentes ne désigne-t-on pas touslesjourssous cette dénomination , et combien n’est-il pas difficile de dissiper 1 immense confusion qui , grâce à quelques modernes pyrétologistes, règne sur cette matière! Mais tel est 1 empire des idées et des dénominations reçues, qu’avant d en faire adopter de nouvelles , il faut , pendant de longues années , livrer les combats les plus opiniâtres et sans cesse renaissants !

Puisque les typhus et les fièvres typhoïdes des auteurs sont une collection plus ou moins compliquée d éléments morbides spéciaux, divers parleur nature ou par leur siège, on ne peut bien concevoir ces composés morbides quaprès une connaissance exacte de tous ces éléments , à peu

DE L’iNFLAMMATION ET DE LA FIÈVIlE. près comme on ne peut étudier les divers composés chimiques qu’aprcs avoir étudié les corps simples ou élémentaires qui concourent à les constituer. Les affections morbides qui résultent ainsi delà combinaison des divers états morbides simples ou élémentaires, se dérobent à l’analyse des vulgaires observateurs ; et comme dans la pratique ils se présentent plus fréquemment que les états morbides simples, il ne faut pas s’étonner si l’on trouve si peu de médecins qui diagnostiquent d’une manière exacte et complète.

Ce qui frappe au premier coup d’œil dans l’examen analytique des fièvres typhoïdes et des typhus proprement dits des auteurs , c’est, il faut le répéter, la coïncidence de phénomènes et de lésions inflammatoires avec des phénomènes et des lésions qui révèlent un travail d’infection putride ou septique dont le foyer est tantôt au-dehors et tantôt au-dedans de l’individu. Qu’il s’agisse de la fièvre typhoïde proprement dite, ou du typhus européen, ou du typhus oriental (peste), ou du typhus américain (fièvre jaune), ou du charbon, de la pustule maligne et de la morve, etc., toujours vous constaterez la présence du double élément que je viens de signaler. Mais, comme nous l’avons dit plus haut, dans certains cas, l’état typhoïde ne se manifeste pas dès l’origine même de la maladie, tandis qu’il en est réellement ainsi dans les vrais typhus.

Les affections inflammatoires qui , en se terminant par gangrène, en donnant naissance à des matières septiques susceptibles de résorption, deviennent le principe de l’état typhoïde général que 1 on observe dans le cours de ces phlegmasies , ne possèdent pas toutes au même degré le funeste pouvoir que nous signalons. Parmi les inflammations aiguës de l’ordre médical, il n’en est aucune qui soit plus apte à donner naissance à 1 état typhoïde que celle de la membrane folliculeuse de l’intestin grêle. On

FIÈVRES DITES ESSENTIELLES SOÜS LE NOM DE TYPHUS. 269 n'en sera pas surpris quand on réfléchira bien à tou les les conditions favorables à la septicité qui se trouvent réunies dans les cas d’une violente inflammation de la portion inférieure de l’intestin grêle , ce foyer naturel d’infection putride, cette sorte de lalvinc vivante , comme je i ai dit ailleurs.

Je décrirai en temps et lieu cette inflammation ainsi que les autres, et c’est alors que nous verrons quel rôle précis elles jouent dans les maladies complexes désignées sous le nom de typhus ou de fièvres pestilentielles. Puis, quand nous en serons aux maladies produites par 1 action des miasmes putrides, de quelque manière et par quelque voie qu’ils se soient introduits dans la masse sanguine, nous montrerons de nouveau la part qui revient à ces agents dans le développement des fièvres indiquées. De cette manière, nous aurons complété notre œuvre, et nous avons lieu d’espérer que quelque lumière nouvelle aura jailli sur une matière jusque là si obscure.

BEUXlÈlfMJE MVISIOIV.

EXPOSITION ET DISCUSSION DES PRINCIPALES DOCTRINES SUR LES FIÈVRES INTERMITTENTES ET RÉMITTENTES.

Réflexions préliminaires .

Comme les fièvres continues, les fièvres intermittentes et rémittentes peuvent être d’origine miasmatique ou d’origine non miasmatique (i), simples ou composées , c’est-à-dire uniquement constituées par l’élément fébrile, ou constituées par cet élément combiné avec un principe septique provenant des émanations marécageuses. Les fièvres intermittentes de la première catégorie sont assez généralement bénignes; celles de la seconde catégorie, au contraire, peuvent, si elles ne sont bien traitées dès leur début, entraîner promptement la mort des malades, et de là le nom de pernicieuses sous lequel elles sont alors désignées.

J’aurais bien voulu étudier à part chacune de ces deux catégories dans la présente exposition ; mais elles sont tellement confondues et entremêlées dans les auteurs, que j’ai dû renoncer à ce dessein. Je vais donc suivre l’ordre qu’ils ont adopté eux-mêmes, si toutefois on peut appeler ordre le véritable chaos que nous présente cette matière chez la plupart de nos pyrétologistes.

ARTICLE PREMIER

doctrine de iunel.

I. Ainsi que nous l’avons déjà dit, Pinel n’a fait qu’une seule et même classe des fièvres continues, des fièvres

(i) Nous verrons, dans un autre endroit de cet ouvrage, que certains auteurs ont pensé que les miasmes aptes à produire les fièvres intermittantes sont d’origine végétale, tandis que les miasmes propres à produire les fièvres continues de la catégorie correspondante proviendraient des substances animales en décomposition.

intermittentes et des fièvres rémittentes; et. dans chacun de ses six ordres, le sixième excepté (t), il étudie successivement les fièvres qui en sont l’objet, sous les types continu, rémittent et intermittent.

Il faut éviter, dit-il, la distribution usitée des fièvres en trois ordres, suivant leur type de continuité, de rémittence ou d'intermittence.

Il nie l’existence d’une fièvre intermittente simple, soutenant que, comme les continues , les fièvres intermittentes appartiennent, du moins dès leur origine, a quelqu’un des ordres qu il a établis. Dureste, nulles généralités sur les types intermittent et rémittent, nulle description d’un véritable accès de fièvre intermittente.

A l occasiondes fièvres gastriques rémittentes, Pinel définit ainsi la rémittence : « Elle ne se borne point à de simples exacerbations de la chaleur et des autres symptômes, mais elle

consiste en des accès complets, c’est-à-dire en des retours

réguliers d un sentiment de froid et de chaleur; cest la ce qui donne le vrai caractère de la rémittence, et Ion ne saurait être trop en garde contre la fausse acception de ce mol , que plusieurs auteurs ont attachée à des fièvres continues avec alternatives d’exacerbation et de rémission de leurs symptômes. » Pinel blâme Stoll d avoir considéré l’exacerbation de la fièvre rémittente comme un accès complet ou incomplet de fièvre intermittente. Cette manière de voir lui paraît peu exacte, et, en faisant regarder cette fièvre comme composée d’une fièvre commue et d une fièvre intermittente, elle pourrait, selon lui, avoir une influence dangereuse dans l exercice de la médecine, en suggérant l’idée qu’on peut attaquer directement la fièvre intermit-

(i) On sait quecet ordre est affecté à la peste (fièvre adeno-nei veuse). Assurément, il eut été difficile à l’inel de faire l histoire dune véritable peste à type intermittent : mais puisqu’il a considéré les autres typhus comme pouvant affecter le type indiqué, on ne voit pas trop pour quel motif il a pensé autrement à l’égard du typhuis d Orient.

272 fièvres intermittentes et rémittentes.

tente par le quinquina, pour rendre le traitement de l’autre plus simple. Nous ne nous prononcerons pas ici entre Stoll eiPinel, attenduque les données d’une solution rigoureuse du problème qui les divise ne nous paraissent pas avoir encore été bien positivement déterminées.

Quoi qu’il en soit, non seulement Pinel a négligé de décrire d’une manière générale les fièvres intermittentes et rémittentes , et de les diviser en celles qui sont d’origine miasmatique ou paludéenne et en celles qui reconnaissent une autre origine, mais il n’a pas même songé à rechercher comment une seule et même fièvre pouvait être ainsi tour à tour continue, intermittente ou rémittente. Cette cpiestion valait, pourtant bien la peine d’être sérieusement étudiée. Quelle que soit, en effet, la doctrine qu’on adopte sur l’identité ou la non-identité du fond même des fièvres de ces divers types, toujours faut-il admettre que toutes les conditionsne restent pas les mêmes dans les types continu , rémittent et intermittent ; car s’il en était ainsi, pourquoi ces différents types existeraient-ils? leur existence n’aurait réellement aucun sens. Quelles sont donc les raisons d’être particulières à chacun d’eux? Pinel ne s’en est nullement inquiété.

Dans son Appendice des fièvres essentielles . revenant sur la question des fièvres intermittentes , il consacre un article à celles qu’il appelle avec d’autres auteurs, fièvres intermitlentes-splanchniques ou avec lésions des viscères , et présente quelques considérations sur les types divers des fièvres intermittentes. Nous allons mettre sous les yeux du lecteur les idées de Pinel sur ces objets.

« Les vrais observateurs ont dù être portés à examiner avec soin l’état des viscères, surtout ceux de l’abdomen, dans les cas particuliers de fièvres intermittentes ou rémittentes devenues funestes. Mais en procédant ainsi on peut très bien se méprendre, et admettre comme cause ce qui n’est que l’effet ou bien un objet accessoire. » Après

DOCTRINE DE PINEL

avoir indiqué divers viscères dans lesquels leg auteurs disent avoir observé des altérations, il poursuit ainsi: » Mais c’est surtout la rate qu’on a regardée comme un foyer principal de désorganisation; on dit l’avoir souvent trouvée remplie d’un sang épais, et on croit que, dans des cas analogues, elle peut passer à un état de dissolution ou même de putrilage, ce qui me paraît un peu difficile à constater à cause de son tissu naturellement spongieux.

» Quelles lumières d’ailleurs peut-on retirer de ces recherches d’anatomie pathologique relativement à la nature de la fièvre? Les mêmes effets nuisibles et la même atteinte portée sur les viscères abdominaux ne peuvent-ils point être la suite d’autres maladies tout-à-fait différentes? D’ailleurs ne voit-on point des fièvres intermittentes et rémittentes ne produire aucun effet semblable et aboutir à une terminaison salutaire? Que deviennent alors ces diverses théories et hypothèses gratuites, sur un prétendu venin fébrile qui se porte sur les viscères abdominaux , et qui produit, suivant les notions vulgaires , des stagnations, des obstructions, des tumeurs , une dégénérescence des humeurs, eLc. , et autres ravages purement imaginaires ? En outre combien de fois les maux internes qui résultent des fièvres intermittentes ou rémittentes ne sont-ils point dus à un traitement empirique ou mal entendu qui lait prodiguer les médicaments à contre-temps, tandis qu’il faudrait se borner à soumettre les malades aux sages préceptes de l’hygiène, et éloigner seulement les causes propres à exaspérer l’état fébrile? >/

Les observations de divers auteurs sur les fièvres intermittentes- splanchniques , rapportées par Pinel, sont tellement ‘incomplètes et si mal recueillies, quelles ne méritent pas qu’on s’en occupe sérieusement. Tout ce qu’on peut en conclure avec quelque probabilité, c’est qu’on a donné pour exemples de fièvres rémittentes ou intermittentes des phlegmasies lentes, sourdes, ebro-

27 U FIÈVRES INTERMITTENTES ET RÉMITTENTES, niques de divers viscères, du l’oie en particulier, dans le cours desquels il est survenu, à des époques irrégulières, des exaspérations , des frissons, etc., etc.

Voici maintenant dans quels termes Pinel répond aux trois questions suivantes : i°Toutes les fièvres quotidiennes peuvent-elles être rapportées à 1 ordre des fièvres muqueuses? 2° Toutes les fièvres tierces peuvent-elles être rapportées à l’ordre des fièvres gastriques? 3° La fièvre quarte peut-elle toujours se rapporter à l’ordre des fièvres gastriques ?

« Ces trois questions, dit Pinel , trouvent, leur solution dans la Nosographie , puisqu’il est reconnu que le type des Jfièvres intermittentes ne peut point du tout servir de fondement à leur classification, et que, sans égard à ce type, on doit les distribuer d’après les caractères communs qu’elles peuvent offrir avec quelqu’un des ordres primitifs de la classe des fièvres, j’avais d’abord pensé que les fièvres quotidiennes et quartes appartenaient spécialement à l’ordre des fièvres muqueuses ou adéno-méningées, comme cela arrive pour le plus grand nombre, et j’avais donné le nom d e fausses quotidiennes ou fausses quartes h celles qui sous ce type avaient des caractères communs avec l’ordre des fièvres gastriques. Par la même raison, si la fièvre tierce avait des caractères communs avec l’ordre des fièvres muqueuses ou adéno-méningées, je lui donnais alors le nom d e fausse tierce. En multipliant les observations, j’ai reconnu la nécessité de rejeter cette vaine dénomination, et de disposer indistinctement les fièvres quotidiennes et quartes dans leurs ordres respectifs, suivant le caractère de leurs symptômes; les unes dans l’ordre des fièvres intermittentes gastriques, les autres dans celui des fièvres adéno-méningées ; de même , la fièvre tierce , suivant les symptômes gastriques ou muqueux , a été aussi rapportée au deuxième ou troisième ordre des fièvres, sans égard à son type.

OOCTIUNE DE PINEL.

Tout 'cela n’est rien moins que l’expression des cas journellement observés, et ne satisfait guère les esprits les moins exigeants.

Ce qui suit n’est pas de nature à rcphndre quelque lüenr sur le sujet qui noils occupe : « J’ai fait remarquer ailleurs, dit Pinel, (pie les fièvres intermittentes ou rémittentes, qui paraissaient dans des cas très rares ne pouvoir être rapportées à aucun des ordres de la classe des fièvres, ainsi que celles qui tiehnent à des lésions organiques, devaient être prôvLsoïrè'nïeiït consignées dans un appendice, en attendant les résultats de nouvelles observations et les perfectionnements ultérieurs des méthodes. » De ce passage, il résulte qüe Pinel admet des fièvres intermittentes qui tiennent à dès lésions organiques et d’autres qui n’y tiennent pas; des fièvres intermittentes qui peuvent être rapportées aux ordres de sa fclasse des fièvres , et des fièvres intermittentes qui n’y peüvfent pas être rapportées. On conviendra qUe c’est une triste chose que l’étude d’üne telle médecine , et Pirtel le sentait bien lui-même , puisqu’il terminait en exprimant le désir que les vrais observateurs profitassent de toutes les circonstancesfavorables pour faire faire des progrès solides à cette partie de la ràedecine , et giï'ils contribuassent d'une manière efficace à former une suite d obstinations ex-actes, propres à servir à l histoire des fèirres intermittentes.

Comme pour mettre le comble à toutes ces incertitudes Suida nature des fièvres intermittentes et sur la place quelles doivent occuper dans Urt'cadre nosologique, Pinel dit encore, dans son slppendice, qüe « les fièvres périodiques avec une affection 'morbifique des viscères, lü fièvre hectique, la fièvre puerpérale, celle que M. Petit appelle entéro-mésentérique, semblent tenir fin milieu entre là première et là deuxième classe, c’est-à-diré entre les fièvres essentielles et les phlegmasies. » Pinel n’avait qu’un pas à faire pour rencontrer la vérité eü ce qui concerne le rapprochement

qu’il établit ici entre certaines fièvres continues et les phlegmasies; mais il s’éloignait de cette même vérité en identifiant les fièvres réellement intermittentes avec les fièvres continues.

Examinons maintenant les fièvres intermittentes et rémittentes telles quelles ont été établies par Pinel à l’occasion cle chacun de ses cinq premiers ordres de fièvres essentielles.

Iï. Il ne se prononce pas sur l’existence des fièvres rémittentes et intermittentes inflammatoires ou angioténiques. Il se renferme dans les bornes du doute philosophique, et appelle sur ce point de doctrine l’attention des vrais observateurs.

III. Pinel admet des fièvres gastriques rémittentes et intermittentes : les exemples qu’il donne des premières ne sont rien moins que concluants; les exemples de fièvre intermittente gastrique ne le sont guère plus. Il parle des tierces, double -tierces exquises ou légitimes, des quotidiennes et des quartes vraies ou fausses. Mais rien ne prouve que ces fièvres périodiques appartiennent à l’ordre des fièvres gastriques plutôt qu’à tout autre : elles ne sont probablement, au contraire, que des espèces de cette fièvre intermittente simple dont Pinel a contesté l'existence.

IV. Les fièvres muqueuses peuvent, selon Pinel, revêtir les types rémittent et intermittent.

A propos des rémittentes, il présente des considérations sur la fièvre hémitritée, terme dont la signification est, dit-il, restée jusqu’ici si vague et si indéterminée, et qu’il n’a malheureusement point contribué à éclaircir par les observations incomplètes qu’il rapporte. Il accuse Galien d’avoir confondu cette hémitritée avec la tritéophie, dernier mot pour le moins aussi vague que l’autre, et qui, tout aussi bien que les mots demi-tierce ou semi-tertiana, aurait mérité de prendre naissance dans ce que Pinel appelle les siècles barbares. Quelle médecine, en effet, bon Dieu! que ce

DOCTRINE DE PINEL

jargon indéfinissable dont il appartiendrait à un autre Molière plutôt qu’à nous de faire justice!

Quoi qu’il en soit, Pinel nous apprend que des observations multipliées, faites tanta 1 hospice de la Salpêtrière que dans d’autres hôpitaux, ont démontré que les fièvres intermittentes quotidiennes et quartes n’appartiennent pas toutes à l’ordre des fièvres muqueuses, tandis qu’il existe beaucoup de fièvres doubles -tierces et tierces qui sont évidemment muqueuses.

INotis n’avons rien à dire à cet égard, sinon que la maladie à laquelle convient pleinement le nom de fièvre muqueuse n’est ni tierce ni quarte, etc., attendu que l’inflammation ulcérative des plaques de Peyer, etc., qui en fait le fond, constitue une maladie essentiellement et nécessairement continue.

V. Pinel admet l’existence de la fièvre adynamique rémiltente. A cette occasion, il revient à la signification du mot rémittence. « Le mot de fièvre rémittentes, été appliqué, ditil, en général aux fièvres marquées par des alternatives de rémission et d’exacerbation des symptômes, ce qui comprend presque toutes les fièvres essentielles. Quelques auteurs, plus sévères dans leur marche, n’ont appel é fièvres rémittentes que celles qui offrent, avec une continuité de l'état fébrile, des retours périodiques d’accès en froid et en chaud, la seule signification qu’on doive conserver si on veut s’entendre. »

Cela posé, Pinel renvoie le lecteur à une observation de fièvre rémittente adynamique essentielle, qu’il a rapportée dans sa médecine clinique. Or, cette observation est évidemment un cas de péripneumonie qui n était point parvenue à nue terminaison favorable, et dans le cours de laquelle on vit les accès varier beaucoup pour l’heure de l’invasion. Voi'à donc quel était l’état de la pyrétologie sous le règne de l’auteur de la Nosographie philosophique! Cet illustre nosologiste nous donne pour exemple de fièvre adynamique

278 FIÈVRES INTERMITTENTES ET RÉMITTENTES. essentielle rémittente une véritable pneumonie des vieillards dans le cours de laquelle il survient des frissons irréguliers !

Quant àl’existencede la fièvre adynamique intermittente, Pinel commence par la poser en question, signale la confusion des idées et le vague des expressions sur ce sujet, demande ce que signifie cette ■prétendue putridité du sang périodique dont parle Selle, et termine en disant qu’il pense que la fièvre intermittente adynamique peut se présenter quelquefois, quoiqu’elle soit très rare. Il a eu occasion d’en observer quelques cas à la Salpétrière, et il en rapporte un autre de M. Bayle, médecin connu par son exactitude extrême.

Maintenant que l’on sait à quoi s’en tenir sur X anatomie pathologique de la. fièvre adynamique essentielle , et sur le véritable acte morbide qui détermine les altérations propres à cette fièvre, on ne saurait trop admirer comment des médecins connus par leur exactitude extrême ont rapporté des observations d’inflammation ulcérative, suppurative, gangréneuse, avec infection générale flo l’économie, disparaissant et revenant ainsi d’un jour à l’autre ! O déplorable influence des faux systèmes !

YI. Enfin, voici ce que nous lisons dans Pinel sur la fièvre ataxique rémittente ou intermittente : « Les fièvres rémittentes malignes sont appelées par certains auteurs sous-continues ou subintrantes malignes, parce que la terminaison d’un accès semble coïncider avec le commencement d’un autre. Ces fièvres ataxiques rémittentes ( quotidienne, double-tierce, tierce, quarte) peuvent se combiner diversement avec les fièvres gastriques, muqueuses, adynamiques. On peut, avecTorti, admettre la division des fièvres ataxiques intermittentes en espèces, suivant une prédominance de quelque symptôme violent et dangereux, et les distinguer en cholériques, dysentériques, cardialgiques, diaphoniques, syncopales, algides, etc.; mais on ne peut douter, comme le remarque M. Alibert, que cette

DOCTRINE DE PINEL

fièvre ne puisse se masquer encore sous d’autres affections aussi redoutables 5 elle peut simuler la pleurésie ou le rhumatisme, ou bien prendre les formes insidieuses de douleurs néphrétiques, d’attaques d’épilepsie, de convulsions, de dyspnee, de céphalalgie violente, ou meme d hydrophobie. Comme d’ailleurs ces fièvres offrent d autres symptômes ataxiques qui leur sont communs, on ne peut guère les regarder, sous ce rapport, que comme de simples variétés d’une même espèce. Mais peut-on donner pour fondement de caractères spécifiques l’ordre du retour des accès ou les divers types de fièvres connus sous le nom de quotidienne, de tierce, de quarte, ou admettre même d’autres divisions ultérieures, comme lorsque les premières sont doublées, et la troisième doublée ou triplée:’ Dans les fièvres ataxiques intermittentes j ai reconnu, en général, que celles dont les accès se renouvellent tous les jours ou à des jours alternatifs n’offrent point de différences très remarquables sous le rapport ataxique; mais celles qui sont sous le type de quarté se distinguent par leur fréquente complication avec des lésions des viscères abdominaux. »

Il est fort difficile de bien comprendre la doctrine de Pinel en matière de fièvres ataxiques intermittentes. Comment peut-il donner un seul et même nom à des fièvres aussi variées que le sont, quant aux symptômes, celles décrites par Torti et d’autres auteurs sous le nom de fièvres pernicieuses? Quoi! une fièvre pernicieuse cholérique, une fièvre pernicieuse péripneujnonique , une fièvre pernicieuse algide, une fièvre pernicieuse h térique, etc., etc., recevraient la même dénomination que la fièvre continue, à laquelle on a consacré le nom d 'ataxique, et dont les symptômes vraiment caractéristiques sont le délire, les mouvements spasmodiques, l’extrême susceptibilité des sens, etc.l Mais passons, si I on veut, condamnation sur ce point. La chose grave, c’est que Pinel n ait pas compris

280 FIÈVRES INTERMITTENTES ET RÉMITTENTES, que l’affection qui donne lieu à sa fièvre ataxique continue ne pouvait être absolument la même que celle d’où proviennent des accès fébriles dits également ataxiques, qui peuvent se dissiper complètement au bout de quelques heures, pour ne revenir que tous les jours, tous les deux jours, ou même tous les trois jours. On est d’autant plus surpris d’une telle assimilation que Pinel, comme pour mieux faire ressortir toute la différence qui existe entre les deux espèces de fièvres dont il s’agit, ne manque pas d’insister sur l’insuffisance des moyens que la médecine peut opposer aux fièvres ataxiques continues d’une part, et sur l’efficacité de ceux qu’on oppose aux fièvres ataxiques intermittentes, d’autre part (i). Or, comment des maladies identiques pourraient-elles présenter une telle différence sous le rapport du traitement?

ARTICLE II

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